[PEOPLE] 70 printemps pour Houellebecq, écrivain et… lanceur d’alerte
Jeudi 26 février, Michel Houellebecq fêtera ses 70 ans. Né à La Réunion, l’écrivain français est connu non seulement pour son ton cru et sa franchise sans conformisme mais aussi pour avoir été un des premiers à se voir appelé « néo-réactionnaire », un des « éclaireurs » du « backlash idéologique », même, selon Daniel Lindenberg, dans Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (Seuil, 2002). Qu’on l’apprécie ou non, Michel Houellebecq ne laisse pas indifférent : L’Express le qualifie même de « plus controversé de nos écrivains ».
« Un petit frisson de liberté »
70 ou 68 ans ? Selon son biographe qu’interrogeait l’article de L’Express en 2005, même sa date de naissance est sujette à débat et à controverse : « J'ai alors découvert deux choses étonnantes : dans toutes ses biographies officielles, voire dans des documents judiciaires, Michel Houellebecq s'est rajeuni de deux ans. Il n'est pas né en 1958, comme il le prétend, mais en 1956. Plutôt qu'une coquetterie, j'y vois une volonté constante de brouiller les pistes », explique ainsi Denis Demonpion. Il faut bien avouer qu’étiqueter ou classer Michel Houellebecq est bien difficile. Quand Alain Finkielkraut lui demandait, dans son émission Répliques, en 2010, quel « rôle social » il se donnait, l’écrivain lui répondait simplement : « Mon utilité sociale… Je pense que là, je donne à notre époque un petit frisson de liberté. Quand même, on a un petit besoin de liberté qui est persistant et je suis là pour ça, en fait, je fournis à la société son petit frisson de liberté. C’est à ça que je sers dans la réalisation de la chose. »
L'anticonformiste à succès
Le moins que l’on puisse dire est que Michel Houellebecq ne s’est jamais soumis aux diktats de ses pairs, à la bien-pensance qui garantit le succès, au lissage conformiste du style et des idées. Annie Ernaux se félicitait, d’ailleurs, de lui avoir ravi le prix Nobel de littérature en 2022, se trouvant autrement plus méritante que son concurrent aux « […] idées totalement réactionnaires, antiféministes, c’est rien de le dire ! » Parce que force est de reconnaître à l’écrivain un véritable talent littéraire qui ne tient pas qu’à sa subversion : d’ailleurs, le prix Goncourt qu’il a remporté pour son livre La Carte et le Territoire avait définitivement consacré l’auteur en 2010. Son ton trash, ses récits glauques et ses vulgarités lui ont garanti, pendant un certain temps, une aura même à gauche : provocateur ou visionnaire, Michel Houellebecq clive peut-être autant qu’il rassemble.
Un requiem ?
Et ce ne sont pas ses 70 printemps qui arrêteront l’écrivain, le poète, puisque le 6 mars, Michel Houellebecq sortira un album, Souvenez-vous de l’homme : douze poèmes, explique BFM, qu’il déclame sur des musiques de Frédéric Lo et qui évoquent « des futurs tragiques », une « possible guerre civile » ou encore le transhumanisme. Le 4 mars, c’est un recueil de poésies qui paraîtra chez Flammarion : Combat toujours perdant. Le Figaro, qui en a partagé une recension, raconte que « tout y respire l’effondrement de la société et de ses valeurs, la menace, la guerre, la désillusion généralisée et l’illusion du bonheur, l’attente de la mort et l’impossible rédemption ». En lisant dans cet article quelques extraits, le lecteur ne s’y trompera pas : c’est bien du Houellebecq, et le journal se demande même s’il ne faut pas y voir un « chant du cygne d’un homme qui se voit vieillir, sous forme d’un requiem sans chœur ni orchestre ».
Son dernier combat
Ou alors, faut-il y voir un homme qui avec son talent parvient encore une fois à alerter sur le danger d’une culture de mort qui s’installerait encore plus avec la légalisation de l’euthanasie ? Michel Houellebecq, qui participait le 18 février à l’échange organisé par les Éligibles et leurs Aidants (voir l'article d'Aliénor de Pompignan), ironisait : « Empoisonner quelqu'un, on sait le faire depuis longtemps. Éviter qu'il souffre, c'est plus sophistiqué. » Avec le ton sarcastique que ses lecteurs lui connaissent, Michel Houellebecq se faisait encore lanceur d'alerte. Reste à savoir si l'« éclaireur », le provocateur ou le visionnaire sera entendu par l’Assemblée nationale qui débat du texte de loi et devrait le voter ce mercredi.
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10 commentaires
Houellebeck est certainement, avec Brukner, l’un des meilleurs romanciers français. Le plus de Houellebeck, sa vison prophétique de l’évolution de la société. Et, il ne se trompe jamais.
Et oui Mr. Houellebecq, on le designé comme farfelu. Mais quand quelqu’un dit la verité, Monsieur Brassens avait une chanson qui corroborait ce thème. Mes respects Monsieur Houellebecq.
Pas Brassens, Guy Béart
Comme lanceur d’alerte, je pense que Michel Houellebecq a eu un regard sur notre avenir dans son livre « soumission » très réaliste. C’est le futur qui nous attend.
je lis Houellebecque avec plaisir, je le relis même….
ses textes sont prémonitoires et il faut etre bien « accroché » pour ne pas céder à son pessimisme
Mes deux livres préférés : La carte et le territoire et Plateformes.
Bravo
Annie Ernaux, se félicitait, d’ailleurs, de lui avoir ravi le prix Nobel de littérature en 2022, se trouvant autrement plus méritante que son concurrent aux « idées totalement réactionnaires ».
Les écrivains de gauche, les bonnes âmes, se pensent au-dessus du lot, parce qu’ils pratiquent le discours vertueux, fidèle à la doxa, au wokisme. Mais les grands écrivains ne sont pas montés sur des rails ; ils ont une pensée libre, ce que n’arrive pas à comprendre la gauche. Une telle liberté dans les discours, les idées, en dehors de la vision marxiste est une hérésie pour eux.
On voit mal. Flaubert, Maupassant, Proust, Camus, Houellebecq, et d’autres, faire virevolter leur plume avec un tel carcan.
Parfois, la gauche réussit presque à tuer les génies comme Soljenitsyne, rescapé in extremis du goulag.
La Gauche tue, en effet.
La Ernaux….une toute petite dame catéchiste , prix Nobel de littérature !!