[MUNICIPALES] Lyon : vents contraires pour l’écologisme municipal

Grégory Doucet a peu de chances de rester maire de Lyon. Il paie des erreurs, mais pas seulement.
Capture d'écran Lyonmag
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Un p’tit tour et puis s’en va ? Au printemps 2020, Grégory Doucet, qui avait profité d’une abstention record, moins de 40 % de participation, due au confinement pour cause de coronavirus, avait réussi le plus beau hold-up de l’écologisme municipal en remportant la troisième ville de France. Dès le premier tour, il avait viré en tête avec près de 29 % des bulletins, bénéficiant de l’écroulement de la liste LR d’Etienne Blanc (17 %) la division des macronistes. Yann Cucherat, candidat adoubé par La République en marche, n’obtenait en effet que 15 % des voix, contre 12 % à Georges Képénékian, dissident LREM. Or ce dernier, engagé dans un duel fratricide, s’était maintenu au second tour, permettant à Grégory Doucet de s’imposer avec un peu plus de 52 % des suffrages.

Grégory Doucet à la traine

Six ans plus tard, Les Écologistes et leurs alliés se retrouvent en grande difficulté dans les sondages qui, les uns après les autres, soulignent la montée en puissance de la candidature Aulas de rassemblement du centre et du centre droit. Très populaire à Lyon pour avoir dirigé et propulsé l’Olympique lyonnais parmi les meilleurs clubs du football français, et rassurant pour ses qualités de gestionnaire, Jean-Michel Aulas est en tête des intentions de vote et loin devant la liste d’Union de la gauche de Grégory Doucet au premier Tour. Le sondage OpinionWay pour LyonMag et Radio Espace donne au premier tour Jean-Michel Aulas à 47 % et Grégory Doucet à 30 %, tandis que le sondage Elabe pronostique Jean-Michel Aulas à 43 % contre 29 % pour et Grégory Doucet.

Au second tour, Jean-Michel Aulas l’emporterait, et assez largement, face au maire écologiste sortant, selon les deux mêmes sondages : 58 % contre 42 % selon OpinionWay. Elabe propose deux scénarios : en cas de duel, Jean-Michel Aulas l’emporterait avec 57 % contre 43 % à Grégory Doucet, et une triangulaire donnerait Jean-Michel Aulas vainqueur à 55 %, devant Grégory Doucet à 34 % et d’Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI) à 11 %. Dans tous les cas, Grégory Doucet semble donc bien mal parti pour conserver la mairie de Lyon, la gauche pouvant au mieux conserver quelques mairies d’arrondissement. Ce 24 février, en pleine affaire Quentin, Grégory Doucet a même annoncé une probable alliance avec LFI, envisageant soit un « désistement » d’Anaïs Belouassa-Cherifi au second tour, soit une « fusion programmatique ».

Des erreurs lourdes de conséquences

À quoi faut-il attribuer ce désamour des Lyonnais pour leur maire après seulement un mandat ? En premier lieu, il faut tenir compte des conditions dans lesquelles a été élu Grégory Doucet. En 2020, les centristes étaient favoris après l’ère Gérard Collomb. Sans doute aussi démobilisé par le confinement sanitaire que par un excès de confiance, le centre mou de la bourgeoisie lyonnaise est massivement resté à la maison, laissant la voie libre à Grégory Doucet, qui bénéficiait en sus d’une vague verte nationale.

Le quotidien local Le Progrès a tenté de faire le bilan de six ans de gestion écologiste de Lyon, reprenant le programme du candidat Doucet en 2020 pour savoir si les promesses avaient été tenues. Or sur les 21 principaux engagements, 11 auraient été tenus, 7 partiellement tenus, et 3 seulement ne l’auraient pas été. Voilà qui explique pourquoi Grégory Doucet conserve encore son socle électoral dans les sondages. Mais au moins trois mesures ont fait fortement polémique à Lyon depuis 2020. Grégory Doucet avait promis d’alléger la taxe foncière. Or il l’a au contraire augmenté de 9 % en 2023, « pour faire face au surcoût de la facture énergétique », précise Le Progrès. Donc pour compenser les effets pervers d’une politique gouvernementale inspirée par des considérations écologistes, ce qui ne manque pas de sel...

Ensuite, il avait aussi promis de végétaliser la place Bellecour, ce qui n’était d’ailleurs pas en soi une mauvaise idée, s’agissant d’une vaste dalle se transformant en fournaise l’été. Mais faute de végétal, les Lyonnais ont eu droit à une « ombrière » faite de bandes de tissus multicolores, solution aussi laide qu’inefficace.

Enfin, et surtout, Grégory Doucet s’est aliéné de très nombreux commerçants et PME, dont la totalité de ceux installés sur la presqu’île, avec un projet de piétonnisation comprenant notamment une ZTL (zone à trafic limité), dans un registre proche de celui des ZFE. Cette mesure, rendant inaccessible une grande partie du centre de la ville, l’a littéralement vidé de ses passants habituellement nombreux, provoquant des baisses significatives des chiffres d’affaires et mettant en danger de mort de nombreux commerces, comme l’avait signalé BV, en septembre dernier.

L’écologisme municipal ne fait plus autant rêver

Mais à ces trois points noirs, il faut ajouter une tendance qui ne concerne pas la seule ville de Lyon. Si certains, très militants, à l’instar de Gaspard Koenig, tentent de convaincre que la végétalisation sera un argument décisif de campagne en mars prochain, Jérôme Fourquet, directeur Opinion de l'IFOP, tient un tout autre discours. Il s’interroge « de savoir si les écologistes vont être en capacité de conserver ces villes qu'ils avaient conquises », constatant que dans certaines villes, c'est « compliqué ». Et pour lui, Lyon en constitue bien « le cas le plus emblématique ».

Et au-delà de quelques mesures impopulaires, « il y a aussi une ambiance plus générale, un climat d'opinion ». En fait, « la préoccupation environnementale des Français a quand même significativement rétrogradé », explique-t-il. Il ne s’agirait pas d’un total désintérêt, mais « les sujets numéro un pour les Français, pour ces municipales, sont, dans l'ordre, la santé et la sécurité, l'écologie arrivant assez loin derrière ». Et logiquement, cela constituerait un « vent nettement moins porteur pour les listes écologistes, notamment quand elles sont sortantes ». Si l'écologisme bordelais ne semble pas trop menacé, celui de Strasbourg serait dépassé sur sa gauche et d'autres surprises ne sont pas impossibles ailleurs.

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Le respect de l’environnement et l’écologie non-politique ont intéressé les Français jusqu’à ce que des opportunistes réalisent qu’il y avait un nouveau créneau pouvant mener au pouvoir et à de jolies rémunérations. Les écologistes ont alors rivalisé de normes et d’idées les plus saugrenues les unes que les autres, notamment en les imposant aux agriculteurs qui, contrairement à ces utopistes vivant en villes, continuaient, eux, à vivre bêtement à la campagne. Les écolos-bobos ont alors gagné leurs sobriquets mérités d’écolos-dingos et d’escrologistes. Pour ne rien arranger, ils ont laissé des ambitieuses incompétentes, du genre de Sandrine Rousseau et Marine Tondelier, prendre les manettes du Parti, toute fières d’être  » les premières femmes à … » , finalement à mener l’écologie politique à ses outrances et à son échec lui aussi mérité.
    Il va falloir reprendre la façon dont les Français, qui sont favorables à une écologie saine et équilibrée, respectueuse des paysans, suivie dans l’intérêts de la France, continueront à s’engager pour le respect de l’environnement et la véritable écologie, sans que les intérêts des Français et de notre pays y laisse des plumes.

  2. Bien que n’habitant pas Lyon, j’avoue que je savoure ce moment, une période politique pleine d’espoir comme on en rencontre peu dans une vie. J’espère seulement que cette fois-ci les Lyonnais, comme d’autres, vont se mobiliser et se rendre aux urnes afin de ne pas laisser, par leur abstention, leurs villes entre les mains perfides des écolos et de la gauche.

    • Moi aussi si vous saviez, quand je vois ce qui s’est passé à Lyon dernièrement et qu’il aie refusé de mettre le portrait de Quentin alors que pour les drapeaux palestiniens pas de problème….
      Sans compter ses accointances reconnues avec la jeune garde pour ne dire que ça

  3. Je n’ai jamais fait confiance aux escroverts rouge à l’intérieur comme des pastèques. Quand on a jannot, rousseau ou encore tondelier le moulin à paroles pour défendre la « cause », il est normal qu’il y ait , avec le temps, un retournement de situation. Vous pensez que doucet à lyon ne veut pas du tour de france dans « sa » ville et le maire de bordeaux qui a remplacé le sapin de noël traditionnel par un sapin en VERRE.

  4. Toutes les villes indument « récupérées » par les zécolos, suite aux municipales tronquées de 2020, et à la volonté de macron d’ajouter du désordre à la situation covidesque, ces villes ont compris ce que sont les zécolos.
    Des militants pour le retour au moyen âge, voire à l’âge de la pierre taillée. Ce qui restera le plus dans la mémoire collective, c’est leur délire contre la voiture individuelle, un « combat » contre le petit peuple, cà l’image de l’europe de van der leyen.
    Rues saccagées pour des « deux voies » cyclo-scooter, interdictions de stationnement, trottoirs piétons en libre service pour les trottinettes… l’électeur se souviendra de cette atteinte sans précédent à la formidable Liberté individuelle que constituent les véhicules individuel.

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