[LIVRE] L’islamo-palestinisme, arme hybride de subversion massive
Alors qu’intervient, dans le conflit israélo-palestinien, un apaisement dont l’avenir dira s’il s’agit d’une paix durable, d’un coup d’arrêt avant reprise ou d’une simple et éphémère accalmie, il n’est pas inutile de s’interroger sur la nature et les fondements d’un ennemi mortel dont l’État hébreu semble ne jamais arriver à se dépêtrer.
S’il a choisi pour titre de son étude, éditée chez Odile Jacob, L’Invention de l’islamo-palestinisme, c’est que Pierre-André Taguieff a décelé dans ce mouvement une hybridité construite. Hybridité qui combine la référence à un islam multiséculaire et la revendication d’une identité palestinienne qui remonterait bien plus loin, encore, dans les âges (les Philistins). Mais si les ingrédients sont anciens, leur hybridation serait au contraire récente, construction humaine, artificielle, idéologique.
Une idéologie complexe et terriblement efficace
La recette est complexe, même si elle semble a priori se résumer à une dualité religieuse et géopolitique. Son mode opératoire, le terrorisme, est un emprunt exotique, nous rappelle opportunément l’auteur : « Lorsque le mot terrorisme est forgé en langue française, en novembre 1794, il désigne "la doctrine des partisans de la Terreur" », dont les auteurs se revendiquent eux-mêmes « patriotes terroristes ». L’islamo-palestinisme, lui, légitime sa violence terroriste par la nécessité du djihad en lui adjoignant une revendication nationale, celle d’un peuple qui veut recouvrer son territoire. « Produit de croisements successifs du nationalisme palestinien et de l’islamisme à dominante jihadiste », il emprunte aussi - et c’est une donnée essentielle - « au nazisme et au communisme soviétique », lesquels forgent son style « révolutionnaire » et offrent aussi des modèles à un nationalisme sans nation, ou dont la nation est au mieux en devenir.
Ce que Pierre-André Taguieff décrit ici, c’est une construction idéologique fonctionnant comme une éponge, se nourrissant avec opportunisme de ce que son temps a fabriqué de systèmes utiles à ses yeux. Mais c’est surtout une œuvre idéologique qui a débuté en 1936, avec l’engagement du « grand leader de la nation arabe de Palestine », Mohamed Amin al-Husseini, aux côtés de l’Allemagne nazie, dans une lutte de libération à la fois antijuive et anti-anglaise. À partir des années 1940, le relais est pris par Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, dont le Hamas est aujourd’hui la branche palestinienne. Appliqué au Proche-Orient, son projet de « désoccidentalisation du monde » se traduit par un nationalisme palestinien vu comme un djihad (lutte à mort, jusqu’au martyre), contre les Juifs, occupants illégitimes d’une terre musulmane, avec la complicité occidentale. Dans l’après Seconde Guerre mondiale, un troisième penseur, Sayyid Qutb, essentialise plus encore la vision diabolisée d’un État d’Israël naissant (1948), avant-garde du Satan américain, qu’il faut rayer de la carte.
« L’inversion accusatoire », modèle de subversion
Dès lors, l’essentiel du corpus idéologique de l’islamo-palestinisme étant en place, Pierre-André Taguieff déroule le fil de l’histoire d’un mouvement toujours observateur de son temps pour profiter des situations. La guerre froide faisant rage, les Palestiniens jouent la carte soviétique contre l’Oncle Sam et le petit Satan israélien. Au fil des décennies, l’islamo-palestinisme s’adapte, soit en empruntant aux concepts en vogue comme l’anticolonialisme, l’antiracisme ou la lutte contre l’apartheid ; soit en inventant et promouvant les siens avec l’antisionisme ou la lutte contre l’homophobie.
Les deux derniers chapitres décortiquent l’actualité de l’islamo-palestinisme, nous éclairant sur les nouvelles orientations stratégiques dont il fait preuve contre Israël. « L’inversion accusatoire » est sans doute la plus caractéristique des méthodes de combat qu’il utilise aujourd’hui, et la plus redoutable, aussi. Le principe en est simple : accuser Israël de pratiquer les mêmes atrocités que les Juifs ont subies dans le passé. Combinant comme toujours le recours à la violence et un travail idéologique (et sémantique) très poussé, il a par exemple permis, depuis les massacres du 7 octobre 2023, d’imposer très largement l’idée d’un génocide perpétré par Tsahal à Gaza.
L’islamo-gauchisme français, idiot utile du Hamas
Plusieurs pages sont enfin consacrées aux liens entre l’islamo-palestinisme et l’islamo-gauchisme français (concept inventé par l’auteur), parfait exemple d’instrumentalisation d’un « idiot utile », comme l’avait été le mouvement communiste en Iran, marchepied des mollahs, que ces derniers se sont empressés de décapiter, une fois arrivés au pouvoir.
S’il faut tenir compte du prisme pro-israélien de l’auteur, il n’en reste pas moins que son sérieux analytique et l’abondance de documentation font de cet ouvrage un précieux outil de compréhension d’un mouvement dont les ressorts complexes échappent bien souvent à notre grille d’analyse occidentale.
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16 commentaires
L’ ignoble filiation que relève Taguieff est connue de longue date (En Egypte, on trouve la traduction arabe de mein kampf à tous les coins de rue!). Une nouvelle fois il en apporte la démonstration implacable…
Ni pardon ni oubli.
j’attends que ce monsieur écrive un bouquin sur israel , les juifs et le sionisme , avec la même méthode qu’il a écrit celui là .
Et ceux qui ont créé SOS Racisme et encouragé l’immigration ne sont ni islamo ni palestiniens…
Merci IRIS BRIDIER pour la conclusion de votre article : ce livre constitue en effet un « précieux outil de compréhension »… puisqu’il a en outre le mérite de déclencher les foudres de ‘négationnistes’ dont l’auteur du commentaire ci dessous (TARA pour ne pas la nommer) reprend à son compte les indignations convenues motivées par la fameuse ‘inversion accusatoire’ dont il est question !!! N’est il pas agréable de brouiller les cartes pour les « idiots utiles » de l’islamogauchisme agressif actuel ????
L’article indique = « « L’inversion accusatoire » est sans doute la plus caractéristique des méthodes de combat qu’il utilise aujourd’hui…. il a par exemple permis, depuis les massacres du 7 octobre 2023, d’imposer très largement l’idée d’un génocide perpétré par Tsahal à Gaza. »
Le génocide , admis par La Cour pénale internationale, l’UNICEF, l’ONU est une » L’inversion accusatoire « ? C’est nouveau? C’est quoi alors un génocide?
Un génocide est l’action délibérée d’effacement physique d’un peuple. Les nazis ont entrepris, stricto sensu, un génocide à l’égard du peuple juif, aidé en cela par al-Husseini, chef musulman et grand mufti de Jérusalem, qui est allé jusqu’à fournir à Hitler un régiment SS. Les Israéliens, en réponse à l’agression dont ils avaient été les victimes le 7-Octobre, ont entrepris une guerre qui n’a jamais eu pour but d’annihiler un peuple. Lorsqu’un gouvernement entreprend une guerre, il s’expose à une riposte, et cette riposte ne frappe pas sélectivement les membres du gouvernement responsable, mais ceux qui l’ont choisi. Il en est ainsi de toutes les guerres, partout et dans tous les temps.
L’inversion accusatoire consiste à accuser les juifs, victimes d’un authentique génocide et menacé d’un autre (revendication d’une Palestine arabe du Jourdain à la mer, c’et à dire disparition physique d’Israël et les juifs), de se livrer eux-mêmes à un génocide, qui n’est ni voulu, ni en cours.
Parce que ceux qui ont tué le plus de monde sont en fait les gentils ?
C’est pas très chrétien tout ca.
la Judée est le peuple premier des Juifs depuis 4000 ans suite a leur expulsion d’Egupte.
Justice et pais. Il n’y a pas de vraie paix sans justice. Pas un mot dans cet article sur les expulsions de Palestiniens, de Cisjordanie actuellement, dans le silence des médias, à Gaza évidemment aussi.Le cessez-le-feu ne peut pas tenir longtemps !
Allons, selon cet auteur, « les expulsions de Palestiniens, de Cisjordanie actuellement, » est une inversion des valeurs!
Monsieur Mélenchon est bien silencieux sur les exécutions de masse auxquelles se livre le HAMAS en ce moment. C’est sans doute dans le cadre de la « lutte pour la liberte » que ces bouchers assassinent des Palestiniens pas assez obéissants à leurs yeux… Quand les Israéliens répondent à un massacre « c’est un génocide », quand des terroristes du HAMAS exterminent des civils, « on n’est pas au courant » à LFI. Et Rima Hassan elle applaudit ?
définitions du mot génocide =
« L’article 2 de la convention de 1948 le définit comme suit : « Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, tels :
meurtres de membres du groupe ;
atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. » (lu sur Médecins sans frontières)
Ou =
« Crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; sont qualifiés de génocide les atteintes volontaires à la vie, à l’intégrité physique ou psychique, la soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d’enfants qui visent à un tel but. » (Le Larousse)
D’où, quelle est la différence entre 1000 morts -et encore non prouvé puisque certains ont été tués par leurs concitoyens militaires- (oui, c’est trop, je suis d’accord) et 100 000 en réponse?
L’extrême gauche utilise tous les vents qui peuvent la porter. Tous les virus mutent pour se développer.
Ce qui est décrit n’est pas nouveau: Il y a des similitudes entre ce « palestinisme » et le soutien au FLN pendant l’affaire algérienne (1954-62). Même inversion accusatoire: on a victimisé les bourreaux et culpabilisé les victimes du terrorisme. Même usage des idiots utiles, les « porteurs de valises » hier et les porteurs de drapeaux aujourd’hui. Et à propos de drapeaux on notera le signe d’une certaine organisation (par qui?) En effet, plus de drapeaux FLN-Algérie dans les manifestations mais seulement le drapeau palestinien. Curieux!
Dans le parallèle avec l l’Algérie. Après avoir signé les accords de paix.le FLN à tué des milliers de harkis et à Gaza des palestiniens se font massacres sous le prétexte qu’ils seraient un peu trop proche d Israël..