[MÉDIAS] En faillite, Libération une nouvelle fois renfloué par son bienfaiteur tchèque

Daniel Křetínský fait partie de ces mécènes qui investissent à perte dans des journaux de gauche.
Capture d'écran YT- Bonsoir - CANAL+
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Sale temps, pour nos confrères de Libération. Entre sa crédibilité en berne et ses soucis financiers, le quotidien de la gauche radicale parisienne n’est pas vraiment au meilleur de sa forme. La crise est telle que son créancier, le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, a été contraint de sortir une nouvelle fois le chéquier pour lui éviter la banqueroute. Selon L’Informé, le riche homme d’affaires aurait accordé, fin décembre, un nouveau prêt au journal de 17 millions d’euros. Le quatrième, depuis son premier soutien en 2022. Ce montant vient s’ajouter au million d’euros versé sous forme de don et à 42 millions d’euros d’emprunts obligataires, soit au total 59 millions d’euros accordés en un peu plus de trois ans. Ça coûte cher, le militantisme progressiste.

Structurellement déficitaire, Libération fait figure de panier percé, dans le petit monde des médias parisiens. Les pertes d’exploitation - quoiqu’en baisse - se maintiennent à un niveau alarmant : 7,5 millions d’euros en 2023, 8,8 en 2021 et jusqu’à près de 13 millions en 2020. La faute à la chute du marché du papier, à la baisse de la publicité, mais aussi, à n’en pas douter, aux angles et aux choix éditoriaux bien loin des préoccupations du grand public.

Un investissement purement intéressé ?

Interrogé par Le Figaro, un expert des médias confirme que le sauvetage de Libération opéré par Daniel Křetínský ne respecte aucune logique financière. « Křetínský a prêté une somme d’argent à Libération qui est supérieure à sa valeur vénale. Ce titre ne se vendrait pas 60 millions d’euros, aujourd’hui », indique-t-il. Selon ce connaisseur, le magnat slave consentirait à renflouer le quotidien gauchiste dans le seul but d’être « bien vu dans le paysage hexagonal ».

Du côté de la rédaction de Libération, cette générosité un brin intéressée est moyennement appréciée. Les « salarié·e·s » du titre s’étaient déjà inquiétés, en septembre 2022, d’un prêt de 14 millions accordé par Daniel Křetínský. « Nous ne sommes pas dupes, écrivaient-ils dans leurs propres colonnes, le 26 septembre, redoutant une prochaine entrée du milliardaire au capital de Libération. Si une telle hypothèse venait à se réaliser, cela serait contraire à la préservation de l’image de marque de Libé, donc à son intérêt. »

Malgré leurs vives inquiétudes, les journalistes avaient bien fini par prendre le chèque qu’on leur tendait et avaient ainsi pu poursuivre l’entreprise de déconstruction qui leur sert de gagne-pain. « Daniel Křetínský a expliqué qu’il souhaitait soutenir le redressement manifeste de Libé car l’existence de ce journal dans le débat public était "nécessaire pour le pluralisme de la presse en France". Nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui », s’étaient-ils alors justifiés, mal à l'aise.

Le saint patron des causes perdues

Daniel Křetínský n’en est pas à son premier sauvetage désespéré. En 2018, il avait déjà volé au secours de l’hebdomadaire centriste Marianne, bien mal en point. L’opération ne s’était pas avérée très concluante, puisque les ventes au numéro avaient ensuite chuté de 37 %. Une baisse que les unes racoleuses assimilant Vincent Bolloré, Elon Musk ou Philippe de Villiers à l’« empire réac » n’ont pas réussi à freiner…

Étonnamment épargné de toute accusation d’« ingérence étrangère », le Tchèque a réalisé un autre investissement pour le moins hasardeux : la création de la chaîne T18, lancée en juin 2025 sur le canal précédemment occupé par Gulli, avec notamment Laurent Ruquier en tête de gondole. Lors de la présentation du projet à l’Arcom, en juillet 2024, une ligne clairement de gauche avait été esquissée par les responsables du groupe de médias du milliardaire CMI France, avec l’intention déclarée de « ne pas alimenter le populisme » et d’au contraire « faire progresser les esprits ». Résultat : avec un pic à 1,6 % de part d’audience difficilement atteint le 5 mars dernier, T18 dépasse tout juste France Info, l'accident industriel du service public. À titre de comparaison, C8 réalisait près de 5 % de part d’audience, au moment de sa fermeture, décidée par l’Arcom.

Entre Libération, Marianne, Franc-tireur ou encore T18, Daniel Křetínský n’est donc pas près d’amortir son investissement financier. Mais peu importe. Pour lui, l’objectif est déjà atteint : être bien vu du système en place en poussant des idées de gauche déjà omniprésentes dans l’espace médiatique.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

34 commentaires

  1. C’est son pognon, il en fait ce qu’il en veut ! Par contre, aucune subvention publique ! ce serait indécent.

  2. Si personne ne l’a fait : en voilà un qui porte bien son nom!
    Au fait quand supprime-t-on les subventions à la « presse »?

  3. Ce torchon à mauvais calembours est indispensable dans le paysage de la presse. En effet c’est un marqueur d’appartenance à la gauche pour les militants PS et le monde enseignant. Un café croissant au café de Flore n’a pas le même goût sans la lecture de quelques bonnes feuilles de Libé. Le fait qu’il périclite malgré l’aide massive de l’état est désolant mais explicable. Même à gauche on se lasse des calomnies fielleuses et de la malhonnêteté intellectuelle. Donc merci à monsieur Kretinsky de tenter de sauver ce vestige de la glorieuse histoire du socialisme.

  4. Libé est en berne parce que ce que racontent ses journalistes n’intéresse plus personne. Et malgré les subventions versées avec nos impôts, il ne s’en sort pas. Messieurs, et si vous vous demandiez pourquoi CNews, Europe 1, Valeurs Actuelles, le JDD, caracolent en tête ? Quand comprendrez-vous que ce ne sont pas ces journaux qui font monter la droite, mais parce que les gens sont écoeurés de vos propos qu’ils vont vers ces medias. Commencez à dire la vérité, et vous retrouverez de l’audience.

  5. Avec Kretyinsky « patron » de Presse, ne serait-ce pas de l’ingérence étrangère ?

  6. Cela en fera hurler beaucoup, les autres en riront peut-être :  » Kretinsky…le Bolloré de gauche  » qui aime tant perdre ses billes.

  7. La presse n’étant généralement pas neutre, s’il existe une presse de droite, il est bon qu’il existe aussi une presse de gauche, cela permet au citoyen de se faire une opinion, à condition, bien sûr, qu’il jette un coup d’oeil des deux côtés.

  8. « Malgré leurs vives inquiétudes, les journalistes avaient bien fini par prendre le chèque qu’on leur tendait.  » Mais quel courage, ces petits Jean Moulin ! Ils résistent à tout, sauf à la tentation…

  9. Daniel Kretinsky démontre qu’à titre individuel, faire des affaires et se proclamer homme de gauche peut être un sommet de l’intelligence pratique : celle idéologiquement conforme. Suite à l’effondrement économique communiste le Profit capitaliste et l’éthique de la Gauche Internationaliste se sont alliés. C’est le Mondialisme. Une récente et habile coalition: Les peuples sont ainsi mis dans l’obligation, à l’échelle mondiale, de consommer plus et de penser « bien ». Deux appétits totalitaires, sur la matière et sur l’esprit, se sont associés, « Le Meilleur des Mondes » est en marche. En France comme en Chine.

  10. Les subventions par des étrangers à la presse française ou à tout média français devraient être interdites

  11. Un tchèque qui au moins n’est pas sans provision. Il dispose d’entreprise plus florissantes et peut se permettre d’avoir sa pauvre. Curieux cette ingérence étrangère, non ?

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