[MÉDIAS] L’Arcom appelle l’audiovisuel public à… « l’introspection » !

En dépit des déclarations, le pluralisme de l’audiovisuel public ne semble pas être la priorité du président de l’Arcom.
@Wikimedia commons
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Une audition sous haute tension. C’est dans un contexte pour le moins électrique que Martin Adjari, président de l’Arcom (l'ex-CSA), s’est présenté mercredi 1er octobre dernier, devant les sénateurs. Après l’alerte lancée, quelques jours plus tôt, par la Cour des comptes sur l’état désastreux des finances de France Télévisions, sa prise de parole était très attendue. Il est revenu sur l’affaire Legrand-Cohen, deux journalistes du service public accusés de collusion avec le PS, qui a mis en lumière l’ampleur du militantisme en place au sein de médias d’État censés être neutres... Pour Martin Adjari, « il y a eu des extraits qui font apparaître des propos ayant jeté un trouble », a-t-il reconnu, maniant l’euphémisme.

Relancé sur le sujet du pluralisme, l’énarque a estimé qu’il était nécessaire que « chacun s’y retrouve » par rapport à « un service public que tous financent, dont tous doivent bénéficier et dont tous sont propriétaires ». Et de pointer la méfiance grandissante des Français à l’égard des médias en général et de ceux de service public en particulier. « Par rapport à ces mécontentements, frustrations, incompréhensions », les sociétés audiovisuelles publiques doivent faire preuve « d’introspection sur leurs procédures, leurs formations, la façon dont elles abordent les différents thèmes autour desquels le débat public s’organise, pour que le maximum de Français se sentent représentés sur leurs antennes », a-t-il lâché.

Doit-on, dès lors, s’attendre à des sanctions à l’encontre des contrevenants ? Peut-on espérer la mise en place rapide d’un pluralisme réel au sein de l’audiovisuel public ? Pas du tout. Le chantier lancé par l’Arcom ne donnera pas de résultat « d’un claquement de doigts », a d’ores et déjà prévenu son président. Avant tout, l’objectif est de « mesurer la perception et les attentes du public par des études quantitatives et qualitatives » sur cette question et d’« évaluer les outils qui existent au sein de l’audiovisuel public ». Il s’agit de « donner plus de gages sur la façon dont [les médias et les institutions] travaillent pour s’assurer que cette exigence d’impartialité » est bien un objectif, a conclu Martin Ajdari. Qu’en termes galants - et abscons - ces choses-là sont dites.

Le talentueux Monsieur Adjari

Cette langue de bois et ce peu d’empressement sont-ils bien surprenants ? Pas vraiment. On peut, en revanche, s’étonner d’avoir confié la surveillance d’un audiovisuel penchant à gauche à un homme lui aussi de gauche et, par ailleurs, ancien dirigeant de ce même audiovisuel public… Car Martin Adjari n’est pas qu’un haut fonctionnaire nommé à la tête de l’Arcom par Emmanuel Macron. C'est un ancien collaborateur des gouvernements Fabius et Hollande, ex-bras droit d’Aurélie Filippetti. Il est, par ailleurs, le fils d’une ancienne députée PS au Parlement européen, Martine Buron, et d’un diplomate de la république islamique d'Iran, Ahmad Adjari. Cerise sur le gâteau, il a œuvré en tant que directeur général délégué de Radio France et directeur général délégué aux ressources de France Télévisions. « Martin Adjari est un haut fonctionnaire qui sert de garde-fou face à un certain nombre de dérives politiques qui pourraient mettre en danger l’ordre libéral-libertaire », a résumé Claude Chollet, président de l’Observatoire du journalisme.

Quelques années avant de prendre la tête du gendarme de l’audiovisuel français, Martin Adjari avait déjà fait parler de lui en tant que directeur adjoint à l’Opéra national de Paris. Il y avait été à l’origine d’une mission en faveur de la diversité au sein de l’établissement. « Cette question de l’uniformité du ballet blanc, sous couvert de ­relever de considérations exclusivement esthétiques, mérite réflexion », avait-il alors expliqué, au Monde. Pour le moins maladroite, l’initiative avait valu à la direction de l’opéra des accusations de dérives woke et de racialisme.

Un mandat déjà entaché

Dès le mois de décembre 2024, Martin Ajdari avait esquissé sa feuille de route à la tête de l’Arcom. Il n’avait pas fait mystère de sa priorité : faire encore grossir l’audiovisuel public et lui permettre d’« atteindre une taille critique » lui permettant de rivaliser avec les nouveaux acteurs du numérique. Dans cet environnement en mutation accélérée, où se tiennent « des compétitions, parfois des guerres économiques, culturelles, informationnelles, l’Arcom est appelée à jouer un rôle de premier plan », soulignait-il. Le régulateur doit « contribuer à un audiovisuel dynamique et un Internet plus sûr ».

Un Internet plus sûr ? Le malheureux Jean Pormanove, victime de séances de torture diffusées sur la plate-forme Kick, et mort en direct dans la nuit du 17 au 18 août 2025, aurait eu sans doute beaucoup de choses à dire sur le « rôle de premier plan » joué par l’Arcom. Cette dernière s’est, depuis, défendue, exprimant son « très vif émoi », mais son incapacité à empêcher le drame en a choqué plus d’un. Il faut dire que le 14 août dernier, alors que Jean Pormanove était encore en vie, l’autorité de régulation était occupée à sanctionner une nouvelle fois CNews au sujet d’un « défaut de maîtrise d’antenne »... Question de priorité, sans doute.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

44 commentaires

  1. Ouf ! Ce monsieur Ajdari est un habile homme qui coche toutes les cases. J’ai eu si peur qu’il pénalise l’Ernotte show voire même engage une procédure de révision contre C News et Hanouna…

  2. Hier à l’Opéra, aujourd’hui à l’ARCOM, demain aux Arts du Cirque, après-demain au tunnel du Mont-Blanc… on connait ce genre de personnage qui vivent à nos frais…

  3. C’est un énarque chimiquement pur : « On cherche ce qu’il a dit après qu’il a parlé »
    Expert en langue de bois et phrases creuses. Mais à tenter de noyer le poisson, on risque d’avaler une arête qui restera en travers de la gorge.

  4. On. Reconnaît bien le gauchisme introspection, autocritique et un petit tour dans les marais cambodgiens……

  5. Quand le sage montre la lune , l’imbécile regarde son doigt. Eh bien nous y sommes . Compliments à Macron pour ce choix lamentable .

  6. quel guignol, l’enarque dans toute sa splenduer…..et un specimen tel que celui ci, ca touche combien à la fin du mois?????? pitoyable et même lamentable….

  7. C8 on la dégage, CNews et autres mediabollorés on conspue mais le « Public » on le prie de s’introspecter… pas trop profond quand-même, faut pas déc… non plus ! L’est bonne la soussoupe du pognon de Nicolas…

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