« On tente de la bâillonner »: de nouvelles règles pour la commission audiovisuel public

Une réunion cruciale du bureau s'est tenue le 6 janvier à l'Assemblée nationale.
Capture d'écran
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Les députés de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public se sont accordés sur un socle de règles visant à « garantir le bon fonctionnement » de l'instance.

La situation ressemblait à un rêve. L’audiovisuel public accusé, bousculé, était dans ses petits souliers. Sa défense bégayante ressemblait à celle d’un enfant pris la main dans le pot de confiture. Mais en quelques semaines, Charles Alloncle est devenu l’homme à abattre, le nouveau petit caillou dans la chaussure d’une bien-pensance de gauche qui règne en maître sur les écrans et les ondes de l’audiovisuel public. Avant la trêve de Noël, le président de la commission parlementaire avait tapé du poing sur la table pour tenter de faire dérailler un train dont le système politico-médiatique qui règne confortablement depuis 40 ans perd la maîtrise. Le 21 décembre, Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons du Calvados, convoquait le bureau de sa commission et suspendait l’envoi des convocations pour les prochaines auditions prévues début janvier.

La gauche enrage

Cette réunion s’est déroulée mardi 6 janvier après-midi à l’Assemblée nationale. À 16h, le bureau de la commission s’est réuni avec un représentant de chaque groupe politique. Une discussion de deux heures qui a abouti à certains changements dans le but de ne pas transformer la commission « en tribunal politique, procès individuels ou en lieu de politique spectacle », explique son président par communiqué à l'issue des échanges.

Le « respect absolu des personnes auditionnées et [la] dignité des échanges et des débats aussi bien durant les auditions qu'à l'occasion de nos expressions publiques sur les réseaux sociaux et dans les médias » est rappelé, comme en écho aux précédentes auditions, dont le ton musclé n’a pas été au goût de certains. Quatre règles ont ainsi été décidées : finie la « communication en temps réel sur les réseaux sociaux pendant les auditions », les livetweets qu’affectionnait Charles Alloncle. En effet, ses équipes parlementaires relayaient abondamment les travaux de la commission pendant les auditions avec un retentissement considérable à la clé. « Engagement de discrétion / modération / sobriété des expressions du rapporteur, du président et des membres du bureau dans les médias en parallèle de la commission ; pas de travestissement, de déformation des propos des personnes auditionnées ; communication au bureau de la commission de tous les documents que le rapporteur évoque / mentionne durant les auditions », énumère Jérémie Patrier-Leitus.

Avec ces nouvelles résolutions, les travaux et les auditions de la commission d’enquête reprendront le 19 janvier. « La gauche a voulu faire le procès du rapporteur », raconte un membre de la commission présent à la réunion, joint par BV. « Ce qu'elle veut, c’est l’arrêt pur et simple des travaux de notre commission », dénonce-t-il, « cette commission dérange, on tente de la bâillonner ». On pourra effectivement, naturellement, s’interroger sur un évident deux poids deux mesures : concernant les commissions « Bolloré », « Bétharram » et « Stérin », il n’a évidemment nullement été question d’émettre des règles exceptionnelles. Il y a donc des commissions d’enquête à géométrie variable. D’après nos informations, des échanges tendus ont eu lieu, mais l’opposition aux velléités robespierristes n’a pas flanché, alors que LR a brillé par son absence.

« Les profiteurs sont démasqués »

Côté Rassemblement national, pas de surprise, on ressent le vent de panique qui secoue « l’establishment », décrypte, auprès de BV, le député  de Vaucluse Hervé de Lépinau. « Ils pensaient pouvoir continuer à se goinfrer et nous gruger dans l’ombre. »

Car à travers ces mesures, c’est bel et bien le rapporteur Charles Alloncle qui est visé, lui et ses méthodes de travail. Plus que ses méthodes, c’est son travail qui ne passe pas et rend hystériques ses adversaires. Mais la situation aurait pu être pire, car la gauche, vent débout, revendiquait le huis clos. Du côté du rapporteur, le soulagement domine donc. « La détermination de Charles Alloncle n’est en rien altérée », confie à BV l’entourage du parlementaire : « Après l’étude des volets neutralité et pluralisme, désormais place au volet financement. »

Sont prévues pour la suite du programme les auditions de chefs d’entreprise de sociétés de production avec lesquelles travaille l’audiovisuel public. Les noms de Matthieu Pigasse, Xavier Niel et Nagui sont annoncés, alors que ce dernier a indiqué vouloir porter plainte contre Charles Alloncle. Léa Salamé et Hugo Clément seront aussi de la partie. Certains noms comme Patrick Sébastien font encore débat, le président s’opposant à l’audition de ce dernier.

« Salutaires », de « salubrité publique » : les députés du camp national ne manquent pas de qualificatifs pour encenser les travaux d’une commission qui « passionne les Français ». « Les profiteurs sont démasqués », conclut Hervé de Lépinau.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

59 commentaires

  1. Il va falloir que le RN monte au créneau pour soutenir son allié UDR et particulièrement monsieur Alloncle.

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