Même sélectionné par le Loto du patrimoine, un château des Alpes s’effondre

Il pourrait disparaître entièrement si une restauration urgente n’est pas engagée rapidement.
Capture d'écran 8Mont-Blanc
Capture d'écran 8Mont-Blanc

Au cœur de la vallée de l’Arve, sur la commune de Sallanches, en Haute-Savoie, se dresse une silhouette qui défie encore le temps. Le château de la Frasse, témoin rare de l’Histoire médiévale et moderne de la région, fut tantôt le foyer de nombreuses familles de la région, tantôt le refuge du savoir et de l’instruction pour de nombreux enfants. Cependant, aujourd’hui, ce patrimoine précieux vacille, suite à un effondrement partiel de sa structure. Rongé par les années et les intempéries, il menace ainsi de disparaître complètement si une restauration urgente n’est pas engagée.

Demeure et école

Le château de la Frasse, situé au pied du mont Blanc, aurait été construit au XIVe siècle. Il est l’un des rares témoins de l’Histoire médiévale de la ville qui fut presque entièrement détruite, suite à un terrible incendie en 1840. Au fil du temps, le château fut remanié, notamment autour de l’année 1602, et il a été la demeure de nombreuses familles nobles ou fortunées de la région. Cependant, en 1826, sa vocation change. En effet, l’édifice devient une école destinée aux jeunes filles pauvres de la vallée, sous l’autorité des Sœurs de Saint-Joseph.

Malheureusement, ces dernières doivent subir les conséquences de la tempête anticléricale qui souffle en France en 1903 et sont contraintes de quitter les lieux. Le château de la Frasse devient alors, pendant l’entre-deux-guerres, une école ménagère avant d’accueillir, de 1954 à 2000, un établissement privé d’enseignement technique. En 2012, la commune de Sallanches en acquiert la propriété avec pour ambition de lui offrir une reconversion à usage culturel et pédagogique.

Sélectionné par le Loto du patrimoine

En septembre 2024, l’édifice a été retenu lors de l’édition annuelle du Loto du patrimoine afin de soutenir son projet de restauration et de valorisation culturelle.
En effet, l’édifice souffre énormément des affres des siècles : les combles sont fragilisés, les murs extérieurs ne sont plus étanches à l’air ni à l’eau et la charpente est en train de pourrir. À cela s’ajoutent aussi quelques dégâts causés par des travaux récents effectués malheureusement avec du ciment, matériau inadapté à une structure historique.

En résolvant ces problèmes et avec l’aide de dons s’élevant aujourd’hui à 44.500 euros, la Fondation du patrimoine, avec la ville, souhaite redonner son caractère ancien à cette demeure en restaurant, par exemple, la charpente dans son état supposé du XVIe siècle, ainsi que les murs, dont les enduits au ciment seraient supprimés au profit d’un mortier de chaux traditionnel. Le montant initial des travaux était évalué à 7 millions d'euros.

Une fois les travaux achevés, le château devait alors devenir une résidence pour artisans d’art, avec des ateliers de savoir-faire et une salle d’exposition. Il devait également accueillir un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine du Pays d’Art et d’Histoire du Mont-Blanc, une salle de séminaire ainsi qu’un musée et un atelier de restauration dédié aux anciens véhicules des sapeurs-pompiers.

Le château s’effondre

Malheureusement, le temps a manqué à la Fondation du patrimoine et à la ville de Sallanches pour lancer les travaux. Dans la nuit du 29 au 30 octobre 2025, vers 22 heures, un angle entier du bâtiment s’est effondré. Aucune victime n’est à déplorer, mais par prudence, treize habitants vivant au pied de l’édifice ont dû être évacués. Un périmètre de sécurité a été mis en place et un arrêté de péril imminent a été pris par la mairie.

Face à cette catastrophe, la municipalité craignait alors que le sort du château de la Frasse ne soit scellé et qu’il faille désormais le raser, faute des moyens nécessaires pour le sauver.

Cependant, selon Radio Mont-Blanc, des représentants du département de la Haute-Savoie et de la région Auvergne-Rhône-Alpes se sont rendus sur place le 5 novembre afin d’apporter leur soutien à la ville, ainsi qu’une aide d’urgence destinée à la sauvegarde du patrimoine en danger. Fortes de cette aide, les autorités locales ont réaffirmé leur volonté de lancer des consultations auprès d’entreprises spécialisées dans le but de stabiliser puis de restaurer le château, conformément au projet initial.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Rien que l’argent donné à l’ukraine confisqué par les oligarques suffirait à en restaurer beaucoup .

  2. Et pendant ce temps là on continue a distribuer de l’argent publique a des pays au lieu d’entretenir notre patrimoine, ou on trouvera les raisons de les détruire ou on reverra l’attribution de l’argent destiné a l’étranger comme les accords de 68 on les subsides de l’audio visuel Français, une honte sans nom.
    Des entretiens réguliers coutent certainement moins cher que refaire entièrement ces bâtiments.
    Un jour faudra que çà cesse.

  3. Notre président préfère donner des milliards à Zélinsky à l’algérien béthoune à la chine à l’afrique que quelques milliers d’euros aux patrimoines Français.

  4. Un souvenir non pas de la noblesse mais de la chevalerie d’extraction, guerriers-paysans qui mailla, organisa et défendit la France avant que Louis XIV ne décide ne plus avoir besoin de cette force.

  5. La France n’a plus d’argent, et il faudra choisir soigneusement à l’avenir ce qui mérite d’être préservé à tout prix, et doit faire l’objet d’un entretien poussé. Cela vaut mieux à mon avis que de rafistoler les chateaux de tout le monde. Quant une batisse s’effondre toute seule par faiblesse de sa structure, je pense qu’il est temps de jeter l’éponge. J’ai vu, il y a quelques jours, ce monastère qui a brûlé dans les Ardennes. Il avait beaucoup de classe, et lui, il aurait mérité d’avoir des gens qui l’habitent et des subventions pour le sauver, et de ne pas rester inhabité au milieu de la campagne. Quand on ne peut pas tout sauver, il faut faire des choix.

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