Marche pour Quentin : couverture scandaleuse de BFM et LCI

Comme prévu, les médias ont tout fait pour transformer une marche pacifique en un meeting de dangereux néonazis.
HBtgQSqXYAEPKWx

Les réflexes pavloviens ont la vie dure. Avant même le début de la grande marche en hommage à Quentin Deranque, samedi 21 février à Lyon, la couverture qu’allait en faire la presse convenue était déjà connue. Les gros titres étaient déjà écrits. Il s’agissait, évidemment, d’occulter le réel et de faire le récit d’un infâme meeting néonazi. Ainsi, au lieu de souligner l’émotion digne des manifestants, le profil parfaitement pacifique du défunt, l’absence totale de violences ou d’affrontements avec la police, les journalistes ont mis un zoom ultra-grossissant sur le moindre mot de travers, le premier geste un tant soit peu suspect. « Le rassemblement organisé à Lyon en hommage à Quentin Deranque a été marqué par une série d'actes répréhensibles », a ainsi affirmé TF1, sans même attendre l’ouverture d’une enquête. Dans la foulée de la première chaîne d’Europe, la quasi-totalité de la bulle médiatique a fait son miel de prétendus « saluts nazis » et « insultes racistes ». À y regarder de plus près, ces fameux « saluts nazis » ressemblaient davantage au « clapping » que l’on retrouve dans les rassemblements sportifs et qui sont dénués de connotation haineuse, mais qu’importe : saisie, la Justice tranchera. Quant aux « insultes racistes », aucun journaliste n’a jugé utile d’évoquer les provocations de ces jeunes gens en survêtements à capuche postés le long du défilé, qui s’étaient donné pour mission d’exciter les manifestants en riant ouvertement de la mort de Quentin. Un oubli innocent, assurément.

LCI en roue libre

En matière de mauvaise foi et d’amateurisme, LCI s’est tout particulièrement distinguée. Le journaliste de la chaîne - déjà épinglé pour ses biais idéologiques et ses inexactitudes - s’est surpassé. Il a commencé par présenter comme un élément problématique une banderole sur laquelle Quentin Deranque était représenté avec une auréole autour de la tête « qui indiquerait qu’il serait dans un au-delà »… La foi en une vie éternelle est-elle désormais à classer parmi les opinions délictuelles ? Ce journaliste semble le penser. Mais il ne s’est pas arrêté là : « C’est surtout le symbole de gauche, a-t-il poursuivi sur LCI, au sujet de la même banderole. Voilà, vous avez un des symboles de l'ultra-droite. C'est ce qu'on appelle un Chrisme. […] Ce symbole-là, on le retrouve parfois tagué sur des mosquées, lorsqu'il y a des actes islamophobes. En tout cas, c'est un symbole de signature de la présence de l'ultra-droite. » En l’occurrence, il s’agit d’un banal symbole chrétien, devenu célèbre grâce à l’empereur Constantin et qu’on retrouve sur les sculptures et les bas-reliefs d’innombrables églises… Quelques cours de catéchisme ne feraient sans doute pas de mal à notre journaliste.

Sur un autre plateau de la chaîne info du groupe TF1, de pseudo-experts ont fait le procès des réseaux sociaux où était donnée une représentation plus honnête de la manifestation. « Les réseaux sociaux font partie du problème avant que la justice établisse les faits et que les journalistes sérieux établissent les éléments crédibles, a ainsi déclaré Tristan Mendès France, fact-checkeur omniprésent sur certaines antennes publiques. On est vraiment sur un circuit parallèle d'une information qui n'est pas encore balisée par les médias et qui peut parasiter l'attention sur cette séquence. » Le message envoyé aux Français est limpide : ne croyez pas ce que vous voyez sur les réseaux sociaux, tenez-vous-en à la version donnée par les journalistes autorisés.

BFM au top de la manipulation

Parmi ces médias labellisés, retrouve-t-on BFM TV ? Le traitement fait par la chaîne privée de la marche en hommage à Quentin est en tout cas tout bonnement sidérant. Il suffisait de se brancher deux minutes sur le canal 13, samedi après-midi, pour être convaincu de la nature nauséabonde du rassemblement. Les indices à charge y tournaient en boucle : des manifestants « masqués » et habillés de noir, une marche très « masculine », la présence de militants « néofascistes »… Les journalistes de la chaîne semblaient à l’affût du moindre faux pas susceptible de confirmer leur récit anxiogène. Et ce qui devait arriver arriva : lorsqu’un groupe de nervis d’extrême gauche vint provoquer et invectiver les soutiens de Quentin, BFM TV présenta les premiers comme de bons « antifascistes » et les seconds comme de méchants « fascistes ». En matière d’inversion accusatoire, on peut difficilement faire mieux.

Invité, ce dimanche, sur BFM TV, Éric Zemmour n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat. « Sur des milliers de personnes, vous mettez le projecteur sur trois saluts nazis et des injures… ce sont vos méthodes habituelles, a-t-il rappelé. On était loin des scènes après Nahel ou du PSG. »

C’est en effet le deux poids deux mesures qui frappe. On a connu ces mêmes journalistes autrement moins critiques et sourcilleux lors de mouvements qui étaient pourtant cent fois plus violents et haineux. Prenez, par exemple, les manifestations Black Lives Matter, les émeutes raciales post-Nahel ou encore les rassemblements pro-Gaza et leurs incessants dérapages antisémites. Pourquoi une telle volonté de salir et criminaliser une marche pacifique en mémoire d’un jeune homme tué à coups de pied ? Parce que ce dernier se trouvait être un Français blanc, catholique et de droite ? Allez savoir.

Picture of Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

91 commentaires

  1. Et , de plus, qui nous prouve que les quelques « fascistes » qui ont été entendus lors de cette marche n’étaient pas des antifascistes placés à dessein pour faire de la provocation ?

  2. Et dire que de nombreux journalistes du FIGARO et de VALEURS ACTUELLES ont leur place attitrée sur ces chaînes… Le Figaro, aucune surprise. Ils mangent à  » tous les râteliers » , mais Valeurs actuelles…

  3. Quand je pense que Sonya MABROUK rejoint l’infâme BFMTV qui est l’antithèse de CNews!
    Ce choix me pose des questions sur ses véritables convictions et son éthique journalistique!
    Elle ne devrait pas vendre son âme ainsi à une chaîne militante de désinformation de gauche.
    Elle a perdu tout crédit à mes yeux et je continuerai donc à boycotter cette chaîne indigne avec ou sans Mabrouk!

  4. LFI s’attribue le qualificatif d’Antifas et accuse la Droite de Fasciste. On ne devrait jamais abonder dans leur sens. Les appeler Antifas les accrédite dans l’image vertueuse qu’ils essaient d’imposer. Nous devrions oser les appeler Fascsites, eux ne s’en privent pas!

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois