Menaces de mort contre Viktor Orbán : pourquoi Zelensky a perdu ses nerfs

« Les menaces envers un dirigeant européen sont totalement inacceptables ! », tranche le député RN Guillaume Bigot.
Capture d'écran TVP World.
Capture d'écran TVP World.

« Nous espérons qu'une seule personne au sein de l'UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l'adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars. Qu’ils l’appellent et qu'ils lui parlent dans leur propre langage. » Ces mots qui auraient pu être la réplique d’une suite du film Le Parrain ont été prononcés par Volodymyr Zelensky, qui s’adressait, le 6 mars dernier, à Viktor Orbán. La Commission européenne elle-même, pourtant peu encline à prendre le parti du Premier ministre hongrois contre le chef de l’État ukrainien, s’est vue contrainte de... le défendre ! « Ce type de langage est inacceptable », a déclaré son porte-parole, Olof Gill, pour qui il « ne doit y avoir aucune menace à l'encontre des États membres de l'UE ».

Euros contre pétrole

Comment Volodymyr Zelensky a-t-il pu partir ainsi en vrille et se laisser aller à un propos d’une telle violence à l’encontre de Viktor Orbán, rappelant les menaces entre chefs mafieux aux grandes heures des guerres de gangs ? Les relations entre les deux hommes n’ont certes jamais relevé de la franche camaraderie. Mais, comme toujours, les sentiments n’interviennent qu’à la marge dans les relations entre États. Ils sont déterminés avant tout par les intérêts de chacun. Viktor Orbán est connu pour défendre toujours les intérêts hongrois. Et au cœur de l’affaire, c’est de pétrole qu'il s’agit. Un petit retour en arrière s’impose.

Survivance de l’époque soviétique, plusieurs anciens satellites de Moscou et pays d’Europe centrale ou de l’Est continuent de s’approvisionner en pétrole auprès de l’ancien grand frère. La Russie alimente ainsi en or noir la Hongrie et la Slovaquie, mais aussi la Biélorussie, la Pologne, la République tchèque, l'Autriche et l'Allemagne, via l’oléoduc Droujba (qui signifie « amitié »). Une partie du parcours de l'oléoduc passe par l’Ukraine. Ce cordon ombilical, vital pour eux, explique les bonnes relations qu’entretiennent Budapest et Bratislava avec Moscou, bien plus qu’une hypothétique convergence idéologique entre Viktor Orbán et Vladimir Poutine. Il explique, de même, les fortes tensions entre Kiev et Budapest depuis le début de l’offensive russe en Ukraine en 2022. Les motifs d’énervement n’ont pas manqué, depuis.

Droujba, l'oléoduc à la source de la brouille

En mai 2023, la compagnie pétrolière russe Transneft, exploitant de l'oléoduc Droujba, confirmait l'attaque de celui-ci par les Ukrainiens à hauteur de la station de recharge de Briansk. Courant août 2025, trois nouvelles attaques ont endommagé l’oléoduc à plusieurs endroits, conduisant à une rupture de l’alimentation en pétrole de la Hongrie et de la Slovaquie. En janvier 2026, une nouvelle frappe a à nouveau touché l’oléoduc Droujba.

Alors que la Hongrie soupçonnait l’Ukraine de faire traîner le rétablissement du flux de pétrole, Volodymyr Zelensky s’est, dans un premier temps, montré rassurant. « Selon les informations actuelles, d'ici un mois à un mois et demi, cet oléoduc pourra être remis en service », a-t-il déclaré, le 5 mars, avant de tenir un tout autre discours : « Pour être honnête, je ne le rétablirai pas. C’est ma position. » Pourquoi ce revirement soudain ? « Parce que c’est du pétrole russe. Il y a certains principes qui n’ont pas de prix. Ils sont en train de nous tuer, et nous, nous serions censés fournir du pétrole à Orbán parce que le pauvre Orbán ne peut pas gagner les élections sans ce pétrole. » Zelensky fait allusion aux élections législatives hongroise du 12 avril prochain, pour lesquelles Viktor Orbán n’est pas, pour l’instant, le favori dans les sondages. La réponse de ce dernier a été aussi nette que rapide. La Hongrie opposera donc son veto au prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine.

Des paroles « inacceptables »

C’est à ces 90 milliards que la menace de mort de Volodymyr Zelensky faisait allusion, le 6 mars. Et c’est cette menace que, après Bruxelles, Guillaume Bigot a condamnée, en sa qualité de président du groupe d'amitié franco-hongroise de l'Assemblée nationale. « J’exprime le soutien de l'Assemblée nationale à Viktor Orbán », a-t-il déclaré, sur son compte X. « Les menaces envers un dirigeant européen sont totalement inacceptables ! », a rappelé le député RN de Belfort, qui a bien voulu revenir pour BV sur ce grave incident. « Je pense qu'il s'agit d'une mesure de représailles, une riposte de l'Ukraine à l'égard de la Hongrie. » Mais le veto hongrois était lui-même une mesure de représailles. « Nous, Français, devrions donc prendre un peu de recul par rapport à cet enchaînement, estime Guillaume Bigot, pour qui, d’un côté, il est compréhensible que la Hongrie soit angoissée à l'idée de ne plus avoir cette alimentation en hydrocarbure qui arrive sur son territoire. Cela va être très problématique pour elle et lui coûter cher. » Mais en retour, « on peut aussi se mettre à la place du gouvernement ukrainien, qui a besoin de ces 90 milliards d'euros pour ne pas plonger ». Il est donc logique qu'il y ait « un bras de fer, parce que les deux acteurs sont angoissés ». Et, explique le député de Belfort, « si j'ai réagi en tant que président du groupe d'amitié franco-hongroise, c'est que ce qu’a déclaré Volodymyr Zelensky n'est pas acceptable, alors que les deux pays ne sont pas en guerre ». Et « d'ailleurs, autant que je puisse en témoigner, les relations entre les ambassadeurs d'Ukraine et de Hongrie en France sont plutôt bonnes et cordiales », note-t-il.

Reste la question : pourquoi Volodymyr Zelensky fait-il monter la tension jusqu’à menacer de mort Viktor Orbán ? Pour Guillaume Bigot, le Hongrois a sans doute vu dans « les interventions américaines contre le Venezuela et contre l'Iran, l’arrestation de Maduro et la mort de Khamenei, une façon de calmer les Russes et les Chinois et, donc, une promesse de désencerclement ». Cette situation nouvelle n’aurait pas été sans effet. « Volodymyr Zelensky se sent un peu pousser des ailes, poursuit Guillaume Bigot, et je pense qu'il y a une forme de fébrilité chez lui, car il est remis en cause, ces derniers temps, par les Ukrainiens. Ils sont nombreux à réclamer des élections qu’il ne serait pas sûr de gagner.... »

S’il ne faut sans doute pas attendre que la situation évolue beaucoup entre Kiev et Budapest d’ici aux élections hongroises en avril, il n’est dans l’intérêt d’aucune des deux parties qu’elle dégénère.

Vos commentaires

106 commentaires

  1. Les pays proches de la Russie ont besoin du pétrole russe , nous plus au sud , on a besoin du pétrole des pays du Golfe , et on va lécher les babouches de leurs dirigeants , pour leur vendre nos produits , militaires entre autres , et signer avec eux des accords de défense bien imprudents .

      • Il y a un certain nombre d’ îles intéressantes en Europe, Rhodes, Sardaigne, Baléares, on y est bien, il y a de l’entre-soi et aussi des stations d’hiver Courchevel, heu..Davos sans doute, c’est en Suisse mais bon, Gstaad n’est pas loin. Pour le balnéaire vivifiant, Le Touquet est privilégié pour envisager une installation.

  2. Connaissant le passé d’artiste et le genre de spectacles donnés, la conduite du protégé de l’ue à l’égard de Monsieur Orban, ne surprendra personne. Faire rentrer un âne dans une écurie n’en fait pas un cheval de course.

  3. Orban a raison… l’UE n’a rien à voir dans ce conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine. C’est Trump qui discute avec Poutine et le reste n’a aucune importance… gardons ces 90 milliards en Europe qui en a besoin…!

      • Si la population de l’UE en a besoin!
        (à moins que vous rouliez sur l’or, vous devriez vous en rendre compte en lisant votre compte bancaire et en voyant tous les services publiques qui disparaissent les uns après les autres).
        De plus, si les ukrainiens se font « massacrer » (ce qui n’est pas vrai, car les russes ne ciblent pas les civils) c’est de la faute des occidentaux, et s’ils se révoltaient contre le joueur de piano debout , cela irait mieux.
        Il est vrai que nombre d’ukrainiens tentent (souvent avec succès) de ne pas être mobilisés et se rendent aux russes, car ils sont ensuite mieux traités (soignés, habillés, nourris)

      • Et « POUR » Thomas, PHILIPPINE ? … Monsieur SAMUEL PATY ? ! … vous en dites quoi ? ! … ET tous les autres français massacrés sur le territoire français ? ! …

      • Je ne pense que que nous nous en fichons, au contraire, j’y pense chaque jour et comme c’est la journée de la femme, je n’ai pas de politiciens ici qui évoquent les femmes qui meurent en Ukraine et certainement des très jeunes, ça me fait mal.

  4. Ce type est une nuisance. Avec un passé d’affairiste, en parti fauteur de guerre mais habillé en bidasse. Cela ne lui a pas réussi à la Maison blanche mais lui assure une popularité sans faille auprès de pseudo philosophes jouant aux experts politiques et au plus haut sommet d’Etats occupés de jeunes vieux ayant
    toujours flashés devant ce qu’ils ne sont pas, des combattants. Notons que le créneau de Mr Z. est tout à fait rentable. Vivement des élections sur place.

  5. Le pire des mafieux, 90 milliards vous dites ? on rêve!! depuis combien de temps disais je que tous les pays ex Yougoslavie et ex URSS n’auraient jamais dû entrer dans l’UE ? on aurait dû en rester aux règles du Marché commun rien d’autre , les autres pays mafieux à des degrés ne devraient se soutenir qu’entre eux !! mais vu les 26 nains de l’UE chapotés par celle qui est loin d’être Blanche neige, Bon !!

  6. Méthodes de mafieux car zelenskiki est un mafieux et tout le gratin européen le sait pertinemment, mais comme Ursula en a encore besoin , ça passe crème. Imaginez une seule seconde Orban menacer de cette façon le zelenskiki !! ….imaginez les réactions d’un Macron !!

  7. Qu’un discours de voyous digne des tontons flingueurs soit tenu par un voyou , rien d’extraordinaire. On déverse des milliards sans aucun contrôle et quant à la destination des armes qui lui sont livrées c’est la même chose. A l’autre bout ce sont les européens qui travaillent pour ça, on leur doit un minimum de respect.

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