Mercosur : le sacrifice de nos territoires au profit du monde lointain

Un tour dans n'importe quelle grande surface révèle l'ampleur des dégâts.
© Marie Delarue
© Marie Delarue

Foin des moulinets et coups de menton d’Emmanuel Macron, lundi prochain, n’en doutons pas, la tsarine von der Leyen signera les accords du Mercosur. Une obligation, à l’en croire, pour des accords négociés pour la première fois en 1999. Comme si le monde, en bientôt 27 ans, n’avait pas changé !

Emmanuel Macron s’en est vanté comme de tout ce qu’il fait : il a réussi à « reporter » la signature du Mercosur. En vérité, juste une modeste trêve des confiseurs, histoire de digérer la dinde en paix. Mais voilà, nos agriculteurs ne veulent pas être les dindons sacrifiés après la fête, et les voilà qui reprennent la route vers Paris. Le vrombissement des tracteurs a certes remplacé le cliquetis des fourches, mais les petits marquis tremblent toujours devant la colère paysanne. C’est pourquoi se tenait à Bruxelles, ce mercredi après-midi, une ultime réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE avant le vote de vendredi. En effet, il faut encore à la présidente de la Commission européenne « l'aval des États européens à la majorité qualifiée ».

Comment faire pire que ce qui est déjà ?

Pour convaincre les ultimes récalcitrants, Mme von der Leyen, dans sa grande mansuétude, a annoncé « un geste » de l’UE en faveur du monde agricole, soit une rallonge budgétaire de la PAC : 45 milliards d’euros dès 2028. Ce qui ne résout évidemment rien, les agriculteurs demandant seulement à pouvoir vivre de leur travail et non sous perfusion des citoyens européens. Largement plébiscité par l’Allemagne et l’Espagne, contesté seulement par la France, la Pologne et la Hongrie depuis que l’Italie s’est ralliée à la Commission, l’accord va être signé.

Et, donc, une fois signé l’accord du Mercosur, nous verrons débarquer sur nos étals les produits de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay. Produits dans des conditions qui ne sont pas les nôtres. Mais au fait, n’est-ce pas déjà le cas ? Sommes-nous parfaitement conscients de ce que nous mangeons ? Conscients des milliers de kilomètres parcourus par les légumes et les fruits les plus basiques de notre alimentation ?

Pour se rendre compte réellement de ce qui arrive sur nos tables, voilà un rapide relevé effectué dans le magasin Carrefour du centre-ville de Toulon, le 6 janvier. C’est Carrefour, mais ce pourrait aussi bien être Leclerc ou Lidl ou n’importe quelle enseigne.

Côté légumes :

Asperges du Pérou,
Haricots verts du Kenya et du Maroc,
Pois sucres et pois gourmands du Kenya,
Fenouil d’Italie,
Chou vert d’Espagne,
Poivrons et piments d’Espagne,
Champignons blancs des Pays-Bas,
Girolles du Canada…

Côté fruits :

Agrumes en provenance d’Espagne, du Maroc et de Tunisie ; les clémentines de Corse sont deux fois plus chères, pourtant les ferries arrivent sur le port à côté…
Fruits exotiques en abondance, en provenance de : île Maurice, Madagascar, Chine, Thaïlande, Afrique du Sud, Indonésie, Colombie, Brésil, Vietnam, Costa Rica, Malaisie, Côte d’Ivoire, Honduras…

Pendant ce temps, nos territoires d’outre-mer…

Ce petit reportage dans les rayons de nos supermarchés s’est fait en compagnie d’un jeune de La Réunion. Absolument stupéfait, il regardait tous ces fruits venus du bout du monde mais pas de son île, alors que tous, sans exception, y poussent en quantité. Litchis, ananas, bananes, caramboles, avocats, grenadines, mangues, mangoustan, fruits de la passion, papaye, goyave, christophine, fruit du dragon, ramboutan, noix de coco et combava pourrissent pour beaucoup sur les arbres, nous dit-il, faute de pouvoir être commercialisés.

Les seuls fruits qui arrivent en Métropole depuis La Réunion nous parviennent sous forme de cadeau, les délicieux « colipays » que l’on envoie en cette saison. Sinon, pas question d’exporter : trop cher, paraît-il, alors on importe des îles voisines que sont Maurice et Madagascar.

En 2023, nos cinq départements d’outre-mer ont importé pour près de trois milliards d’euros de produits agricoles et agroalimentaires quand ils exportaient seulement autour de 393 millions (presque exclusivement bananes, rhum et canne à sucre). On apprend, sur le site du gouvernement, que « ce déséquilibre important se traduit par un fort déficit commercial de ces produits d’un montant de plus de 2,6 milliards d’euros », sachant que « le taux de couverture du commerce extérieur des produits agricoles et agroalimentaires […] est de seulement 13 % en moyenne pour les cinq DOM ». Le département le plus favorisé à l’exportation est la Martinique, sans doute pour tenter de faire oublier le scandale du chlordécone

 

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

51 commentaires

  1. Espérons que nos AGRICULTEURS tiendront bon jusqu’au bout malgré les intempéries à basse température car leur mouvement c’est l’ASSURANCE-VIE du peuple français.

  2. Je préférerais lire « Le sacrifice de nos régions ou départements au lieu de « territoires » terme inadapté et inapproprié qui ne veut plus rien dire et dont on nous rebat les oreilles pour nous habituer à ce terme impropre et finir par nous l’imposer dans le langage courant.

  3. Nos agriculteurs ont su attirer l’attention et probablement l’appui et la sympathie des Français en général. Qu’ils évitent de se laisser déborder par les casseurs et autres voyous assassins qui déjà avaient permis le détournement des respectables volointés des gilets jaunes, c’est vraiment ce que nous leur souhaitons. Quant aux centaures et aux milliers de forces de l’ordre déployées par le pouvoir…que ce pouvoir prouve qu’il y a des limites à son erreur et son ridicule.

  4. Commencez par arrêter de geindre, par ne plus acheter que des légumes et des fruits de saison (vous avez vraiment besoin de boulotter des fruits « exotiques » ?), achetez des choses poussées, élevées en France ou dans les pays alentour… boycottez les supermarchés qui ne sont que des pièges à cons ( vous pensez vraiment que leur but est de gagner le moins d’argent possible en vous faisant profiter de la meilleure qualité ??…)…allez au marché, voire directement chez les producteurs, et pour ceux qui vivent en ville allez voir les paysans a la campagne au lieu de vous abrutir devant Netflix… Vous (nous) êtes responsables de ce que vous achetez, et comme disait Coluche « suffirait que vous ne les achetiez plus pour que ça ne se vende plus… »

  5. Ne comptons pas trop sur ce gouvernement et sur d’autres en Europe qui y voient l’opportunité de vendre des avions, des trains ou des voitures et tant d’autres choses, ou sur la grande distribution qui, elle, y voit l’intérêt qu’elle en tirera. Seul le consommateur a le pouvoir de lire scrupuleusement les étiquettes et de rejeter même dans le doute ces produits venant du bout du monde. C’est, je le crains, un des seuls moyens d’aider nos agriculteurs.

  6. Il serait temps de ne plus parler de » l’union européenne » car il n’en est rien. Les allemands achètent des avions américains, souhaitent vendre leurs voitures en Amérique du sud où ils ont déjà de solides infrastructures. ( assemblage des « Coccinnelles » au Brésil dans les années 70.) Les voitures en pièces détachées partiront en bateaux. D’ une pierre, deux coups. Usines de constructions sauvées outre -Rhin, et sites d’ assemblage conservés voire modernisés en Amérique. Sympathie attirée donc de ces pays « récepteurs ». ( échanges commerciaux préférentiels, droits de douane amoindris, etc…) L’ Allemagne dicte ses conditions à l’ Europe et nous appliquons et même amplifions parfois. L’ Italie et l’ Espagne font cavaliers seuls …Seuls, pour les votes ( Hongrie…), la réglementation ( green deal…) et souveraineté ( Cours européenne de justice…) l’ Europe nous contraint. Alors le terme d’ union…

  7. ça doit faire plus de 20 ans que je n’achète ni fruit, ni légume, ni viande, ni poisson en supermarché
    je n’y vais que pour les produits d’entretien
    on a nos marchés, nos petits primeurs, nos épicerie, nos ppoissonniers etc…. : ça peut être très légèrement plus cher (quelques centilmes) mais non seulement ça fait vivre les agriculteurs et maraichers du coin mais en plus ça fait vivre nos petits centre-villes, et la convivialité en plus
    pour les grandes villes, je comprends que ça doit être différent mais pour avoir habité paris pendant plus de 15 ans, on avait aussi tout sous la main
    et il faut savoir si oui ou non nous voulons sauver nos agriculteurs, nos commerces, nos maraîchers…. car c’est bien de soutenir nos agriculteurs en ce moment mais, au délà des mots……vous faites quoi ?

    • Il y a des gens qui ont beaucoup de temps à perdre pour faire leurs courses en trainant à droite à gauche et d’autres qui travaillent beaucoup et n’ont pas ce privilège.

      • ce que vous dites est idiot ! c’est juste une question d’organisation… passez moins de temps devant vos écrans et bougez vous !

  8. Marché toutes les semaines, avec ces producteurs locaux pas vraiment plus chers mais meilleurs en qualité et goût, et avec cette fierté de faire travailler des français plus que courageux. Leur seule pénurie ? le climat.

  9. Les commerces, en particulier les grandes surfaces ne proposent que les produits qui se vendent le mieux !
    Les Français qui se disent amoureux de leurs agriculteurs se ruent sur les produits exotiques venant de l’autre bout du monde à grand renfort de pollution dans le transport et d’emballage plastiques polluants et couteux pour survivre au voyage.
    Le slogan « achetez français » devrait être la première préoccupation du consommateur, ce qui est loin d’être le cas.
    Alors arrêtons d’incriminer nos commerçant pour un problème que ne relève que de nous consommateurs français !
    Le français a besoin de coupables pour tout, même la MTO. Dans ce cas précis nous devrions commencer par remettre en cause nos comportements…

  10. Et au moindre conflit ou « grain de sable  » dans le système et c’est la famine !! Sans parler de l’impact Carbonne dont on nous rabat les oreilles !! Ils sont où les écolos et leurs théories fumeuses ??

  11. De toute façon c’est plié !! Si Macron était intelligent jusqu’à la fin de son mandat il suspendrait la fermeture de nos frontières et mettrait des équipes des douanes pour empêcher l’entrée de tous ces produits agricoles non aux normes UE et ferait faire un contrôle de toutes les cuisines des fabriques de produits alimentaires cuisinés et des halles parisiennes !!

  12. Le problème des produits agricoles de l’Outremer français, c’est que le niveau de vie dans ces anciennes colonies est infiniment plus relevé que dans les pays étrangers fournisseurs des étals de légumes métropolitains. Donc les prix de départ des fruits et légumes n’est pas du tout concurrentiel.
    Le problème est identique pour le nickel calédonien, qui ne peut lutter avec la production indonésienne. Le problème se résoudra sans doute le jour où l’indépendance réclamée à cors et à cris par les activistes locaux sera effective : les petits producteurs locaux pourront certes exporter, mais au prix du marché, et vivront dans la misère. Il leur restera la fierté de n’être plus exploités par l’affreux colonialisme français… tout se paye, n’est-ce-pas ?

    • Si le nickel calédonien ne peut pas lutter, c’est parce que la France a des normes écologistes hallucinantes de remise en état des sites miniers et que cela coûte une véritable fortune à la société Eramet. En Indonésie, il n’y a aucune norme de remise en état.
      C’est aussi parce que régulièrement les tribus kanaks bloquent régulièrement les routes et les terminaux et exigent des « contributions compensatoires » qu’Eramet finit toujours par payer, l’Etat Français faible assurant une compensation sous forme d’aides financières pour qu’Eramet ne se barre pas.

  13. Même au sein de l’UE certains ne respectent pas les normes… Espagne, Italie, par ex !
    Et si on commençait par faire respecter ?

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois