Marlborough : un nom, une chanson et une tour à sauver
« Malbrough s’en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine » : cette ritournelle familière, autrefois fredonnée par des générations d’enfants, résonne encore aujourd’hui dans la mémoire collective française. Mais peu d'entre eux savent qu’elle trouve un écho bien réel au cœur du domaine de Trianon. En effet, dans l’atmosphère bucolique du hameau de la reine, au château de Versailles, se dresse une tour singulière portant le nom de Marlborough. Édifiée à la fin du XVIIIe siècle, cette construction pittoresque est aujourd’hui au centre d’un ambitieux projet de restauration porté par la Fondation du patrimoine, soucieuse de préserver ce témoin fragile d’un temps révolu : celui de Marie-Antoinette et de ses rêves champêtres.
Un projet de sauvegarde essentiel
Dans le cadre d’une campagne nationale de mécénat dédiée à la protection des monuments remarquables, la Fondation du patrimoine a ainsi lancé une collecte de fonds avec un objectif de 150.000 euros, destinés à permettre la restauration de la tour de Marlborough. Cette fabrique de jardin, construite entre 1783 et 1787 par l’architecte Richard Mique à la demande de Marie-Antoinette, subit aujourd’hui les affres du temps et des intempéries. Ses boiseries, ses éléments métalliques et sa maçonnerie se trouvent ainsi fragilisés, mettant en péril la stabilité même de l’édifice.
La campagne de restauration prévoit le traitement attentif de nombreux éléments, la restauration des garde-corps en fer forgé ainsi que des interventions ciblées sur les maçonneries. Ces opérations seront menées selon des techniques traditionnelles éprouvées, dans une logique de conservation durable, afin de préserver la tour non seulement pour les années à venir, mais pour les générations futures.
Une tour emblématique du hameau de la reine
Le hameau de la reine lui-même, né du goût du XVIIIe siècle pour un retour idéalisé à la nature, s’inscrit dans une réflexion philosophique et artistique portée par les Lumières. Conçu comme un village bucolique, il offrait à Marie-Antoinette un refuge loin de l’étiquette rigide et des fastes de la cour de Versailles. C'était un lieu où elle aimait recevoir, se ressourcer et vivre simplement. L’ensemble se compose alors de plusieurs bâtiments dont la maison de la reine, la ferme, des laiteries et la tour de Marlborough, érigée sur les rives du Grand Lac.
D’apparence médiévale, haut de quatre niveaux et surmonté d’un balcon circulaire soutenu par douze arcs de bois, le monument, appelé aussi la tour de la pêcherie, évoque les belvédères maritimes du sud de l’Europe et participe pleinement de l’esthétique pittoresque du hameau.
L’origine singulière de son nom
Le nom de Marlborough peut surprendre, au cœur d’un domaine intimement lié à l’histoire des rois et reines de France : il renvoie à une figure majeure de l’Histoire anglaise, le premier duc de Marlborough, John Churchill. Né en 1650, ce brillant stratège et homme politique se distingua notamment lors de la guerre de Succession d’Espagne, où ses victoires contribuèrent à contenir l’expansion française sous le règne de Louis XIV. Anobli et couvert d’honneurs, il devint l’un des militaires les plus célèbres de son temps et l’ancêtre direct, à la huitième génération, de Sir Winston Churchill.
Une rumeur erronée annonçant sa mort au combat, lors de la bataille de Malplaquet en 1709, inspira la chanson Malbrough s’en va-t-en guerre. Transformée en complainte moqueuse, la mélodie traversa les frontières et connut un succès considérable en France. Elle retrouva une nouvelle popularité lorsque Beaumarchais l’intégra au Mariage de Figaro en 1781 et lorsque Marie-Antoinette elle-même l’aurait entendue chanter par la nourrice du dauphin, dont le nom suffit à décrire la fonction : Geneviève Poitrine. La reine adopta ensuite cette mélodie, la joua au clavecin et contribua ainsi à sa diffusion dans tous les esprits du royaume.
Si cette chanson est aujourd’hui perçue comme une comptine, elle fut à l’origine une satire du pouvoir et de la gloire militaire, annonçant déjà l’esprit critique et irrévérencieux qui nourrira la Révolution française. La restauration de la tour de Marlborough dépasse donc la simple sauvegarde d’un édifice. Elle participe à la transmission d’une histoire. Préserver ce monument, c’est permettre de rappeler au plus grand nombre un chapitre militaire et musical de l'Histoire.
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7 commentaires
Au regard des commentaires je comprends que la sauvegarde du patrimoine n’est pas une priorité, qu’elle n’a pas de sens. Qu’il me soit permis de rappeler que sans le gaspillage de nos deniers il n’y aurait pas de dette et que la charité commençant par soi-même le patrimoine français, délabré, serait sauf…
Cette tour m’apparaît comme particulièrement moche, vous ne trouvez pas ?
Une question subsiste après ce rappel historique très plaisant: pourquoi donner ce nom à cet ouvrage de Marie-Antoinette et de Louis XIV? Surprenant de rendre hommage à un adversaire de son « ancêtre »?
« Préserver ce monument, c’est permettre de rappeler au plus grand nombre un chapitre militaire et musical de l’Histoire. »
Quand un pays a une dette de 3500 milliards €, a-t-on vraiment le devoir sauver toutes les vieilles pierres, quel que soit le motif, musical ou non ?
Comment paiera t- on la dette si on laisse le patrimoine immobilier se delabrer ?
Bonne chance pour payer nos 3000 milliards d’euros de dette avec cette construction improbable…
Absolument, cette volonté de tout conserver est une déformation psychologique.