Meurtre de Lola : pour Rachid N., « rien d’anormal » ce soir-là…
Absolument « rien d’anormal ». Pour Rachid N., l’un des témoins entendus ce 20 octobre devant la cour d’assises de Paris, l’attitude de Dahbia Benkired, le soir du 14 octobre 2022, après le meurtre de la jeune Lola Daviet, ne présentait aucun signe inhabituel. Durant toute la soirée qu’il passera avec elle, il ne se doutera à aucun moment que la caisse qu’il a aidé à transporter renfermait le corps sans vie de la fillette, assure-t-il. Mis en examen, à l’époque, pour recel de cadavre, avant de bénéficier d’un non-lieu, Rachid N. est revenu, à l'occasion de la deuxième journée du procès de l'Algérienne de 27 ans sous OQTF, sur sa version des faits, une version hésitante où les zones d’ombre demeurent nombreuses, mais que l’accusée n'a pas non plus aidé à éclaircir.
Une relation ambiguë
C’est par une déclaration d’intention que Rachid N., aujourd’hui chauffeur scolaire, commence son audition : « Je suis de tout cœur avec la famille de Lola, je leur souhaite que leur cœur soit apaisé aujourd’hui. » Connaissait-il l’accusée avant les faits qui lui sont reprochés ? Oui, il l’avait croisée « bien avant 2022 », alors qu’elle travaillait dans un café tout près de chez lui, « L’Ambassade, à Asnières ». En 2019, Dahbia Benkired s’était déjà rendue chez lui, une première fois. « Il n’y avait pas d’affinité plus que ça. Elle était un peu à la rue, elle est venue chez moi, il ne s’est rien passé. » Mais tout de même, ce soir-là, « il y a eu un petit flirt, on s’est embrassés ». Il se souvient d’une jeune femme « rigolote, cohérente, intelligente » qui « faisait bien son métier » et qui « n’avait vraiment rien d’anormal, à ce moment-là ».
« Comme d’habitude »
Le 14 octobre 2022, Rachid N. travaille comme chauffeur pour personnes à mobilité réduite. Il quitte son domicile vers 17 heures pour une mission dans un EHPAD parisien avant de recevoir un appel de Dahbia Benkired. Les liens s’étaient distendus, mais elle lui demande de l’aide. « Elle m’a dit qu’elle s’était disputée avec sa sœur, qu’elle était à la rue. Je lui ai dit que je finissais le travail et que je repassais la chercher. » Quand il la retrouve plus tard dans sa Dacia grise, elle lui semble « un peu contrariée, mais comme d’habitude ». Rien, affirme-t-il, ne lui laisse imaginer ce qu’elle vient de commettre.
C’est pourtant ce soir-là qu’il l’aide à transporter en voiture cette curieuse malle noire d’au moins 55 kilos (le poids de Lola) jusque chez lui. L’objet ne suscite aucune interrogation : « Sincèrement, je ne me suis pas demandé ce qu’il y avait dedans. » À la barre, il continue de nier avoir su qu’elle contenait le corps de la fillette ou encore avoir proposé d’aider à s’en débarrasser, comme Dahbia l’avait soutenu en garde à vue. Interrogé sur la fenêtre de sa voiture restée ouverte malgré la pluie, et sur la forte odeur d’eau de Javel rapportée par d’autres témoins, il dit n’avoir « rien senti de particulier ».
Arrivé chez lui et après avoir « naturellement » monté la lourde malle, selon sa propre initiative, Rachid N. sort faire quelques courses tandis que Dahbia prend une douche et lance une machine avec les vêtements qu’elle porte. Il achète des boissons et des préservatifs : « On en avait parlé, elle était d’accord », assure-t-il. De retour chez lui, ils se servent des verres, lui s’allume une cigarette, puis les deux sortent dîner dans un kebab des environs, Les Trois Atlas. Plus tard, son employeur l’appelle pour lui demander ce qu’il a fait après sa tournée et qui est la femme avec qui il se trouve. L’homme commence à trouver la situation « un peu bizarre », sans s’en inquiéter davantage. L’employeur, lui, se souvient d’un deuxième échange plus troublant. Lorsqu’il demande à Rachid N. ce que contiennent les affaires de la jeune femme, il entend en fond de ligne la voix de Dahbia répondre : « C’est mes affaires. » Un souvenir qui échappe encore au témoin.
Une fin de soirée confuse
Selon ce dernier, la jeune femme aurait ensuite exprimé son souhait de rentrer chez sa sœur, rue Manin, là même où elle a séquestré et tué Lola. Il lui commande alors un taxi avant de charger la malle dans le coffre du véhicule avec l’aide du chauffeur. Ce dernier, qui cherche à enlever les tissus dépassant pour mieux fermer la malle, raconte en avoir immédiatement été empêché par Rachid N., qui lui aurait déclaré : « Non, non, je vais trouver une solution. » Là encore, les souvenirs sont vagues.
Une fois la jeune femme arrivée devant l’immeuble du XIXe arrondissement, il affirme avoir été rappelé car elle s’est de nouveau disputée avec sa sœur et elle souhaite revenir chez lui, mais il refuse, « pas pour des raisons particulières, mais chez moi, c’est pas un moulin ». Peu avant cet appel, il avait en réalité, déjà, reçu un coup de fil de la police lui demandant comment s’était comportée la jeune femme venue chez lui.
« C’est compliqué d’avoir son nom associé à une telle horreur », conclut-il. « J’ai perdu mon travail, j’ai perdu mon logement. »
Le vrai du faux
Dahbia Benkired, elle, soutient une tout autre version. Selon elle, Rachid N. aurait su dès le départ ce que contenait la malle : « Je lui ai dit dans la voiture qu’il y avait un corps dedans, et à la maison, il a ouvert la malle et il a vu le visage. » Elle affirme ensuite que, souhaitant un rapport sexuel, il se serait mis en boxer en lui disant : « Prépare-toi. » Face à son refus, il l’aurait « virée » en lui appelant un taxi. Une version que Rachid N. rejette en bloc.
Comme lors de sa garde à vue, Dahbia Benkired nie toujours avoir violé Lola. « Peut-être que c’est lui, je suppose, si c’est pas moi, c’est qui ? Mais c’est vraiment pas moi, je le jure », a-t-elle répété, avant de conclure : « On peut s’attendre à tout, de la part des hommes. » Selon les médecins légistes, Lola aurait subi le viol de son vivant, environ 30 minutes avant sa mort. Et si les versions diffèrent sur de nombreux points, celle de l’accusée, changeant au fil de l’instruction et souvent contredite par les témoins, interroge sur sa part de mensonge.
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20 commentaires
Non lieu !!! Pas d’investigations plus poussées. Le chauffeur de taxi veut ouvrir la malle pour mieux ranger les vêtements qui dépassent et lui il l’en empêche..!!! Elle dit qu’il savait que le cadavre était dans la malle.
Est ce que dans d’autres affaires moins graves, sans meurtre, on n’appelle pas ça un faisceau d’indices, un recel, une association de malfaiteurs ? Tout le monde ne s’appelle pas Nicolas..