Mercosur : deux motions de censure pour quel avenir ? Le RN excédé

Le parti de Marine Le Pen compte revenir sur l'accord commercial s'il arrivait au pouvoir.
Capture d'écran YT RN
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Alors que le traité du Mercosur a été voté par le Conseil de l’Union européenne, ce vendredi 9 janvier, le Rassemblement national annonçait, la veille, le dépôt de deux motions de censure, à Paris et à Bruxelles. Une opposition est-elle encore possible à l’accord de libre-échange ? Ce dernier pourra-t-il disparaître si le RN s’empare, demain, de l’exécutif ?

Le sort en est jeté, ou presque. Sans surprise, alors qu’Emmanuel Macron annonçait in extremis son vote contre, l’accord UE-Mercosur a été approuvé par les États membres de l’Union européenne à la majorité qualifiée.

Alors que les agriculteurs ont réussi leur coup de force en pénétrant dans Paris l’espace de 24 heures, à l’issue d’une journée sous haute tension, le Rassemblement national annonçait, par la voix de Jordan Bardella, le dépôt de deux motions de censure. « La France ne peut pas se contenter d’un simple vote "contre" le traité de libre-échange avec le Mercosur », a déclaré Marine Le Pen, alors que le président de son mouvement dénonce l’attitude du chef de l’État : « En prétendant aujourd’hui s’y opposer, après des années de négociations sans jamais défendre les intérêts français, il tente une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite. Cette mise en scène est une trahison des agriculteurs français qui subiront directement les conséquences de cet accord », a ajouté Jordan Bardella, en annonçant « le dépôt de deux motions de censure : à l’Assemblée nationale contre le gouvernement, au Parlement européen contre la Commission von der Leyen ».

« Ce gouvernement pratique l’enfumage »

La France insoumise a annoncé, elle aussi, le dépôt d’une motion de censure contre le gouvernement Lecornu. « Nous sommes le parti qui a dénoncé le traité le plus tôt », rappelle, auprès de Boulevard Voltaire, l’eurodéputé RN Gilles Pennelle. Il en veut pour preuve ce tweet  de « soutien aux éleveurs », daté de 2017, où Marine Le Pen fustigeait déjà un accord qui allait mettre ces derniers « à genoux ».

Pour le parlementaire breton, « ce gouvernement pratique l’enfumage ». La responsabilité du président de la République est pleine et entière, selon le Rassemblement national, alors qu’à aucun moment une minorité de blocage a été constituée. Il fallait rassembler quatre États rassemblant 35 % de la population de l’UE. Alors que l’Irlande, la Pologne et l’Autriche ont également refusé de ratifier le traité, force est de constater que le potentiel était là. L’accord qui doit être voté par le Parlement européen avant sa validation ultime est toutefois entré en vigueur. En effet, la présidence chypriote a retiré du vote du Conseil la déclaration qui suspendait l’application du Mercosur jusqu’au vote des députés européens. Sur X, l’eurodéputée LR Céline Imart s’est émue d’« un déni de démocratie pur et simple après plusieurs passages en force ». Contactée par BV, Mathilde Androuët, eurodéputée RN, constate quant à elle que le premier acte de la présidence de Chypre, qui a débuté le 1er janvier, succédant au Danemark, aura été « de passer au-dessus du Parlement européen, sous pression de l’Allemagne notamment ». Cette manœuvre devrait permettre à Ursula von der Leyen de s’envoler dès lundi pour le Paraguay afin de signer le traité commercial avec nos nouveaux partenaires d’Amérique latine.

Au Parlement européen, même si les espoirs sont minces, on veut croire, dans le camp national, qu’il est possible de constituer une majorité parlementaire d’opposition. « Ca va être très serré », assure Gilles Pennelle, alors que le RN multiplie à cette fin les échanges auprès de ses partenaires européens, notamment italiens. « Les fractures traversent les groupes », explique le député mariniste. Exemple, au sein du PPE, groupe politique de la présidente de la Commission rappelons-le, les députés français LR voteront contre le traité alors que leurs collègues allemands voteront pour.

Changer l'Europe

Une autre étape sera la décision de la Cour de justice de l’Union européenne qui devra déterminer si la Commission avait le droit de procéder ainsi, notamment en scindant l'accord en deux.

Concernant la motion de censure qui sera déposée par le RN contre Ursula von der Leyen, elle n’a pas de chances d’aboutir. En revanche, le jeu peut être plus ouvert à l’Assemblée nationale, pense-t-on au RN. En effet, alors que l’ensemble de la classe politique prend fait et cause pour les agriculteurs, face au mouvement agricole qui secoue la France, les Républicains assumeront-ils de ne pas censurer le gouvernement Lecornu ? Idem pour les socialistes ?

Néanmoins, le parti de Jordan Bardella s’appuie sur un argumentaire offensif, clamant que lorsqu’il sera aux manettes, la France s’opposera et reviendra sur le Mercosur. « On peut le renégocier dans les intérêts de l’agriculture française », explique Gilles Pennelle. Alors qu’il ne s’agit plus, dans le programme de la formation nationaliste, de quitter l’Union européenne, ce sera à la France de faire entendre sa voix. « Nous changerons l’Europe, car nous avons des armes », développe le parlementaire breton qui évoque « la politique de la chaise vide » ou cette fameuse « participation de la France au budget de l’UE » qui peut être « suspendue. Quand nous serons au pouvoir, nous enverrons notre exécutif négocier, ne pas être la variable d’ajustement des politiques allemandes », souligne Mathilde Androuët, qui en veut pour preuve l’exemple de Meloni : « Tout est affaire de volonté politique. »

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

174 commentaires

  1. Le RN non plus ne fera rien contre le Mercosur ! Il y a les traités de l’UE, la France les a signés, elle ne peut légalement rien faire du tout. La seule chose à faire, c’est quitter l’UE. Soit on reste et on se plie au droit, soit on s’en va.

    • Exact ! C’est une décision de l’UE (qui rassemble 27 états aux intérêts divergents). La France doit appliquer les traités signés et ne pourra pas changer un accord qui la désavantage, mais que les autres états approuvent à la quasi unanimité. Tous les prétendus souverainistes qui n’ont pas encore compris qu’on ne peut pas « changer l’Europe » de l’intérieur sont soit des incompétents, très mal informés et peu intelligents, soit des hypocrites qui font de fausses promesses à leurs électeurs. Si on veut retrouver les manettes, comme le dit Bardella, il faut sortir de l’Union Européenne.

  2. Le problème c’est macron, tant qu’il est là, la marge de main-d’oeuvre reste mince même avec de la volonté. Il faudrait une union de toutes les oppositions pour le forcer à partir car attendre 2027 c’est un vrai suicide!

    • Le problème majeur de la France, c’est notre appartenance à l’UE, qui rassemble 27 états aux intérêts divergents, et qui nous impose des décisions qui nous désavantagent mais que nous devons appliquer quand même. La France ne pourra pas s’opposer aux accords de libre échange signés entre l’UE et le Mercosur tant qu’elle restera dans l’Union Européenne. Une motion de censure contre le gouvernement n’y changera rien. Concernant Macron, oui, c’est le pire président que la France ait jamais eu et ce serait bien en effet qu’on en soit débarrassé au plus vite. Mais changer de « gouvernement » une énième fois ne suffira pas à nous en débarrasser car Macron ne démissionnera pas. Il vaudrait mieux entreprendre une procédure de destitution du président.

  3. Techniquement ce sera insuffisant pour sauver les agriculteurs, et les autres secteurs de l’économie, et de la vie de des Français.
    Il faut surtout sortir complètement de l’UE!
    Frexit !

  4. Le problème c’est que les parlementaires ( PS et LR notamment) craignent une dissolution de l’assemblée avec des élections pour le moins incertaines pour beaucoup.

  5. « Nous sommes le parti qui a dénoncé le traité le plus tôt » Pour faire quoi ensuite ?
    « le parti de Jordan Bardella […] clamant que lorsqu’il sera aux manettes, […] s’opposera et reviendra sur le Mercosur » Si como no, maniana, maniana

    • Bien dit, Monsieur Bauer, pour exprimer ce qu’est « la marque de fabrique » d’un parti prêt à tous les compromis, même les plus honteux (voter la loi constitutionnelle sur la liberté de l’ avortement)

  6. Mais bien sûr! C’est chaque fois que le pouvoir s’engage dans une voie sans issue que l’opposition nationale devrait faire savoir qu’elle reviendra sur la ou les mesures prises. Vaste chantier! Si l’on considère tous les traités, conventions, accords, imprudemment signés par la France, qui la saucissonnent dans un maquis d’interdictions et la réduisent à l’impuissance; plus ceux qui lui imposent des obligations intenables (traité de Marrakech, Mercosur, …); les lois (antiracistes et mémorielles en particulier) et décrets qui complètent la paralysie; l’opposition nationale ne devrait pas passer de jour sans montrer le chemin!

    • On peut aussi décider de faire le Frexit comme le réclament beaucoup de lecteurs. Les Britanniques l’ont fait grâce à la détermination de Boris Johnson. À nous d’en faire autant. Tout le bavardage sur l’union des droites est inutile dans ce cas. La droite est morte, dixit M. Zemmour mais les souverainistes sont bien vivants. Il suffit de les inviter plus souvent dans les colonnes de BV.
      Autre exigence des souverainistes qui sauvera notre pays :quitter la CEDH.

      • Qu’appelez-vous « les souverainistes » ? … Il faudrait surtout inviter François Asselineau (Union Populaire Républicaine) dans les colonnes de BV, car c’est le seul homme politique clairvoyant et fiable qui a compris que l’UE nous a volé notre souveraineté et notre démocratie et qui lutte depuis longtemps pour le FREXIT. Lassalle, De Villiers, Dupond-Aignan, Bardela … se disent souverainistes et critiquent l’UE mais jamais n’ont proposé d’en sortir sur leurs programme électoraux. Or, sans FREXIT, pas de retour aux manettes.

    • Les allemands ont fait voter chez eux que le droit allemand était supérieur au droit européen. C’est donc possible. Sauf avec notre président de pacotille.

      • Où avez-vous lu cela ? Je crains que vous ayez mal lu.
        Le tribunal constitutionnel de Karlsruhe respecte la primauté du droit communautaire pour autant qu’il respecte l’identité constitutionnelle de l’Allemagne.
        C’est tout autre chose que ce que vous affirmez ici à tort.

    • Vous avez raison. Le RN ment. Le TFUE stipule que le droit de l’UE (traités et chartes européennes diverses, ainsi que règlements, directives et décisions de l’UE) bénéficie d’une supériorité sur le droit des États membres. Ainsi, en cas de conflit entre droit national et droit européen, c’est le droit européen qui prévaut.

  7. Que faut-il faire pour que les gens comprennent qu’il faut faire le Frexit. Toutes les lignes rouge ont ete enjambées, nos agriculteurs se meurent, nos industries sont mortes, la moitié de la France a ete achetée par Blackrock ou les émirs du golfe. L’école est en soins intensif ainsi que la justice et la police Etc….et cerise sur le gâteau nous virons totalitaire voir dictature a commencer par la censure Etc…

    • « Que faut-il faire pour que les gens comprennent qu’il faut faire le Frexit. »
      Il faut débrancher les médias de masse qui désinforment les gens.

    • Il faut écrire en masse à l’Arcom (autorité publique en principe garante de la liberté de communication) pour exiger un débat public contradictoire sur le FREXIT sur une chaine de télévision publique (Antenne 2) à une heure de grande écoute avec la participation de François Asselineau (UPR) qui milite pour le FREXIT depuis 2007 mais est volontairement censuré et invisibilisé dans les médias. Ses arguments ouvriront les yeux des Français.

  8. La France verse 21 milliards à l’U.E. qui ne lui en rétrocède que 15 ! Supprimons tout versement à l’U.E. et versons directement 21 milliards d’aide à nos agriculteurs qui n’auront ainsi plus besoin de la P.A.C. ….C’est simple, non ?

    • En 2025, la contribution de la France au budget de l’UE s’élevait à 27 milliards, avec un retour évalué à 20 milliards.

      • La France est le deuxième contributeur au budget de l’Union européenne derrière l’Allemagne. La contribution de la France à l’UE ne cesse d’augmenter, pour un retour largement inférieur à l’argent versé. Quelle que soit la contribution versée, le raisonnement reste le même : notre appartenance à l’UE nous appauvrit et détruit notre agriculture.

        De plus, avec la mise ne commun de nos moyens et à une solidarité entre états membres, l’UE était supposé faire contre-poids aux USA et à la Chine. Or, en 2020, l’Allemagne et la Pologne ont acheté avions de chasse américains (82 F-35) et non des avions français. Sans parler d’un pont stratégique en Croatie qui a été construit par une entreprise de BTP chinoise et financé par des fonds européens et de la multiplication des investissements chinois dans les infrastructures européennes, notamment portuaires. Est-ce comme cela qu’on fait une politique capable de renforcer l’Europe face aux USA et à la Chine ? …

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