[MUNICIPALES] Marseille : Sébastien Delogu se retire ; la droite dénonce des accords cachés

Martine Vassal et Franck Allisio ne croient pas que le candidat insoumis se soit désisté par pur altruisme.
@Wikimedia commons
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Le piège marseillais s’est-il refermé sur La France insoumise ? La stratégie locale du parti fondé par Jean-Luc Mélenchon a (en partie seulement ?) échoué. Son candidat dans la deuxième ville de France, Sébastien Delogu, n’a jamais été en mesure de l’emporter. Cela s’est confirmé le dimanche 15 mars, puisqu’il a obtenu un score de 11,94 % et s’est classé quatrième du premier tour. Les dernières quarante-huit heures montrent cependant qu’il misait surtout sur une fusion des listes à l’entre-deux-tours. Ainsi, et c’était le but premier, LFI aurait obtenu des sièges au conseil municipal et, par voie de conséquence, des grands électeurs en vue des sénatoriales. Cela ne se passera finalement pas de la sorte.

Les mains tendues ont été nombreuses, de la part de l’extrême gauche ; elles n’ont pas été saisies par le maire sortant. Cela a eu le don d’agacer le principal intéressé, mais également les cadres de son parti, qui ont unanimement pointé du doigt l’« irresponsabilité » de Benoît Payan. Sur X, Jean-Luc Mélenchon s’en est pris, en ces termes, au maire sortant : « Il préfère le risque de l'extrême droite à la fusion technique avec LFI. Marseille ne peut le supporter. » Ces coups de pression et la manifestation organisée devant le QG de campagne de Benoît Payan, lundi soir, n’ont apparemment servi à rien.

Payan remporte l’entre-deux-tours

À l’occasion d’une conférence de presse donnée ce mardi, Sébastien Delogu a annoncé son retrait : « En refusant tout front antifasciste au second tour, Benoît Payan prend et fait la démonstration que le combat contre l'extrême droite valait moins, à ses yeux, que la soif de pouvoir. Mais face à l'irresponsabilité d'un homme, nous serons responsables pour un million. C'est dans cet esprit de responsabilité que nous prenons la décision de retirer notre liste et de ne pas participer au pari inconséquent de Benoît Payan », a déclaré le député insoumis.

Benoît Payan a donc gagné son pari. Il a poussé vers la sortie le seul candidat qui pouvait lui faire de l’ombre sans lui céder le moindre centimètre de terrain. Il va désormais bénéficier d’un report des voix insoumises sans fâcher ceux de son camp qui n’auraient pas accepté une alliance avec l’extrême gauche. Le maire sortant joue parfaitement sa partition. Trop parfaitement ?

Pour Martine Vassal, ce désistement sans contrepartie est trop beau pour être vrai. Elle ne croit pas en l’altruisme de Sébastien Delogu. Elle soupçonne un « accord secret » entre les deux hommes. Selon elle, « Benoît Payan choisit LFI » et « Marseille est en danger ».

Des soupçons d’accords

Cette analyse est également faite par Franck Allisio. En conférence de presse, ce jour, le candidat du Rassemblement national a déclaré : « Il y a des accords, on les découvrira dans quelques semaines ou dans quelques mois. La même histoire recommence. C’est une manipulation des Marseillais. » Il fait référence à la passation des pouvoirs entre Michèle Rubirola et Benoît Payan de 2020 prévue, selon lui, à l’avance.

Concernant les accords, il précise : « Tout cela est corrompu depuis des années, au moins moralement. Ils pensent aux régionales et aux législatives. » Ils, se sont les Insoumis et les membres du Printemps marseillais.

Enfin, Franck Allisio appelle « solennellement » Bruno Retailleau, le président des Républicains, et Gabriel Attal, celui de Renaissance, à demander le retrait de Martine Vassal. Sans quoi, « le vrai maire de Marseille, ce ne sera pas Benoît Payan mais Jean-Luc Mélenchon ». Il n'a pas été écouté. La candidate de la droite et du centre a bien déposé sa liste, ce jour.

Pour rappel, le lundi 16 mars, Martine Vassal avait annoncé se maintenir dans le but de ne pas perdre son poste de présidente de la Métropole. La candidate de la droite et du centre, aux dires de Renaud Muselier, « a décidé de se maintenir. Elle a raison. » Selon le président de la région, « les électeurs […] ne doivent pas être punis une seconde fois en étant exclus de la majorité métropolitaine ». Il précise : « Désormais que le meilleur n’est plus possible pour la ville, notre priorité est claire : éviter le pire. » Pour les cadres de ce camp, le pire n’est donc pas que Marseille reste à gauche et sous l’égide d'un Benoît Payan potentiellement influencé par La France insoumise, mais bien que la Métropole leur échappe. Cette fois, ils ne se cachent même pas derrière un prétendu front anti-extrême droite pour justifier ce calcul politicien.

Le candidat du Rassemblement national l’assure : « Ça ne m’empêchera pas de gagner. » Peut-être pas, mais ça ne l’y aidera pas non plus.

À noter : BV a pu consulter les listes déposées pour les élections des maires de secteur et elles sont strictement identiques à celles du premier tour. La France insoumise et le Printemps marseillais n’ont pas fait d’alliance ou de « fusion technique ».

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Est-ce que l’électeur de base de LFI qui va se sentir vexé de se voir rejeté par Payan, va accepter de lui apporter sa voix au second tour ? Est-ce que certains électeurs de Vassale ne vont pas préférer voter RN pour ne pas avoir la gauche ? Rien n’est joué.

  2. Bruno Retailleau ? Quelle déception ! Ou il n’en a rien à faire que Marseille reste à l’extrême gauche, ou, bien que « président » des LR, il est incapable de s’imposer à ses troupes et surtout pas à cette pauvre Martine Vassale qui va, comme déjà en 2020, laisser gagner la ville par la gauche. Dans les deux cas il montre qu’il n’a rien à faire au poste qu’il occupe et qu’il a menti pour y être élu. Les LR étaient déjà au bord du gouffre, il leur fait faire un grand pas en avant. Et ça se dit « Gaulliste ».

  3. « Fusion technique »…jolie expression…Remarquez qu’avec Delogu comme technicien, quelle que soit l’absence de sympathie que l’on aie pour Payan et le risque pour le moins avarié de la cuisine, on peut le comprendre…

  4. Ce ne serait pas étonnant que la gauche dénonce des accords cachés entre Sarah et Rachida pour la paix à Paris en attendant celle au Proche orient.

    Ces accords sont bien naturels. Si on voulait les interdire, il faudrait interdire à l’avance tout retrait d’une liste qualifiée pour le second tour.

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