[LIVRE] La messe n’est pas dite : la profession de foi stimulante d’Éric Zemmour
Jeunes filles voilées dans les tribunes de l’Assemblée, attentat islamiste à la voiture-bélier prudemment qualifié, églises quotidiennement profanées… on serait tenté de se dire qu’en France, la messe est dite, et que dix ans après le Bataclan, l’âme française recule bel et bien sous les coups de boutoir d’un islamo-gauchisme, où le gauchisme fait le vide pour que l’islam fasse le plein. Mais contre toute attente, c’est Éric Zemmour - souvent dépeint comme prophète de malheur et auteurs d’essais aux titres crépusculaires, de la Mélancolie française (Fayard/Denoël) au Suicide français (Albin Michel) - qui sonne ces jours-ci, non pas le glas, mais le tocsin, appelant la France et la jeunesse française à renouer avec les promesses de son baptême, gage selon lui de sa résistance et de sa renaissance.
Avec La messe n’est pas dite, dans cette nouvelle collection Pensée libre, chez Fayard, dirigée par Sonia Mabrouk, Zemmour renoue avec la figure de l’essayiste à la culture brillante, à la plume alerte, à la vision éclairante. De son expérience personnelle et intime, il délivre son regard sur la relation de la religion chrétienne avec la France à travers l’Histoire et propose un chemin « pour un sursaut judéo-chrétien » et pour « continuer à vivre en France ».
Une laïcité bien comprise, d’essence catholique, voilà ce qui pourra, en ce 120e anniversaire de la douloureuse séparation de l’Église et de l’État, tracer la voie de relèvement d’un corps politique - la nation française -, habité d’une âme millénaire - la religion chrétienne. Une religion qui a pétri la France et qu’on a bien tort de ranger au grenier des antiquités. Parce qu’elle a su faire d’un petit enfant juif épris de culture et de littérature un Français de gratitude et de passion. L’heure est donc, après des guerres de Religion fratricides, après l’évacuation radicale du catholicisme, après l’acceptation servile de l’islam, après la stratégie d’enfouissement de la religion catholique en France, d’opérer enfin « des révolutions coperniciennes » et d’engager de nouvelles alliances.
Une réaction de survie
À l'instar de son compère de la Rotonde, Philippe de Villiers, qui écrit que « sans la chrétienté, la France n’est rien », Éric Zemmour assure que « l’Europe survivra au péril que fait peser sur elle l’ombre de Mahomet si elle reste conforme à ce qu’elle est, et seul le christianisme peut l’y aider »... Fin observateur de notre société, il décrit cette jeunesse qui « est la première, depuis deux mille ans, à n’avoir reçu aucun héritage religieux, et quasiment aucun héritage culturel ». Il dépeint ces « enfants du vide assumé » et, au-dessus d’eux, « des adultes qui ne leur transmettent rien ; en face d’eux, une partie de la jeunesse musulmane qui affirme sans complexe […] son identité religieuse ». Et Zemmour de décrire cette nouvelle génération dont « l’indifférentisme religieux de leurs parents leur donne paradoxalement la possibilité d’une adhésion choisie, mûrie, personnelle ». S’ensuit ce frémissement qui agite notre vieille terre chrétienne : « Les messes de rite traditionnel font le plein, […], les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) connaissent un grand succès populaire, […] à Lourdes, les églises sont submergées : vingt mille jeunes et adultes se sont fait baptiser… »
Loin de nous désespérer, malgré, là encore, les statistiques qui nous condamnent, Zemmour voit s’opposer à la menace du « Grand Remplacement d’une civilisation par une autre […] une réaction de survie » de la jeunesse occidentale. Des catholiques qui sortent des catacombes et des Français qui relèvent la tête, voilà à quoi appelle l’auteur dans une profession de foi politique stimulante, aux airs de Reconquista. Aux airs de Reconquête. Et conclut cette réflexion sans concession en ces mots inspirés : « Une résurrection après une mort : c’est, après tout, le mystère de Pâques. »
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97 commentaires
Notre religion catholique doit être tournée vers l’avenir sans occulter les questions contemporaines, comme le prônait le regretté Pape François.
Malheureusement, en marge, reviennent les mouvements traditionalistes réactionnaires souvent composés de sympathisants d’extrême droite.
C’est la face sombre de notre religion.
Ah comme ce « notre » sent bon la compréhension de la foi et de ses manifestations terrestres ! De l’universalité du message de Jésus ! Du sens du mot catholique ! Des traditions chrétiennes bimillénaires ! Nos bonnes heures sombres de nos bons Papes de Vichy (il y en eu certainement beaucoup) que revoilà dans notre Eglise ! Ah ah ah !
Sincèrement vous gagneriez beaucoup à acheter et à lire le livre de Zemmour et vous y découvririez que les débats de fond autour des rites, des relations avec l’organisation politique du monde avaient lieu à des époques où l’on ignorait l’existence même de la droite et du conservatisme réactionnaire…..
Quelques questions pour vous tout spécialement. Saint Augustin, il était de droite ? Catherine de Sienne, c’était une réactionnaire ? Saint Ignace, un facho ?
La culture, c’est comme une tartine de confiture….
L’homme a besoin d’une religion, seul moyen d’appréhender les mystères. Mais il doit aussi savoir que ces religions ne répondent à rien du tout. Savoir que c’est faux, mais croire quand même. Sinon plouf.
J’adhère complètement au commentaire de TITI 82 ce jour à 12h03.
Bonne soirée à tous