Médias : quand le mercredi des Cendres disparaît derrière le ramadan

On a beau faire, et la coïncidence des dates n’y change rien : l’intérêt journalistique va au ramadan.
Carême/Ramadan

En France, les catholiques, comme plus largement les Français attachés à la culture chrétienne de leur pays, ne peuvent manquer de constater qu’année après année, la mention dans l’espace médiatique de l’entrée en carême cède progressivement la place au début du ramadan, dont les périodes se chevauchent régulièrement.

Cette année, le 18 février présente à cet égard la particularité de marquer simultanément, pour les chrétiens et pour les musulmans dans l’Hexagone, l’entrée dans leur temps respectif de jeûne et d’abstinence : quarante jours pour les uns, un mois pour les autres.

Mais toujours loin de donner lieu à un traitement équivalent, cet alignement calendaire se traduit, une fois encore, par une mise en lumière médiatique quasi exclusive du ramadan, au détriment du mercredi des Cendres que les chrétiens célèbrent en France depuis pourtant plus d’un millénaire.

De l'actu généraliste à spécialisée, ces médias sont unanimes !

Ainsi, le site Actu.fr remporte la palme du plus grand nombre d’articles consacrés aux célébrations musulmanes de ce mercredi : depuis le 1er janvier, on en recense, à cette heure, 28 relatifs à l’entrée en période de ramadan, dont 16 publiés au cours des seules dernières 48 heures. L’entrée en carême, en revanche, ne fait l’objet que de deux maigres articles, parus entre hier et aujourd’hui.

Du côté de la presse féminine, c’est Auféminin qui se distingue par l’attention portée au jeûne islamique. Six articles ont ainsi été publiés en vingt-quatre heures, qu’il s’agisse des « sept réflexes pendant le ramadan pour aider vos ados à ne pas être fatigués en cours », de « l’âge recommandé pour commencer à jeûner en toute sécurité, selon une pédiatre » ou encore de « trois astuces de mamans organisées pour ne pas passer sa vie en cuisine » lors de la préparation des repas de l’iftar. Le carême, quant à lui, ne semble pas jugé digne d’intérêt, aucun article ne lui étant consacré.

Même silence du côté du magazine Voici, qui propose en revanche, à deux reprises depuis hier, une « recette gourmande » et un « petit déjeuner idéal » pour accompagner le jeûne du ramadan. Comme l’année dernière, les chrétiens pourront bien se débrouiller cette année, car l’unique et dernier article sur le carême remonte à 2024.

Une invisibilisation qui s’étend jusqu’à la presse sportive, avec la revue Foot Mercato, qui relaie « la révélation de Karim Benzema sur le ramadan », ou encore le média 90min, qui s’intéresse aux « footballeurs qui pratiquent le ramadan ». Bien qu'on ne demande pas à ce type de médias spécialisés de se pencher sur les questions religieuses, la dissymétrie tend à lasser un peu...

Le contraste se confirme d'ailleurs lorsque l’on élargit l’observation à d’autres titres généralistes. Chez 20 Minutes, pas un seul article n'est consacré, aujourd’hui, à l’entrée en carême. Le ramadan, en revanche, fait l’objet de quatre publications en quarante-huit heures, dont un reportage immersif au cœur d’une grande ville française intitulé « "Rush" pour les uns, "mois de repos" pour les autres… À Marseille, les derniers préparatifs avant le ramadan ». À cela s’ajoutent plusieurs articles de service et d’analyse annonçant les dates du jeûne, s’interrogeant sur son imminence ou soulignant l’adhésion croissante des jeunes musulmans à cette pratique.

Le traitement est sensiblement différent au Monde, qui opte pour une approche plus équilibrée. Le quotidien publie ainsi deux articles pédagogiques, l’un intitulé « Comprendre le carême en six questions », l’autre « Comprendre le ramadan en neuf questions », auxquels s’ajoute une brève annonçant les dates officielles du ramadan, assortie d’un intertitre qui mentionne le « carême chrétien ». N’allons pas faire d’excès de zèle.

Dans la presse régionale, la dissymétrie demeure toutefois plus marquée avec Sud-Ouest, qui n’a consacré qu’un seul article au carême avant-hier, tandis que quatre articles consacrés au ramadan sont parus ce jour, notamment sur les risques liés au diabète ou encore la symbolique et les règles à suivre.

Radio, télévision : même omerta

Même déséquilibre, du côté de l’audiovisuel où, sur les réseaux sociaux de France Info, aucune publication ne mentionne le carême, quand un post est consacré au ramadan. À France Inter, on n'y croyait plus, mais c'est en fin de journée qu'un sujet a fini par sortir sur « le regain d'attrait pour le religieux chez les jeunes », en référence au carême, tandis que deux reportages ont été diffusés sur le ramadan au cours des dernières vingt-quatre heures. Même chose à RTL, où un article consacré à l'entrée en carême est apparu en fin de journée, alors que deux articles abordent le ramadan depuis 24 heures.

Au Parisien, la période chrétienne de jeûne et d'abstinence n’est évoquée qu’incidemment, au détour d’un article consacré au ramadan et intitulé : « Un rite "autant identitaire que religieux" : pourquoi le ramadan cartonne chez les jeunes ». On y lit brièvement que « cette année, par le hasard du calendrier, le carême débute le même jour que le ramadan. Quarante jours précédant Pâques durant lesquels – en théorie – les catholiques ne font qu’un repas léger par jour. » Le quotidien rapporte en outre que, parmi les motivations des jeunes chrétiens, certains évoqueraient « une forme de concurrence orthopraxe avec l’islam […] donc l’envie de manifester, ici aussi, son appartenance identitaire ».

Le ramadan, en revanche, fait l’objet de cinq articles distincts, dont l’un relaie le constat d’un responsable de l’association des musulmans de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), pour qui cette visibilité accrue illustre « une forme d’enracinement de ce rite dans le patrimoine culturel français », puisqu’« aujourd’hui, on en parle au JT de 20 heures, les supermarchés organisent des promotions sur les aliments orientaux ». De fait...

Un constat que semble confirmer, jusque dans sa communication institutionnelle, l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, qui a choisi d’adresser ses premiers vœux de la journée aux musulmans à l’occasion du ramadan, avant de souhaiter, en milieu d’après-midi seulement, et après quelques avis circonspects sur les réseaux sociaux, un bon carême aux chrétiens...

Vos commentaires

62 commentaires

  1. Détruire une religion millénaire qui fait partie de notre ADN pour faire allégeance à une autre religion venue d’ailleurs , voilà qui laisse pantoi. Tout ce petit, tout petit monde ne semble pas savoir où il met les pieds mais quand il s’apercevra du désastre ce sera trop tard. L’islamisation de la France ne se fait que grâce à l’existence de collabos, ce qui est quand même une de nos spécialités à côté du fromage et du vin.

  2. C’est normal, les bouffe-curés, lèchent les mollahs…. Pauvre France. Dieu jugera et peut-être même sans Allah (sur ce plan j’avoue n’en avoir aucune idée).

  3. Nous ne pourrons réussir à empêcher l’avancée de l’islam en France qu’en nous réarmant intellectuellement. En lisant les ouvrages des islamologues, en intégrant les arguments à opposer intellectuellement aux mensonges de l’islam, en récrivant le récit musulman mensonger des débuts de l’islam et du Coran, en démontant l’échafaudage islamique fait de légendes, de miracles, de merveilleux, d’ordres et d’interdits valables pour des Bédouins du 7 ème siècle.
    Pas de paresse intellectuelle chez les opposants à l’islam mais du travail et des arguments imparables. Ils existent, ils sont disponibles, ils sont à notre portée. Mais cela demande du courage et de la logique.

  4. Je n’ai pas fait carême strict mais grâce à CNEWS j’ai suivi la messe du mercredi des cendres célébrée par le ST Père.

  5. Merci chère Alienor pour cet article au combien représentatif de la situation. Et pour aller dans le sens du commentaire de Golfromeo tenter avec un iPhone d’écrire un sms avec le mot chapelet vous verrez que l’emoji qui apparaît est loin de ressembler à un chapelet du Rosaire. Le diable se niche dans les détails …

  6. Les musulmans, surtout les jeunes, ont tendance à mettre en avant le ramadan tandis que les Chrétiens restent discrets.

  7. Les fêtes « religieuses » sont d’origine païennes, basées sur le cycle lunaire. Il est donc normal que les dates coïncident. C’est pourquoi Pâque est une fête mobile, toujours le 1er dimanche après la 1ère pleine lune de printemps.

  8. Merci Madame Alienor de Pompignan pour votre excellent article.
    Pour qu’il soit utile (et il l’est) je propose de boycotter toutes les inscriptions gratuites ou payantes à ces revues, sites, médias contenus dans votre article. Et de ne plus les lire ou regarder. Sans exception.
    Si nous sommes nombreux à suivre cet exemple, que j’applique déjà, les rédactions verront peut être une baisse de leurs abonnements.
    Il ne serait pas inutile également de leur écrire pour leur dire le mécontentement des Français envers cette discrimination Chrétienne.
    Merci encore.

  9. Je fais le carême pour la première fois à fond cette année, et les privations de nourriture et d’écrans non nécessaires vont être, je pense, les plus difficiles. Carême ou ramadan, l’important est la sincérité et la persévérance de ce que l’on choisit d’offrir aû Seigneur…

  10. Et que dit l’Eglise, la conférence des évêques de France, silence radio, comme pour la mort de Quentin catholique pratiquant traditionaliste. Il n’y a pas que les Chrétiens d’Orient qu’on assassine !

  11. Pour « information »: j’ai acheté en fin d’année dernière un smartphone d’une grande marque sud-coréenne, sur un site. A la mise en route de ce smartphone, après réception, je me suis rendu compte que le ramadan y était inscrit. N’arrivant pas à supprimer cette mention, sans intérêt pour moi, je me suis tourné vers l’aide en ligne du fabricant. Malgré plusieurs manip, impossibilité de supprimer ni désactiver cette mention. Lors de mon dernier appel à cette plateforme d’aide, il m’a été annoncé qu’il était impossible de modifier ce point car ce smartphone était prévu pour un pays exotique (indonésie, il me semble). Je ne vous dit pas de quelle marque il s’agit (à cause des règles publicitaires) mais je vais quand-même vous donner le modèle, c’est un « A56, 5g »…

    • Incroyable ça !!!! Si je dois m’en acheter un car apparemment mon téléphone basique ne fonctionnerai plus à la fin de l’année, je dois donc et obligation d’acheter un smartphone alors que mon téléphone faisant, téléphone et sms, me convenait très bien
      Est ce pour mieux nous fliquer ?

      Merci pour l’indication, je ne prendrai donc pas cette marque, d’office !!!

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