Méga feu : et si on écoutait les paysans ?

Jean avec ses chèvres a sauvé son village du feu. Selon lui, interdire le pâturage dans la garrigue condamne les forêts.
feu de forêt

Depuis mardi, le massif des Corbières (Aude et Pyrénées-Orientales) est ravagé par le plus gros incendie qu’ait connu la France depuis près de vingt ans : plus de 17.000 hectares de végétation et de pinède partis en fumée, une habitante tuée, treize blessés, dont plusieurs pompiers, et des centaines de sinistrés. Le vent marin a remplacé la tramontane, offrant un répit relatif, mais les soldats du feu restent mobilisés pour fixer les lisières et éviter un retour des flammes. Dans ce paysage calciné, une zone a pourtant résisté : un couloir de garrigue entretenu par… des chèvres. Jean, chevrier à Roquefort-des-Corbières, raconte : « Un commandant des Bouches-du-Rhône m’a dit : vous nous avez bien aidés. Le feu n’a pas traversé la route là où passent vos bêtes. » En broutant, le troupeau nettoie la végétation basse et crée un coupe-feu naturel.

Cette méthode ancestrale n’a pourtant rien d’une évidence, pour l’Office national des forêts. Jean évoque l’interdiction faite par l’ONF du pâturage des garrigues afin de protéger les pins d’Alep, au risque de laisser s’accumuler broussailles et herbes sèches. Jean ne décolère pas car, selon lui, l’ONF et le gouvernement ne protègent pas les forêts, ils les livrent aux flammes : « Si, partout, on avait fait comme ici, le feu n’aurait pas pris cette ampleur. Il faut remettre des animaux partout, comme avant. » Dans un territoire où l’élevage a reculé, ses chèvres incarnent une solution à la fois écologique, économique et préventive — mais étouffée par des réglementations hors-sol.

« L’écologie de bureau », cible d’Alexandre Jardin

Présent dans la région, l’écrivain Alexandre Jardin, fondateur du mouvement Les #Gueux, voit dans le témoignage de Jean un symbole. Après avoir mené bataille contre les zones à faibles émissions et les diagnostics de performance énergétique, il dénonce de nouveau une « écologie punitive » qui impose des normes depuis Paris sans consulter ceux qui vivent et travaillent au contact de la nature. « On empile les décrets et on oublie que la prévention passe aussi par le terrain », martèle-t-il. Pour lui, ces incendies géants sont aussi le fruit d’une gestion forestière aveugle aux réalités locales.

Les chiffres lui donnent matière à frapper fort : alors que l’État prévoit de dépenser des milliards pour développer les énergies renouvelables, rien n’est engagé pour soutenir les méthodes naturelles d’entretien des massifs. Le pâturage, pourtant reconnu par des experts en prévention des feux, reste marginal, car jugé incompatible avec certaines doctrines environnementales. Résultat : les habitants, déjà fragilisés par les contraintes économiques et administratives, se retrouvent seuls face aux flammes.

Et si on écoutait enfin le terrain ?

À Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse (Aude), village le plus touché, le Premier ministre François Bayrou a promis un « plan de sauvegarde et d’avenir » pour les Corbières, qualifiant la catastrophe d’« inédite ». Mais pour Jean, la solution est déjà connue, simple et peu coûteuse : il suffit de mettre des animaux dans les garrigues. C’est efficace et ça ne coûte pas un sou de plus au contribuable. Alexandre Jardin relaie ce message comme une évidence : protéger les populations commence par faire confiance aux savoir-faire locaux.

La tragédie de l’Aude rappelle cruellement que la nature ne se plie pas aux décisions de bureau. Dans les Corbières, ce n’est pas une réglementation qui a empêché le feu de progresser, mais un troupeau. Là où l’écologie urbaine se perd dans les plans et les subventions, la prévention passe par le retour de pratiques paysannes qui ont fait leurs preuves. « Écouter le terrain méprisé », répète Jardin. Dans un pays qui brûle chaque été un peu plus, ce n’est plus une option, c’est une urgence.

Picture of Raphaelle Claisse
Raphaelle Claisse
Journaliste stagiaire à BV. Etudiante école de journalisme.

Vos commentaires

103 commentaires

  1. Cette illustration des carences de l’Etat liées à des fonctionnaires réfugiés sur leur rond de cuir, le cul vissé à leur fauteuil, est à étendre à l’ensemble de la classe politique. Les disants « énarques » ne connaissent de la vie concrète que le fruit de leur prétention de sachants qui n’admettent rien de l’expérience du monde du vrai travail. Celui où l’on transpire, où le geste ancestrale est mesuré au juste effort nécessaire fruit d’une longue expérience, d’une longue pratique. Le monde agricole est significatif en la matière. On a supprimé les mares, les haies, la gestion de la végétation par le monde animal, l’entretien des rus pour sauvegarder la petite faune. Au bilan, on manque d’eau de ruissellement retenue dans des bassines, nous sommes confrontés à des inondations inédites par mauvais écoulement des eaux, les terres ne sont pas nettoyées, les incendies se développent à leur guise. Et l’on en revient à la remise en pratique de ces bienfaits. Ces ronds de cuir sont particulièrement représentés par ces Conseils qui savent et tranchent en fonction de leur idéologie de bobos encalminés et non pas en fonction du bon sens pratique.

  2. Le bon sens paysan n’atteint pas les cerveaux des « sages » du CC, écolo compatibles, et de la commission de Bruxelles (idem), toute dévouée au mondialisme mortifère qui a juré de mettre fin au monde agricole.

  3. Depuis ma jeunesse, avec mes parents, quand on allait en forêt en ballade, on ramassait tous notre branche de bois mort en rentrant pour la cheminée le soir. C’était des habitudes de pauvres et on les avait gardé dans ma famille actuelle.
    Maintenant, à ma grande surprise, on voit de plus en plus partout en France en bordure de forêt, des panneaux « interdit de ramasser le bois mort ». Sur des panneaux, on nous explique qu’il faut laisser le bois pourrir et s’infecter d’insectes pour la bio diversité et le cycle de la nature.
    Je trouve cela d’une incroyable stupidité, on accumule comme cela dans nos forêts du bois mort pour des brasiers infernaux.
    En plus, j’ai cherché un peu, mais tous ces insectes dans les bois morts trouvent une base pour proliférer et vont aussi sur les bois vivants et les exploitants forestiers s’en plaignent beaucoup et demandent à pouvoir traiter car ils sont débordés par la vermine.
    Ne serions pas devenus complètement dingos en France avec nos escrologistes ?

    • Tant que l’on donnera chapitre aux escrologiste , ce pays sombrera ; ces gens sont dangereux de part leur méconnaissance total de la nature et leurs doctrines absurdes.

    • Merci pour cette info étant citadine mes lacunes sont nombreuses mais je respecte ô combien la nature et ceux qui en vivent . Bah oui on voit les résultats de gens qui en connaissent moins que moi et qui sont une plaie !!!! Et bien que minorité leur nuisance est partout

  4. Allons, cela va permettre d’installer des hectares de panneaux solaires à la place de la forêt sans être obligés de défricher.
    (humour acide de ma part).

    En Californie, c’est le même problème. Les escrologistes refusent que les forets ou les bosquets soient nettoyer parce qu’il faut préserver la bio diversité. et les coupe feu sont aussi interdits (bandes nettoyées pour éviter que le u se propage d’une parcelle à une autre) D’où les incendies monstrueux que l’on peut voir. les habitants commencent à en avoir assez (les maisons sont en bois à cause des risques de tremblement de terre et donc, brûlent aussi.)

    • Vous ne croyez pas si bien dire, apparemment et j’ai vu cette infos sur plusieurs sites, justement sur ces forêts consumées et détruites, il y avait projet de panneaux photovoltaïques , le hasard ferait il si bien les choses ou politique de la terre brulée
      De toute façon la plupart des incendies sont criminels et les incendiaires jamais chopés comme par hasard
      Ca me fend le cœur, outre les pompiers risquant leur vie, une personne décédée, faune et flore détruites

  5. Si nos technocrates écoutaient les paysans la garrigue serait entretenue ! Des chèvres dans du maquis ou des moutons dans des zones difficiles d’accès pour tondre c’est l’idéal

  6. C’est le simple bon sens ! Il y a soixante ans lors de mes vacances en Ardéche, o, pouvait aller dans la montagne sans problème en suivant les chemins nettoyés par les chèvres. Essayez maintenant, je vous souhaite bon courage !
    Les chèvres nettoyent les chemins et les sous-bois comme nulles autres, sans pour autant abimer la nature. Il n’y a que les idiots écolos pour dire le contraire. En cas d’incendie, je propose d’envoyer aux avant-postes tous les élus écolos pour combattre les feux !

  7. En Gironde il y a des chemins pare-feux dans les forêts et des palombières qui peuvent servir aussi d’observatoire d’éventuels départs de feux

    • Cela n’a pas empêché la forêt de brûler en 2021et 2022 à cause des dérives écolos qui empêchaient le débroussaillage pour « protéger l’espace naturel » alors que cette forêt plantée en 1857 est entièrement artificielle.
      Ajoutons à cela les pompiers non vaccinés suspendus.
      Aucune volonté politique pour préserver la forêt, au contraire.

  8. Les dégâts dus aux prétentieux incapables d’écouter ce que leur disent les gens du lieu. Un exemple : les décideurs de l’Ucpa décident de construire un centre à Val d’Isère. Ils retiennent un lieu. Les gens du village leur conseille de ne pas construire à cet endroit, car c’est l’aboutissement de l’avalanche lorsqu’elle tombe du sommet du Fornet.,Quand est-elle tombée ? Les anciens disent dans les années 20. Haussement d’épaules de ces citadins. Le centre se construit. Il est inauguré en décembre 69. Début janvier 70 l’avalanche s’abat sur le centre provoquant la mort de 39 jeunes. Il faut toujours écouter les anciens qui ont l’expérience, la connaissance et le non-sens que la topographie du lieu impose. A Fukushima une borne en piète datant de …1856 disait de ne pas construire au-delà de cette limite. Une histoire de vieux, donc étrangers à la modernité. Conséquence lors du tsunami rien n’a été touché en deçà de la borne. Les ignares convaincus de leur supériorité pour avoir obtenu une peau d’âne sont dangereux lorsqu’ils décident sans consulter localement.

    • On peut aussi citer l’inondation de Vaison La Romaine en 1992 , à l’époque gallo-romaine la ville a été fondée à l’abris des caprices de l’Ouvèze , et puis on a construit en zone inondable et ce qui devait arriver arriva .

  9. Tout a fait , cet agriculteur a parfaitement raison. Jadis la campagne était entretenue, les rivières nettoyées, les forêts débrousaillées . Mais les instances républicaine de Paris nous ont interdit de faire tout cela. Il est interdit de ramasser du bois mort en forêt ou des branchages sous peine d’amendes, de même il est interdit de prendre des cailloux ou du sable dans les rivières, les chemins de campagne sont embroussaillés, on ne peut plus y circuler, etc…. ces gens de la haut , dans leurs bureaux parisiens n’y connaissent rien , et décident pour tout le monde. Ce n’est pas la peine de faire des études a Bac+ 5 dans les grandes écoles pour mettre dans la m. ….Laissons le autochtones décider pour leur environnement, ils sont plus écologiques que les écolos de l’assemblé . .

    • Idem en Espagne : la destruction de bassines ont permis les inondations catastrophiques de l’an dernier.

  10. comme d’habitude c’est la faute des escRolos , comme l’année dernière dans les landes ils n’ont pas voulu couper des bandes de pins coupe feu préconisés par l’ONF et plusieurs milliers d’hectares de pins ont brulé , et aujourd’hui ils sont contre le désherbage et l’entretien des talus fait de tout temps par les agriculteurs , on devraient leur faire payer les dégâts !!

    • Si il ni y avait qu’en campagne , a Paris plus aucuns désherbage le long des façades d’immeuble, résultat , ce sont d’abord des herbes puis de petit arbuste qui poussent , l’eau s’infiltre et provoque quelques temps après l’effondrement d’un bout de trottoir par fontis , si ne n’est pas un bout de rue pavé sous les roues d’un véhicule.

    • Ne rêvez pas trop.
      La vie était dure et on est guère en osmose avec quoi que ce soit quand on transpire 12h par jour dehors par tous les temps. Mes grands parents ont fuit les campagnes et leur vie misérable d’esclaves de la terre et leurs souvenirs que j’ai beaucoup écouté, n’étaient pas du tout roses.

  11. Quand mon oncle entretenait les haies et les fossés bordant ses champs ce n’était pas pour faire beau mais pour éviter incendies en été et inondations en hivers. Le bon sens paysan mis à l mal par une écologie bureaucratique et punitive. On voit ce que cela donne depuis des années . Au nom de protection de la biodiversité on l’a tuée.

  12. Les agriculteurs sont les jardiniers de la France, c’est pour cela qu’elle est si belle, elle a été façonnée par la main de ces derniers, les champs sont magnifiquement travaillés , il suffit de visiter la Beauce , la Touraine, les vignobles

  13. ON n’a pas entendu la Sandrine (Rousseau) à ce sujet.
    Nous aimerions avoir son avis ce serait le moins qu’elle puisse faire.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois