[PEOPLE] Line Renaud regrette de ne pas être mère…
Il y a quelques jours, Line Renaud, célèbre chanteuse et actrice depuis les années 50, répondait aux questions de Isabelle Ithurburu, pour TFI. Venant de fêter ses 97 ans, Line Renaud a fait don, en février dernier, de ses archives personnelles aux Archives nationales : l’artiste veut qu’on retienne son nom, explique-t-elle. C’est qu’elle n’a pas d’enfant pour assurer sa postérité et assumer son héritage. « Ça m’a beaucoup beaucoup manqué, énormément » : Line Renaud ne cache pas ses regrets.
Sacrifier sa maternité pour assouvir son ambition ?
Icône du renouveau de la France d’après guerre et des combats féministes et sociaux (contre le SIDA, pour l’avortement, soutien à la communauté LGBTQIA+, pour l’euthanasie), Line Renaud représente la société des années 50-70 en quête d’émancipation, de liberté absolue, d’affranchissement des codes. Et pourtant, cette artiste mondialement reconnue confiait déjà à Elle, en 2013, que « ne pas être mère est [s]on seul regret ». Celle qui prétend pourtant avoir « tout maîtrisé », raison pour laquelle d’ailleurs elle tient à « maîtriser » sa fin de vie, explique dans son portrait qu’elle ne « pouvai[t] pas être enceinte ». Non à cause d'une incapacité physique. Non, elle ne pouvait pas, parce qu’« à chaque fois [elle] avai[t] un contrat qui était signé ». Celle qui se bat et s’est battue pour la libération de la femme, pour leur affranchissement, aurait donc été soumise à d’autres diktats ?
À ce sujet — Euthanasie : les pulsions morbides de la gauche ne faiblissent pas. Vers une loi cet automne ?
Dans l’émission Femmes puissantes, sur France Inter, en 2021, Line Renaud affirmait fièrement : « J’ai dû avoir de l’ambition pour arriver à ce que je voulais », l’ambition n’est pas un mal, loin de là, mais cela vaut-il le coup de lui sacrifier ses désirs de maternité ? Dans cette même émission, Line Renaud continue son combat féministe, elle se demande même : « Pourquoi est-ce un gros mot pour les femmes d’avoir de l’ambition ? C’est quelque chose de positif lorsqu’on la colle à un homme, et chez les femmes, il y a quelque chose de suspect. » Une femme ambitieuse suspecte ? Vraiment ? La question est surtout un marronnier de la lutte féministe qui cherche à tout prix à faire de la femme un homme comme les autres. N’est-ce pas l’ambition elle-même qui devient suspecte, quand elle exige tous les sacrifices ? Est-ce vraiment une libération de soumettre ses désirs profonds à ses volontés de carrière ? D’autant plus que nombreuses sont celles qui ont su mener de front l’un et l’autre : avoir de l’ambition et donner la vie ne sont pas foncièrement contradictoires. Dans une vidéo d’archive diffusée à l’occasion d’un reportage sur France 2 que rapporte CNews, l’artiste confiait, les larmes aux yeux, en 1975 : un enfant, « c’est la chose qui me manque. Mais il y a un problème, là aussi. Un enfant, je vais vouloir l'élever, et puis je ne vais plus faire mon métier. Je pense encore une fois que c'était la fatalité. Il ne fallait pas que j'aie d'enfant, voilà. »
Mon corps, mon choix ?
La fatalité ? Line Renaud aurait pu, pourtant, donner la vie. En 1948, elle était enceinte de Loulou Gasté. « J'avais 18 ans, et Loulou ne voulait pas d'enfant. Je n'étais pas assez installée dans sa vie encore pour lui en imposer un. Tout ce dont je me souviens, c'est que tout est noir, j'ai monté un escalier, une femme est arrivée avec deux aiguilles à tricoter, elle a percé, j'ai saigné, et voilà », expliqua-t-elle, en 2024, à France 2, et cet avortement clandestin ne l’a pas laissée indemne, ni physiquement, ni psychologiquement. Dans son livre Merci la vie ! (Robert Laffont, 2024), la chanteuse expliquait en avoir ressenti « beaucoup de chagrin » et qu’au moment de son écriture, ce bébé « aurait eu 77 ans aujourd’hui ». Difficile de croire qu’il s’agissait vraiment de son corps, de son choix… d’autant que Gala l’écrivait assez explicitement : « Line Renaud a toujours voulu avoir un enfant. Un désir qui n'était pas présent chez Loulou Gasté, compositeur qu'elle a épousé en 1950. […] Plus avancée dans l'âge adulte, Line Renaud a même envisagé l'adoption. Là aussi, cette possibilité qui n'était pas partagée par son époux. » Gala disait même que Line Renaud « souffrait d’un manque abyssal de ne jamais avoir eu d’enfant biologique ».
S’il est à espérer que personne n’oubliera son nom pour ses chansons et ses films, on pourrait bien aussi se souvenir de Line Renaud comme d’une femme qui, croyant se libérer, n’a fait que se soumettre à ceux de la société et de son homme. La vraie liberté que devraient défendre les féministes n’est-elle pas, justement, celle qui permettrait de fêter ses 97 ans en ayant vraiment accompli tout ce qu’on aurait voulu ?
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55 commentaires
En marge de cette chronique je tiens fermement à souligner que Line Renaud s’est prononcée mordicus pour « l’ euthanasie » ou appelez la comme vous voudrez , mais comble de l’ironie elle oeuvre depuis des décennies pour la lutte contre le sida , ce fléau de mortalité bien connu , allez comprendre , entre celui qui ne demande pas à mourir et celui qui sait qu’ un acte peut être irréversible .