Maduro : retour sur l’ascension fulgurante de cet ancien garde du corps devenu président

Très jeune, il s’engage en politique au sein de la Ligue socialiste, un groupuscule marxiste...
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Ce samedi 3 janvier, Donald Trump lui-même a annoncé que le président vénézuélien Nicolás Maduro a été « capturé avec son épouse et expulsé du pays » par l'armée américaine. L'occasion pour notre confrère Jean-Marie Beuzelin, spécialiste de l'Amérique du Sud, de revenir sur la carrière du 69e président de la République bolivarienne du Venezuela.

 

Après la cérémonie des obsèques d’Hugo Chávez, décédé en 2013, Nicolás Maduro, qui occupait alors le poste de vice-président, est intronisé président par intérim. Adoubé par Chávez, Maduro, fidèle serviteur, homme de l’ombre à l’imposante stature mais piètre orateur, sans charisme, est donc propulsé sur le devant de la scène politique au terme d’un parcours tout à fait étonnant.

Une ascension, en effet, fulgurante pour cet ancien syndicaliste, né le 23 novembre 1962 dans une famille de la petite bourgeoisie de Caracas. Très jeune, il s’engage en politique au sein de la Ligue socialiste, un groupuscule marxiste, avant d’utiliser son physique de déménageur, 1,90 m pour plus de 120 kg, comme garde du corps des candidats d’union de la gauche radicale à la présidence de la République, José Vicente Rangel en 1983 et David Nieves en 1988.

Désigné par la Ligue socialiste, il est envoyé à La Mecque de la Révolution en Amérique latine, La Havane, pour y intégrer une école de formation destinée aux cadres du Parti communiste cubain. Un cursus qu’il poursuivra pendant plusieurs années et à l’occasion de multiples stages tout en résidant au Venezuela.

Chauffeur de bus, syndicaliste, apparatchik...

De retour à Caracas il devient chauffeur de bus puis syndicaliste fondateur du SITRAMECA (Sindicato de Trabajadores del Metro de Caracas), le syndicat des travailleurs du métro de Caracas. En 1985, il intègre alors le Mouvement révolutionnaire bolivarien (MBR-200) fondé par Chávez et, en fidèle apparatchik, il est promu à la direction nationale. Mais outre la formation en sciences politiques faite à Cuba, c’est la rencontre, en 1990, avec celle qui deviendra sa femme, Cilia Flores, l’avocate qui a assuré la défense d’Hugo Chávez lorsqu’il fut emprisonné après le coup d’État en 1992, qui sera décisive pour sa carrière politique. Dès lors, intégré au premier cercle, il participe à la création du Mouvement Ve République (MVR), devient député en 2000, président de l’Assemblée nationale en 2005, ministre des Affaires étrangères en 2006, vice-président en 2012 puis candidat à la présidence de la République !

Trois fois élu président

De courte durée, la campagne électorale de 2013 sera d’une violence inouïe : un flot continu d’insultes de toutes natures entre les deux principaux candidats, Nicolás Maduro et Henrique Capriles, le leader de l’opposition. La participation est importante : près de 80 % des électeurs inscrits se rendent aux urnes. Contrairement aux prédictions des divers instituts de sondage, qui avaient prévu une large victoire de Maduro, l’écart final entre les deux principaux concurrents est minime : 225.000 voix seulement séparent les scores de Nicolás Maduro (50,62 %) et d’Henrique Capriles (49,12 %) !

La victoire de Maduro, contestée par l’opposition qui réclame un recomptage total des voix, est validée par le Conseil national électoral. Une contestation qui déborde dans les rues des principales villes avec manifestations et affrontements avec les forces de l’ordre.

Malgré les nombreuses zones d’ombre sur cette élection (personnes décédées toujours inscrites sur les listes électorales, pressions exercées sur les fonctionnaires, décalage d’une heure et quelquefois plus pour inciter les retardataires à voter, etc.), le résultat du scrutin, contrôlé par 173 observateurs internationaux, est entériné par l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), la Fondation Carter et un autre organisme de surveillance des opérations électorales, l’UNIORE (Union interaméricaine des organismes électoraux).

Nicolás Maduro devient alors pour la première fois, le 19 avril 2013, le 69e président de la République bolivarienne du Venezuela. Après avoir muselé, emprisonné toutes les oppositions possibles (événements régulièrement relatés dans ces colonnes), il sera de nouveau, malgré les multiples et internationales condamnations, réélu en 2018 et dernièrement en juillet 2024…

Picture of Jean-Marie Beuzelin
Jean-Marie Beuzelin
Écrivain et journaliste

Vos commentaires

51 commentaires

  1. Participation électorale ? Vous oubliez les 8 millions qui ont voté avec leur pieds..Quant aux régimes qui soutiennent ,tolèrent ou vivent du trafic de drogues ,ne pas oublier l’iran, la Corée du Nord et d’autres :ils gagnent sur deux tableaux: recettes fabuleuses et destruction physique et morale de l’ennemi capitaliste occidental !

  2. vaug31
    dit : Delogu à ses chances ! Avant, tout les monde pouvait prétendre à la députation.
    Hélas dorénavant, c’est n’importe qui !

  3. Vous oubliez de dire que ses deux dernieres elections ont ete l’occasion de pressions et de bourrages d’urnes comme les communistes en ont le secret .Bref que meme l’ONU n’a pas reconnu sa derniere election ….et qu’il a affame son peuple .

    • Les bourrages d’urnes ne sont pas l’apanage des dictatures d’extrême gauche.
      Nous les retrouvons également chez les dictatures d’extrême droite.
      A nous d’être vigilants pour faire face aux populismes des 2 extrêmes.

  4. Il y a 50 ans, beaucoup de jeunes français avaient l’image de Che Guevara punaisé dans leur chambre ou dessiné sur leur maillot. Maduro n’était qu’un petit-fils du Che. Ces jeunes français détiennent maintenant le pouvoir en France (Fabius, Moscovici, Hollande, ….)

  5. Encore une fois la preuve que tout ce qui se dit socialiste cache en fait un esprit de domination et de dictature.

  6. Un parcours pas très différent de celui du défunt Saddam Hussein et de quelques potentats africains et autres encore en activité…

  7. En France on a pas de quoi s’en réjouir on a bien un banquiers devenus président, on en vois les résultats mais Trump ne nous l’enlèvera jamais, il y en a un autre lui il en est disparu.

  8. Les hauts responsables Démocrates américains ont perdu leur principal fournisseur de drogue , qui inondait le pays et eux perdent des millions de dollars d’argent sale via la vente d’armes .

  9. Pour l’instant, en France, on n’a qu’un chauffeur devenu député de la France Inculte. Et on voit ce que ça donne … Décidément, il nous manque un Trump en France.

  10. Recomptage des voix refusé, tiens tiens, un peu comme dans certains pays européens finalement. Mais passons, la belle histoire de ce « président » fait inmanquablement penser à un certain Benalla, lui aussi propulsé sur le devant du cirque politique.

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