Perpignan ou Saint-Denis ? La France du « face-à-face » s’installe pour longtemps

La ville du RN Aliot et celle du LFI Bally Bagayoko incarnent deux France, deux visions, deux hypothèses, deux choix.
Capture d'écran
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Ces municipales, marquées par la percée du RN et l’arrivée en force de LFI dans certaines municipalités, ne mettent pas seulement en lumière l’enjeu national de ce scrutin local. Elles dessinent le choix qui sera offert aux électeurs, dans les années à venir, et singulièrement lors de la présidentielle. Les Français devront trancher entre deux modèles, deux France et deux villes, entre la France de Perpignan et la France de Saint-Denis. À Perpignan comme à Saint-Denis, les maires, Louis Aliot et Bally Bagayoko, sont passés dès le premier tour. Le premier a obtenu 50,6 % des suffrages exprimés, le second 50,7 %. Tous deux ont passé l’obstacle d’une abstention massive : Bagayoko est élu avec 13.500 voix seulement, soit 21,1 % des 63.900 inscrits sur les listes électorales de Saint-Denis (qui compte 149.000 habitants !), Aliot avec 16.835 voix, soit 23,5 % des 71.600 inscrits à Perpignan (sur 121.600 habitants). L’un représente la « nouvelle France » chère à Mélenchon, l’autre la France patriote du RN. Ils incarnent les deux pôles d’attraction qui émergent dans le cadre du renouvellement de la politique française.

On l’a vu lors de ces élections municipales. Ceux qui balancent entre ces deux pôles sont peu à peu écartés. La Macronie a disparu de la campagne. Macron lui-même s’est tenu loin du scrutin, comme il se tient désormais loin des électeurs français… On s’en souvient : le macronisme, avec l’orgueil aveugle de tous les « progressismes » autoproclamés, devait « dépasser », c’est-à-dire ringardiser à jamais, la gauche extrême et la droite nationale. Il devait faire aimer l’ouverture sur l’Europe et la trajectoire de la France dans la mondialisation heureuse. 1.400 milliards de dette plus tard, le pays n’espère plus rien de ceux qui s’étaient drapés dans les habits de la bonne gestion pour mépriser les autres propositions. L’échec de Macron entraîne derrière lui les partis qui ont donné naissance au macronisme, LR et PS en tête. La France du « côte-à-côte » chère à Gérard Collomb, l’ancien maire de Lyon, et à Alexandre Devecchio (suivez son entretien choc avec Laurent Obertone publié samedi), laisse la place à la France du « face-à-face » : le match Saint-Denis-Perpignan ne fait que commencer.

« La nouvelle France contre la France blanche » ?

Le constat a surgi dans la bouche de la journaliste de gauche Isabelle Saporta, ce dimanche soir d’élections : « C’est la nouvelle France contre la France blanche », explique-t-elle à un Jean-Michel Aphatie sceptique, sur le plateau de LCI. « C’est un peu démago », juge-t-il. Réponse de la journaliste : « C’est démago, mais la partition idéologique, elle est là, Jean-Michel. Ne fais pas semblant de ne pas voir, c’est la nouvelle France contre la France blanche. Donc, ce qui s’installe là, c’est le débat de la présidentielle. » À minuit 27, le tout nouveau maire de Saint-Denis lui donne raison. Bally Bagayoko veut conserver sa clientèle électorale, maintenir ses « pauvres » qui lui offrent si généreusement son siège de maire. « Nous ne serons jamais du côté de ceux qui veulent gentrifier une population et faire en sorte que nos populations historiques quittent le territoire. » Par « populations historiques », il faut bien sûr entendre « populations immigrées »… Surtout ne pas « gentrifier » la ville.

C'est dire clairement que LFI entretient une clientèle, comme les tribuns de la plèbe à l’époque romaine. À cette gauche, le remplacement tient lieu de colonne vertébrale révolutionnaire. À Saint-Denis, Bally Bagayoko a remplacé la gauche Lfiste façon Mathilde Panot. La révolution LFI reçoit l’appui enthousiaste d’une partie de la jeunesse française, de la population des centres-villes et des intellectuels qui ont tout reçu de ce pays, vivent confortablement et travaillent, dans une ébriété idéologique, à la destruction de leur propre héritage.

Face aux marchands de peur LFistes

Mais voilà, face à la France de Saint-Denis, celle de Perpignan ne manque pas d’atouts. À l’examen détaillé des scores, il apparaît que les voix qui sont allées vers LFI sont bien moins nombreuses que dans les précédents scrutins - législatives et présidentielles, notamment. Bien des maires de gauche sont sur la sellette ; ceux du RN ont tenu bon. Est-ce la raison pour laquelle le leader Mélenchon s’est abstenu de toute prise de parole, dimanche soir ? Le RN a ses chances dans des villes aussi marquées par l’immigration que Marseille ! Le parti s'installe dans les petites villes. Surtout, ses votes progressent largement par rapport aux dernières municipales. Enfin, les intentions de vote RN (sans compter les autres partis de droite) écrasent les sondages présidentiels.

Comme d'habitude, l’enjeu, c’est la crédulité des Français, leur capacité à résister aux marchands de peur, hystériques depuis dimanche. L'ultra-gauche se surpasse. La France s’emplit soudain de fascistes qui, selon eux, surgissent partout, menacent, intriguent. Ce qui impose de voter LFI. Il faut entendre Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, se dresser dès dimanche soir contre le spectre d’Hitler et de Mussolini. Qui y croit ? Quelle est la capacité de mobilisation de LFI sur ces vieilles ficelles ? La réponse, dimanche, apportera une des clefs de la campagne présidentielle.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

30 commentaires

  1. A saint Denis et dans les villes avoisinantes un état dans l’état. A Perpignan retour de l’état regalien pour le bien des populations mais le face à face dans cette ville n’est en rien exclu la menace est toujours latente tant il reste des brûlots qui grossissent l’islam radical est présent sur notre sol et n’est pas prêt de laisser sa place des structures et des complaisances sont à leur disposition parmi des élites sans scrupules.

  2. Cela fait plus de cinquante ans que cette immigration innonde la France. Tout d’abord, il fallait une main d’oeuvre pas cher pour la grande industrie, l’échec de l’Algérie a été l’opportunité. Ensuite, la gauche qui était en perte de vitesse, a fait le reste avec son humanisme de bazar. La droite molle, qui ne voyait que ses sièges comme perspective, s’est accommodée, et la descente s’est accélérée avec ce que les français ont élu. Et je ne parlerai pas de l’oeuvre destructrice du machin europe mondialiste. Conclusion, il est bien tard pour pleurer, le pays est profondément divisé et sa disparition annoncée. Ce n’est qu’une question de temps.

  3. La politique des tribus risque de remplacer la politique des républicains. La gauche, cette mouvance terroriste par essence, en est responsable. Notre salut, douloureux, viendra d’un effondrement économique lié à la dette : les créanciers tiennent le pays par la gorge, à nous de ne plus payer, pour provoquer une chute brutale et rapide.

  4. J’ai vécu à Perpignan, si je devais choisir ce serait Perpi sans hésitations !
    La gauche perdante et rancunière avait prédit des catastrophes pour la ville, la perte de toute activité culturelle, bref la chaos… 
    Même le responsable du célèbre « Visa pour l’image » qui rassemble les meilleurs photos journalistique avait affirmé son départ en cas de victoire du RN. Suite à quelques réunions constructives il a décidé de rester et avait avoué un accueil de la ville tout à fait satisfaisant !
    La gauche à une peur panique du RN car elle sait pertinemment qu’une ville administrée par ce parti est une ville perdue pour longtemps…
    Il faut dire que la gauche est tellement mauvaise en tout : finance, sécurité, salubrité…

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