[LIVRE] Un guide pour explorer… les pays imaginaires de la BD
Ils sont de toutes nos valises, les Michelin, les Routard, les Lonely Planet, portes d'accès à d'innombrables pays. Ajoutons-y celui que vient de publier Jean-Claude Rolinat chez Dualpha, consacré aux pays imaginaires de la bande dessinée.
Le guide est « touristique et géopolitique ». Car la géopolitique n’est jamais loin, dans les bandes dessinées. Créées par Hergé, la Syldavie et la Bordurie reflètent d’abord des questions balkaniques (Le Sceptre d’Ottokar, 1939), puis celles de la guerre froide, sur fond d'espionnage et de course à l'armement (L’Affaire Tournesol, 1956). Moins de vingt ans séparent ces deux albums à l’atmosphère très différente. La guerre froide et l'âge d'or de la bande dessinée franco-belge sont contemporains, d'où de multiples échos de la situation politique mondiale dans les scénarios.
Syldavie et Bretzelburg, des pays marqués par l’Histoire
Transposer ces réalités permettait d’aborder le sujet sans trop y toucher, en les adaptant à un jeune lectorat, et d’agrémenter les aventures de péripéties bienvenues. Les dessinateurs y trouvaient leur compte aussi, dessinant paysages exotiques, uniformes et drapeaux. La Syldavie, écrit Jean-Claude Rolinat, « est, sans contestation possible, le plus abouti de tous les pays de papier. Hergé a même pris le soin d’en rédiger une brochure touristique. » Sa capitale, Klow, est une sorte de Tirana, de Sofia, de Cetinje et de Skopje. Le guide conseille de visiter le palais royal, le musée d’histoire naturelle, le château Kropov avec la salle du trésor. À Sbrodj, le Centre de recherche atomique est à voir, à condition qu’on vous y laisse entrer.
De leur côté, Spirou et Fantasio vivront une aventure pas banale au Bretzelburg (1966), sorte de Liechtenstein mais déplacé dans le Sud-Tyrol, autant qu’on puisse le déduire des indices. « De splendides armoiries avec un aigle noir, ailes déployées, achèvent de nous convaincre que nous sommes bien sur un sol germanique », écrit l’auteur. Les stéréotypes visuels empruntent autant au Reich qu’à la RDA. Il faisait bon vivre, jadis, au Bretzelburg, avant le temps de la police politique.
Le succès des dictatures latines
Coups d’État, dictature militaire succédant à une autre, guerres intestines et vicinales… Avec leur micro-climat géopolitique propre, où le réel rattrape le conventionnel, les Amériques centrale et du Sud ont particulièrement inspiré les scénaristes. Connaissez-vous le Costa Verde (série XIII)? Le Managua — il y en a même deux ? Le Sambaguay (Tif et Tondu) ? Le Massacara (Gil Jourdan) ? Imaginé par Hergé, le San Theodoros sert de décor à L’Oreille cassée (1937) et à Tintin et les Picaros (1976). Les destins du général Alcazar et de son déplaisant rival Tapioca sont inséparables.
Tapioca a son équivalent, chez Franquin : le général Zantas, qui, lui, dirige la Palombie. Ce pays apparaît dans quatre albums, dont L’ombre du Z - qui, rappelle l’auteur, « n’a rien à voir avec la candidature de Zemmour à la présidentielle française ! » Ne perdant pas de vue son rôle de guide, l’auteur nous signale qu’en Palombie, on peut boire de la bière locale, la Colibri, ou une tequila, la Coyotl. On paiera en pesos, en palombos, peut-être en centavos… Car, à moins d’un changement de monnaie, les détails de ces pays imaginés ne sont pas toujours cohérents.
Que dire de l’Afrique ? De l’Orient, qu’il soit proche, moyen ou extrême ? Hergé, encore, se montre un grand créateur de pays avec l’émirat du Khemed, dirigé par Mohammed Ben Kalish Ezab (père de l’insupportable Abdllah), et le Rawajpoutallah où se déroule une partie de l’action des Cigares du Pharaon (1934). Beaucoup plus inquiétant, « l’Empire jaune », « tapi au cœur de l’Asie », déclenche une guerre mondiale dont seul « le monde libre » viendra à bout, grâce à l’intervention efficace de Blake et Mortimer (Le Secret de l’Espadon, 1949). Là, nous sommes dans l’univers d’Edgar P. Jacobs.
Où partir, en 2025 ?
Les vacances, c’est maintenant et, en évitant les pays en guerre ou les plus instables, lequel visiter ? Personnellement, j’irais dans la jungle de Palombie avec l’espoir d’y observer le marsupilami. Interrogé par BV, Jean-Claude Rolinat nous répond : « Je partirai avec vous en Palombie. Moi, pour interviewer le général Zantas ! » Il est vrai qu’après plus de 70 ans au pouvoir, cette vieille baderne de Zantas doit en avoir, des choses à raconter !
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3 commentaires
Il devrait y avoir aussi un album sur les langues pratiquées par les personnages d’Hergé, en fait c’est du jargon bruxellois, mélange de français,de néerlandais et d’espagnol mais il faut être natif de cette ville pour vraiment apprécier. N’empêche, tout le monde se marre !!!
Je me souviens de la bd « Le Lotus Bleu » que je garde précieusement, mais à l’époque de mon enfance, je voyais bien que l’affaire était en Chine, mais il y avait d’amusants militaires japonais assez cocasses, des policiers britannique assez inquiétants par leur sérieux, des militaires indiens assez curieux avec leurs turbans mais je ne situait rien dans le contexte politico-historique du moment. N’empêche, c’est encore un chef ‘oeuvre, Tintin déguisé en officier japonais, franchement, il fallait de l’imagination !!!
Le Khemed a été inventé sur le tard pour rectifier la première version de « Tintin au pays de l’or noir » dans laquelle Tintin débarque à Haifa alors sous mandat britannique et où il est arrêté par les hommes qui le prennent pour un terroriste juif de l’Irgoun.