[LIVRE] L’Amérique, mode d’emploi

Pour nous Français, l’Oncle Sam est un être étrange. Voici quelques clés pour le comprendre.
Photo de Valentin Ivantsov - pexels.com
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Quel est le point commun entre une canette de Coca-Cola, une transition de genre et la dernière version du MacBook Pro d’Apple ? Mais surtout, au-delà du pays empire dont ils sont originaires, en quoi sont-ils des marqueurs civilisationnels qui les rattache à un monde qui dépasse les frontières des seuls États-Unis ?

L’Angleterre, cette colonie normande qui a mal tourné

Le Capitaliste, le woke et le geek. Ainsi l’auteur intitule-t-il son « essai sur le monde anglo-saxon » (publié aux Éditions Hermann). Un choix de titre qui résume sa vision d'un monde dont il observe de l'intérieur les mouvements, et le déclin... S’il est ici question du monde anglo-saxon en général, car s’attachant à décortiquer une culture civilisationnelle, Hadrien Monville nous parle surtout des États-Unis. Le fil rouge de ce monde serait la liberté. Une liberté à l’anglo-saxonne, conjuguant essentiellement individualisme et libéralisme, legs de Hobbes, Hume et même Burke, bien différente des libertés françaises dont nos rois avaient hérissé le pré carré et dans une certaine mesure même, celle, absolutisée et de ce fait écrite avec un grand L, que Rousseau légua en kit à Danton et Robespierre pour changer l’homme et le monde.

Ses vies sociale et professionnelle ont suffisamment immergé Hadrien Monville dans ce monde anglo-saxon pour lui permettre d’en comprendre les rouages. Mais, Français, il peut aussi se faire le minutieux interprète d’une langue anglaise qui, avec ses dérivés, américain ou globish, véhicule des modes de pensée, des visions de l’homme et du monde qui sont (l’auteur en convient) bien étrangers aux nôtres.

Étonnant et détonnant mélange d’anciennes peuplades locales, celtes pour la plupart, plus tardivement mâtinées d’anciens Vikings, l’Angleterre, cette colonie normande qui a mal tourné, éprise d’une forme étrange de décolonialisme avant la lettre, a cru que la France lui appartenait. Plus tard, pétrie d’un anglicanisme se radicalisant en protestantisme, l’Albion trouva sa vérité dans une société plutôt violente par nature, mélange d’individualisme et de communautarisme.

Un protestantisme fondateur, mais essoufflé

Elle se distingue par un protestantisme favorisant un attrait pour l’argent et le commerce, un libéralisme dur méprisant le plus souvent la question sociale et une défiance vis-à-vis de l’État expliquant la survivance d’une monarchie purement symbolique face à un parlementarisme tout-puissant. Ajoutons à cela un Commonwealth qui est avant tout un marché commun économique, ainsi qu’un réseau d’influence linguistique et donc culturel, plus encore que politique.

Concernant les États-Unis, le contexte institutionnel, hérité d’une histoire encore récente, et violente autant en interne autant que vis-à-vis du monde extérieur (l’Amérique empire), est certes bien différent de celui de la vieille Angleterre, mais il en a repris dans les grandes lignes les traits économiques et culturels véhiculés par la langue et la religion. Le pays de l’Oncle Sam, geek drogué aux nouvelles technologies mises au service de sa puissance prédatrice, est avant tout « un grand marché » où (quasiment) tout peut s’acheter et se vendre, dans une optique consumériste décomplexée par un protestantisme qui autorise jusqu’à la mention « In God We Trust » (en Dieu nous croyons) imprimé sur ses dollars. Si Macron a vite fatigué près de neuf Français sur dix avec sa « start-up nation », Trump peut être détesté pour certaines de ses convictions et manières, mais pas pour sa faculté à faire de la politique comme un vendeur de chaussettes, et de la diplomatie façon « hard selling », comme un acheteur de Carrefour négocie ses référencements de fournisseurs avec force chantage.

Le wokisme, côté obscur d'un empire en déclin

Si les États-Unis sont un vaste centre commercial, ils seraient aussi un supermarché intellectuel, avide d’action, en quête d’utilitarisme et de pragmatisme. Nés d’une révolution et impérialistes dans l’âme, ils se sentent investis d’une mission : changer et dominer le monde. Mais l’empire a ses failles. Sa déchristianisation a offert des ouvertures au wokisme qui, prenant appui sur l’individualisme américain et empruntant aux tristes sires de la « French theory » (Althusser, Baudrillard, Beauvoir, Deleuze, Derrida, Foucault, et autres Guattari), a construit un victimisme woke, diversitaire et militant, dérivé du martyre chrétien, à la façon des « anciennes vertus chrétiennes devenues folles » qu’évoquait Chesterton dans sa vision du « monde moderne ». L’émergence woke a creusé le fossé entre progressistes et conservateurs. Mais le wokisme, criblé de contradictions, se divise et se heurte à des valeurs restées fortes, comme la liberté ou la méritocratie, fierté du « self-made-man » américain.

Plus encore que du wokisme (son côté obscur), l’Amérique souffre du déclin de son protestantisme et, avec lui, de son économie, nous explique l’auteur. Financiarisée et marquée par la technologie, cette économie ne serait donc plus l’apanage de l’empire américain, lequel tendrait à se fondre dans une « nouvelle civilisation techno-capitaliste », une « société-monde » dans laquelle l’Anglo-Saxon deviendrait « une espèce en voie de disparition ».

Pour Hadrien Monville, le trumpisme pourrait être « une réaction à l’émergence trop rapide de cette société-monde ultra-diversitaire ». À méditer.

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Les luttes d’influences actuelles aux USA entre les Anglo-Saxons qui ont créé en 250 ans les richesses qu’envient les « Latinos » qui s’engouffrent légalement et illégalement aux USA se déroulent sous nos yeux, telle une gigantesque nouvelle guerre civile des Américains. Mais la déflagration militaire n’aura pas lieu. La victoire des Latinos se fait et se fera par abandon des Anglo-Saxons. Comme cela se passe aujourd’hui en Grande Bretagne.
    L’attirance vers le plus facile, le plus confortable, la mollesse, le refus de la riposte violente, font qu’en Grande Bretagne les Blancs ont été remplacés par les musulmans (sauf pour le moment sur le Trône). Et qu’aux USA les Latinos ne sont plus très loin du jackpot.
    Hadrien Monville a raison dans son analyse.

  2. Action et réaction constituent l’alternance de notre civilisation. Les démocrates ont poussé le wokisme à son paroxisme, Trump remet les pendules à l’heure, avec les excés qu’on connait. Malheureusement, 2 pays persistent farouchement dans la dérive : le Canada et la France. Depuis le départ de Trudeau le 1er peut espérer une libération rapide pendant que la France continuera de s’enfoncer, au mieux jusqu’en 2027.

  3. La Révolution américaine était fondée sur la liberté , la Révolution française était fondée sur l’égalité ; la première a donné une constitution qui existe encore et un pays démocratique , la seconde a enfanté de nombreuses constitutions et un système politique tenté par l’autoritarisme pour obtenir l’égalité économique. .

  4. J’ai des des amis qui vivent aux EU depuis des années.
    Nous y sommes allés de nombreuses fois.
    franchement, je suis surprise.

    Voilà ce que j’ai vu =
    — Si vous êtes compétents, pas de problèmes pour trouver du boulot. et peut importe votre âge et vos diplômes. C’est la compétence qui gagne. (bien sur, et cela ne plairait pas aux français, si vous n’êtes plus compétents, c’est la porte direct. Mais pour mes amis, c’est un challenge! )
    — Déchristianisation? M Lombard devrait rentrer dans les églises = elles osnt bondées et les gens chantent avec foi! Heureux d’être chrétiens et cela n’a rien à voir avec l’ennui que l’on ressent dans une église française!

    — Commerce = oui. Vous pouvez aller acheter votre pain ou vos patates douces, voir chercher vos photos à développer à pas d’heures. les américains aiment travailler et ne rechignent pas à le faire quelque soit le jour et l’heure.

    — Super marché intellectuel? Peut être, si on considère les études que font les enfants (livret scolaire en maternelle -enfin l’équivalent français de maternelle) tant intellectuelles que musicales, sportives…

    — Wokisme? peut être, je ne le sais pas. mais dans les rues, on voit plutôt des petites filles habillées en princesse, pour la majorité.
    Il est évident que si vous vous promenez dans la Venice Beach (près de Los Angeles) , vous verrez des « wokes ». C’est même pour cela que les américains et les touristes comme nous, y vont = c’est folklorique. Mais folklorique seulement, parce que ce n’est pas l’Amérique, ni même la Californie. C’est plutôt un spectacle continuel. Moi, j’ai adoré, parce que oui, c’est un spectacle et 50 m plus loin, on retrouve la vie je dirais « normale ».

    Et la plupart de ces amis sont démocrates. Eh oui.

    C’est pourquoi je trouve cet article non représentatif que ce que j’ai pu vivre aux EU. C’est ma vision des choses que je n’impose à personne. (je n’ai pas visiter les EU entièrement, car logée chez ces amis)
    Mais je dis = allez voir personnellement et vous forgerez votre opinion sur le terrain et non sur un article de presse.

    • Il ne s’agit pas d’un « article de presse » mais d’un ouvrage documenté, fruit de longues observations sur la totalité du pays (et non sur une plage de Californie).

  5. En quoi le protestantisme « favorise l’attrait pour l’argent »? Il n’y a pas de catholiques ou musulmans aussi attirés par l’argent? Avec le déclin religieux aux USA protestants, on observe un déclin de l’attirance par l’argent ?
    Il est bien simpliste d’associer protestantisme et enrichissement en estimant l’un est simplement la conséquence de l’autre ( et que l’enrichissement est simplement du à une attirance pour l’argent, comme si les pauvres étaient pauvres car ils ne sont pas attirés par l’argent). Si les protestants se sont enrichis davantage que les catholiques n’est ce pas plutôt par leur esprit moins borné, plus près de la réalité, que celui de bien des catholiques ( ces derniers étant attachés à une accumulation de dogmes ridicules et étrangers à l’esprit des évangiles, notamment la dénonciation des hypocrisies religieuses et des pratiques religieuses sans amour du prochain ni remise en question de ses croyances).

  6. Les Etat-Unis un vaste centre commercial , ou tout s’achète et tout se vend , mais depuis l’apparition des rentiers de la terre au Moyen-Orient , des acheteurs fortunés , à la fortune abyssale , débarquent et achètent tout ce qui est à vendre , y compris les universités.
    Et ces clients venus d’une autre civilisation apportent avec eux un système politique totalitaire dissimulé derrière une religion conquérante .
    La déchristianisation offre une opportunité au wokisme , mais ce dernier n’est qu’un gadget inoffensif à coté de l’islam .

    • Pure islamophobie, ou association avec une haine du commerce et « des rentiers « ?
      On dirait que les moyen orientaux sont coupables de faire payer leur pétrole que nous voulons, que les occidentaux ne connaissent ni rentiers ni fortunes abyssales et qu’aucun n’investit au moyen Orient.

      • Avez vous entendu parler du terrorisme islamiste ? les orientaux tirent leur fortune de la rente pétrolière uniquement .

    • Vrai, et les enfants qui ne recoivent aucune éducation réligieuse sont tentés par les dernières arrivées qui sont très présentes et offenssives. A bon entendeur

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