[LIVRE] Un ange à Paris : un thriller entre quête spirituelle et polar social

Le livre de Stéphane Rochefeuille est une fiction sur une ligne de crête entre fantastique et réalité cruelle.
un ange à paris

« La fiction est le mensonge par lequel on dit la vérité », expliquait Camus, dans ses Carnets. Le roman Un ange à Paris, de Stéphane Rochefeuille peut sans mal s’en réclamer. Un thriller haletant à mi-chemin entre une fiction fantastique et une réalité cruelle que le lecteur ne peut lâcher avant d’en connaître le dénouement : un livre qu’on ferme à regret, avec plus de questions qu’on en avait en l’ouvrant.

Entre réalité crue et fantastique qui interpelle

Après avoir passé une dizaine d’années à servir la France dans les rangs du 8e RPIMa, Stéphane Rochefeuille écrit ici son premier roman, une fiction, certes, et il y a assez de surnaturel pour que le lecteur ne l’oublie pas, mais un récit qui ne manque pas de réalisme et qui a le mérite de mettre sur la table des thèmes qui ne le sont pas souvent.
Le héros, un militaire rentrant d’une opération au Mali avec un syndrome de stress post-traumatique, refuse d’abord puis tente de soigner, parfois malgré lui, ses vieux démons. À La Dépêche, Stéphane Rochefeuille explique que c’est un sujet qu’il connaît : « J’ai des amis qui étaient présents en 2008 à Uzbin (dix soldats français, dont des paras du "8", tués par les talibans dans une embuscade en Afghanistan) et j’ai un cousin qui a été touché lorsqu’il était dans les forces spéciales. » D’ailleurs, le personnage principal est loin du surhomme, c’est même, au moins au début, plutôt l’inverse : coureur de jupons, alcoolique, colérique, provocant, coupable d’un délit de fuite, en rupture avec sa famille et presque fils indigne, Louis de Garlande n’est pas vraiment le gendre idéal.

Ce roman est non seulement un thriller, parce que le narrateur y résout une véritable enquête de police, parce qu’il y a des morts et des suspects inquiétants, mais aussi, et presque surtout, parce que Louis est une énigme à lui tout seul et que ce récit est celui de sa renaissance. Une renaissance qui passe par l’oubli de soi, par un décentrement et un combat plus grand que celui de ses propres atermoiements. Il y a du merveilleux, de l’incroyable mais il y a aussi tellement de réalisme que cette frontière si fine permet de repousser les limites de la réflexion, la rendant presque philosophique. D’ailleurs, le réalisme de la description du combat contre AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) dans lequel Louis perd son meilleur ami ne peut avoir été écrit que par une personne ayant vécu une expérience similaire.
Le récit est parfois dur, comme celui de cette « charge démente [où] ils ne cessaient de proférer la même phrase "Allahu akbar ! Allahu akbar !" ». Le roman n’est donc pas à mettre dans toutes les mains, les amours de Louis y sont assez crûment décrites, elles aussi, ainsi que la découverte de cadavres. Des scènes qui pourraient choquer un lecteur non averti.

Thriller policier, polar social et quête personnelle

La grande réussite de ce roman est de parvenir à embarquer le lecteur dans une affaire un peu rocambolesque, tout à fait fascinante, en l’amenant à se poser de véritables questions : sur la solitude et parfois l’abandon des militaires et des policiers, au service de leur pays parfois bien ingrat, sur la résilience et la guérison, sur le laxisme et l’abandon de la justice, sur la frontière entre le bien et le mal, sur la tentation de la vengeance et de se faire justice soi-même ; finalement, sur une société qui se délite, faute de savoir où commence le laxisme et où s’arrête la tolérance, qui ne sait plus ce qu’est le bien commun. Et c’est parce qu’il est à la fois réel et fantastique que ce thriller repousse les contingences matérielles et, par là, la réflexion sur un plan moral et éthique.

Les questionnements foisonnent. Tout d'abord personnels avec Louis, par exemple, qui s’interroge sur Dieu et la foi : « Pourquoi Dieu se manifesterait-il pour moi aujourd'hui, alors qu'il m'avait abandonné quatre ans auparavant quand j'avais le plus besoin de lui ? Mes amis et moi, coincés sous le feu ennemi, à endurer le déchaînement de violence et de haine le plus cruel qui soit, sans aucune échappatoire. Ces adversaires qui désiraient de toute leur foi pernicieuse nous anéantir de la plus atroce des manières... l'égorgement. » Mais aussi questionnements sur notre société française en générale, avec ces policiers qui se sentent abandonnés par le système judiciaire et en viennent à bafouer l’État de droit : « Chaque fois que la justice ne travaillait pas correctement, nous intervenions à sa place. […] Alors, voici la dernière adresse de nombreux criminels de France que la justice n’a pas été foutue de mettre hors d’état de nuire »...

Ce premier roman de Stéphane Rochefeuille est loin d’être seulement un thriller rondement mené, c’est une interrogation ouverte sur notre société, le récit d’une quête spirituelle et un roman fantastique dans les deux sens du terme. Dans ce polar, tout particulièrement, pour reprendre cette jolie phrase de Sim, « l'imaginaire est le smoking du réel. Il met des robes longues à nos idées courtes. »

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 07/01/2026 à 19:15.

Vos commentaires

4 commentaires

      • Merci pour votre remarque.
        Effectivement, le roman n’est plus proposé chez Librinova, notamment parce que le prix de vente me paraissait trop élevé pour les lecteurs. J’ai fait le choix de le publier désormais exclusivement sur Amazon, afin de le rendre plus accessible.

        J’en profite également pour remercier la journaliste pour la qualité et la bienveillance de son article.

Commentaires fermés.

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