[MEDIAS] Banalisation de la Shoah dans Quelle époque ! : Léa Salamé s’explique

En dépit du scandale provoqué, quinze jours plus tôt, la présentatrice n’a pas jugé nécessaire de présenter ses excuses.
Capture d'écran X
Capture d'écran X

Une mise au point très attendue. Samedi 24 mai, alors que débutait son grand rendez-vous hebdomadaire sur France 2, Léa Salamé a pris quelques minutes afin de revenir sur l’émission diffusée quinze jours plus tôt. L’animatrice n’avait pas vraiment le choix : la séquence dans laquelle Thierry Ardisson comparait Gaza à Auschwitz a causé un émoi national. « Thierry Ardisson s'est excusé le lendemain, disant avoir parlé sous le coup de l'émotion, mais je sais que cette séquence a choqué, a débuté Léa Salamé. Je sais qu'elle a blessé des gens, notamment des enfants et des petits-enfants de rescapés d’Auschwitz, et cela me mortifie. »

Un regret mais pas d’excuses

Mais si elle a concédé du bout des lèvres que ladite séquence aurait effectivement dû être « coupée », la journaliste s’est bien gardée de condamner les propos tenus. Au contraire, elle a expliqué qu’il ne fallait y voir aucune « banalisation » de la Shoah. « On comprend, quand on a écouté l'intégralité de ses propos, que Thierry Ardisson laisse éclater son émotion et son indignation à la fois devant la souffrance des Juifs de France, comme quelques minutes plus tard devant la souffrance des civils de Gaza », a justifié la présentatrice, ajoutant que l’intention de l’homme en noir était de « comparer le regard ou l'indifférence qu'on peut avoir face à l'Histoire ».

À croire Mme Salamé, le responsable de l’émoi suscité par l’émission serait à chercher ailleurs. « Nous aurions dû être vigilants et anticiper que cette séquence pourrait être isolée, sortie de son contexte et diffusée sur les réseaux sociaux, a-t-elle déploré. En 2025, on peut diffuser hors contexte vingt secondes d'une émission de deux heures trente sans rappeler ce qui s'est dit avant et ce qui s'est dit après. » La journaliste vient-elle de découvrir le fonctionnement des réseaux sociaux ? Il serait temps qu’elle se mette à la page. Quant à l’argument ultra-éculé de la phrase « sortie de son contexte », il paraît bien court : le principe même des talk-shows comme celui de Léa Salamé repose, précisément, sur le commentaire de phrases prononcées par des personnalités et sorties de leur contexte !

Victimisation et contre-attaque

Alors qu’elle aurait dû faire amende honorable et profil bas, Léa Salamé a fait, en réalité, tout le contraire. Mais il faut la comprendre : à l’écouter, son « parcours de journaliste » la place au-dessus de tout soupçon. La quadragénaire n’a pas hésité, non plus, à brandir ses origines, tel un totem d’immunité. « Toute ma vie, je me suis battue contre les haines entre les peuples et entre les religions », a-t-elle fait savoir, donnant pour preuves « [s]es origines, l'histoire de [s]a famille, du génocide arménien dans [s]a famille maternelle aux guerres du Proche-Orient de [s]on enfance ». Un héritage qui impose le respect et le silence, apparemment.

Durant ce monologue long de plus de quatre minutes, Léa Salamé n’a pas jugé nécessaire de se défendre de l’autre critique qui l’avait visée, quinze jours plus tôt : il lui avait été, en effet, reproché d’avoir présenté son invité Raphaël Pitti comme un « médecin humanitaire » alors que l’homme avait été un candidat du Nouveau Front populaire, sur la liste du parti de Raphaël Glucksmann, et s’était, depuis, illustré par des déclarations très favorables au Hamas. Mais il faut croire que cet évident manquement déontologique ne compte pas.

Cette dernière a d’ailleurs achevé sa prise de parole par une sorte de mise en garde adressée à ses contradicteurs : « Je vous le dis tout net : être accusée de complaisance à l'égard du Hamas ou de l'antisémitisme, quand on produit une parole forte sur Gaza, ça ne marche pas. Pas ici, pas avec moi. » Une fuite en avant qui rappelle celle de Delphine Ernotte. À peine réélue à son poste de présidente de France Télévisions, le 14 mai dernier, elle a balayé d’un revers de main toute critique et annoncé, elle aussi, qu’elle n’avait « pas l’intention de [s]e laisser faire ».

Cela tombe bien. À BV, aussi, la détermination est au rendez-vous. Et en dépit des indignations surjouées et des cris d’orfraie, nous continuerons à rappeler l’audiovisuel public à ses devoirs déontologiques et ses obligations.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Trop facile de la part de ces présentateurs de notre service public ainsi que de leurs intervenants qui sortent d’ énorme bourdes ignobles et puis se rétractent dès que le sentiment populaire s’offusque (cas de Thierry Ardisson ) ; à croire que leurs paroles prennent trop souvent le pas sur leurs réflexions , ou tout simplement que leurs facondes incontrôlées ne trahissent leurs pensées profondes .

  2. Pourquoi aurait elle dû faire amende honorable et profil bas ? Les propos n’engagent que celui qui les prononce et qui a la liberté d’expression de les prononcer. Aujourd’hui les propos engageants (hors appel à la haine) blessent toujours, le problème ne vient pas de celui qui les pense et les expriment.

    • Ca dépend qui est « attaqué », quand ce sont les patriotes là ça passe, si un gauchiste est visé là ça passe pas,

  3. Ces élites auto proclamées bien à l’abri dans la citadelle du service public , ne risquent rien , ne craignent rien . Ils sont confortablement assis sur l’Olympe médiatique française .

  4. Les images existent de la shoa, des massacres nazis, ( Babi Yar- Oradour) des camps… des montagnes de cadavres décharnés enterrés au bulldozer, des hangars plein de cheveux; des abat-jour en peau humaine et des montagnes de chaussures. À diffuser et rediffuser. Que personne n’oublie. Même si c’est à vomir. Qui osera ensuite banaliser ?

  5. Pourquoi croyez vous que Mme Ernotte ait été reconduite à France Télévision ? Parce qu’elle donne ( à mon sens ) une version « compatible » de notre société avec le wokisme. Effectivement, pourquoi n’ont -ils pas coupé au montage cette séquence ? Curieux ! Des fois que ce soit passé crème…

  6. Il y a fort à craindre que la présentatrice n’ait pas complétement saisie les propos tenus. Ses capacités de compréhension conviennent parfaitement au milieu bobo-gaucho dans lequel elle évolue, sans hélas, lui permettre d’en sortir.

  7. Je n’appelle pas ça une « journaliste » j’aurais un autre terme mais bon….Encore un truc payé avec nos impôts pour nous insulter en plus

  8. Une question , Léa , d’où parles-tu ? Il y en a marre des journaleux politisés , en théorie les (vrais) journalistes doivent exposer des faits avec neutralité , pas la propagande de leur conjoint . En théorie seulement car nous vivons dans un pays où la « bien-pensance » est de gauche , du moins c’est ce que l’on veut nous faire croire . Comme Ernotte elle montre la France comme elle voudrait qu’elle soit , et non comme elle est .

  9. Léa Salamé aujourdh’ui est bien mignonne, bien gentille, tolérante etc … Souvenez vous, il y a quelques années lorsqu’elle travaillait avec Ruquier en compagnie de Yann Moix et Aymeric Caron, elle était beaucoup moins aimable … Laquelle est la vraie ?

  10. le téléspectateur banal ne comprend pas le français ! Léa Salamé est obligée de nous traduire les propos de Thierry Ardisson. Me voilà rassurée j’avais compris autre chose !

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