[POINT DE VUE] Décembre 1965, de Gaulle élu au suffrage universel : pas de commémo ?

Le 19 décembre 1965, le général de Gaulle était élu président de la République au suffrage universel.
Capture d'écran
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Curieusement, dans cette Ve République à bout de souffle et particulièrement friande de commémorations, ce soixantième anniversaire est presque passé sous les radars : le 20 décembre 1965, le général de Gaulle était élu président de la République au suffrage universel. Un anniversaire un peu oublié, comme si la comparaison entre les personnages d'autrefois et ceux d'aujourd'hui risquait d'aggraver un peu plus le cas de ces derniers...

C’était l’un des projets phares du général de Gaulle, qui souhaitait ainsi en finir définitivement avec le parlementarisme et l’instabilité du régime des partis : le référendum du 28 octobre 1962 avait confirmé la volonté des Français d’élire directement leur président de la République. Par ce lien direct, le général pensait renforcer sa relation personnelle avec les Français. Au terme de son mandat, fin 1965, ce fut donc tout naturellement qu’il déclara sa candidature à la présidentielle, tout juste dans les délais et sans daigner descendre dans l’arène, fidèle à cette attitude de « roi en exil » qu’avaient déjà relevé ses chefs, lorsqu’il était jeune officier.

Il y avait déjà eu, pour être tout fait précis, une autre élection présidentielle au suffrage direct, mais celui-ci n’était pas vraiment universel, puisque en étaient exclues les femmes. On connaît la suite : ce fut Louis-Napoléon Bonaparte qui emporta l’élection, avant de devenir Président à vie en 1851 puis empereur en 1852 après un coup d'État.

Retour en 1965, donc. Au terme d’une campagne accrocheuse de la gauche, contre toute attente, le premier tour ne vit pas le plébiscite que de Gaulle attendait, mais un ballottage qui l’opposait à un quadragénaire déjà très vieux : François Mitterrand. Ancien étudiant royaliste, évadé, fonctionnaire de Vichy puis résistant, Mitterrand avait été onze fois ministre sous la IVe République et avait failli disparaître politiquement en 1959, après le faux attentat de l'Observatoire (au sujet de cette ténébreuse affaire, relire le passionnant feuilleton de Marc Baudriller, publié sur BV durant l'été 2022). Durant cette campagne de 1965, ce politicien chevronné reconverti en candidat unique de la gauche s'attacha à dénoncer le « coup d’État permanent » du général de Gaulle, dans un régime qu’il estimait par trop plébiscitaire.

Le 5 décembre 1965, de Gaulle était à 44 % des suffrages et Mitterrand à 31 %. Affolement, dans les rangs gaullistes : il allait falloir payer de sa personne. C’est ce que consentira à faire l’homme du 18 juin, face au journaliste Michel Droit, à la télé. Acceptant de se mettre « en pyjama » face aux Français (une formule amusante, pour un homme que ses propres enfants n’avaient jamais vu sans cravate), il utilisa comiquement « le langage de Sganarelle », comme dira plus tard le socialiste Roger-Gérard Schwartzenberg : « On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant "l’Europe, l’Europe, l’Europe" ! » Et de joindre le geste à la parole. Il y eut aussi cette comparaison, dans la même interview, entre la France et une ménagère, qui voulait à la fois une machine à laver (le progrès) et que ses enfants ne rentrent pas trop tard (la sécurité). Commedia dell’arte, métaphores simples : carton plein pour l’époque. Pendant ce temps, les fidèles du Général tenaient meeting sur meeting.

En face, Mitterrand, qui avait débarqué dans la compétition grâce au retrait de Gaston Defferre (qu'on avait identifié, en 1964, comme le « Monsieur X » capable de battre de Gaulle), ne réussit pas à s’approprier les règles de la télévision et ne parvint pas davantage à sortir de son costume d’agressif intrigant. Et, le 19 décembre 1965, le général fut élu par 55 % des votants. Ce n’était pas un triomphe : la prise directe avec le peuple de France, si complexe et si indépendant, ne s’accommode pas des plébiscites… sauf en cas de bourrage de crâne, bien sûr, comme on le verra en avril 2002. Mitterrand, lancé en politique, ne cessera plus de jouer les premiers rôles, jusqu’à sa victoire de 1981. On découvrira alors que le coup d’État permanent ne le dérangeait pas tant que ça, s’il pouvait en bénéficier.

C’était il y a soixante ans. Comparaison n’est pas raison, mais ce petit souvenir devrait nous inciter à nous pencher sur la valeur des campagnes d’aujourd’hui… et des candidats aussi, bien sûr.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Le Général De Gaulle était un grand homme et dans tous les sens du terme. Il est donc normal que notre Jupiter qui rame dans la mouise à longueur de journée ne commémore pas cet évènement, au risque de rappeler à la plèbe sa nullité.

    • Cours et précis. Excellent
      Hélas nous sommes nombreux à regretter de ne plus avoir un Homme comme l’était le Général De Gaulle.
      Puisse-t-il reposer en paix car lui a accompli son devoir de français et son rôle de Représentant de la France sa seule maîtresse.

  2. C’est évident que ceux qui lui succèdent, ne risquent pas de commémorer ce Décembre 1965 où Ch. de GAULLE a été élu au suffrage universel. Ils se sentent tellement minables à côté de ce grand Chef d’Etat !

  3. Décembre 1965, de Gaulle élu au suffrage universel : pas de commémo
    #
    Pas de commémo, ça pourrait faire de l’ombre à Manu 1er!

  4. Suffrage universel …Expression de la souveraineté populaire et de la volonté générale dans un régime démocratique dit le dictionnaire Perso je ne retiens que « REGIME ».

  5. >>> Par ce lien direct, le général pensait renforcer sa relation personnelle avec les Français. <<<
    Par ce lien direct, le général pensait surtout à rehausser le niveau démocratique de la France et l'efficacité de ses gouvernements successifs !
    Car ne ressemblant en rien à la série de fâcheux qui lui ont succédé après avoir été mis en place par les ennemis acharnés de la France, le général a toujours accordé à la France la priorité absolue.
    On ne peut pas en dire autant de ses adversaires avec la situation désespérée qui en résulte !

  6. Même ce qui reste des gaullistes ne s’intéresse pas à cet anniversaire : c’est dire leur attachement à l’homme du 18 juin ! Quant aux macroniens, ils se sentent tellement supérieurs aux autres, à l’image de leur mentor qui méprise tout le monde et surtout les gueux qui ne savent pas voter proprement.

  7. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était la première élection retransmise en direct à la télé. Il n’y avaitr d’ailleurs pas que de la politique. Entre les résultats partiaux qui arrivaient au fur et à mesure, des pauses musicales. je me souviens de la toute jeune Sheila nous chantant Le Folklore américain (donnant déjà une idée de l’action vengeresse des US plus tard, notamment en mai 68). Si DeGaulle n’a été élu que par cette faible majorité, il ne faut pas oublier l’attitude de Tixier-Vignancourt (prédécesseur de JMLP à la droite française), ni celle de Lecanuet (prédécesseur centriste de Giscard) et qui allait précéder les hypocrites trahisons de Pompidou et Giscard en Mai 68 et lors du référendum de 69. N’oublions pas non plus un certain Barbu, citoyen lambda, qui fit quand même près de 1%

  8. Le Général n’est évoqué que par les politicards sans idée, alors pourquoi auraient-ils celle de le commémorer ?
    S’il est vrai qu’il est difficile de suivre la logique du Général dans sa politique algérienne, il n’a pas trompé les Français avec la constitution de la Ve republique. Hélas elle était taillée pour des grands hommes et non pas pour les minus habens qui lui ont succédé depuis 1974. Pour terminer il ne faut pas oublier les tripatouillages faits dans la constitution par ses successeurs dont le catastrophique Chirac qui était plus radical socialiste que Gaulliste.

    • Exact. J’en veux tout particulièrement à Chirac pour l’inscription du fumeux « principe de précaution dans la constitution » ! Et tout ça pour faire plaisir à des escrolos qui n’ont jamais voté pour lui. Ce qui prouve que la (fausse) droite est décidément la plus c… du monde !!! Inscrire dans la constitution un principe qui détruit la recherche scientifique est le summun de la bêtise !
      Evidemment cette conn…rie a été constitutionnalisée par le congrès mais non par un référendum. Les politocards détestent plus que tout donner la parole au peuple car ils veulent pouvoir faire leurs mauvais coûts en douce.

    • J’aurais dit que Chirac a été le pire president de la 5 e République. Dans ma candeur j’ignorais q’il puisse exister un Macron…

  9. Aucune commémo sauf celle de le supprimer !! il faut faire des législatives qu’avec les partis et non les coalitions et ensuite faire voter l’ensemble des deux chambres en même temps pour un président !! vu le QI de 30% des électeurs et tous ceux qui ne vont même pas voter cela devient inaudible !! les assistés et les 53% qui ne payent aucun impôts voteront toujours à gauche pour que cela continue !!

    • Entièrement d’accord et j’irais même plus loin. Les assistés et les 53% qui ne paient pas d’impôts devraient aussi être exonérés du droit de vote!

      • Nos amis Suisses disent que nous n’avons pas droit de vote mais seulement droit d’élection. En France ce sont ceux que nous élisons qui ont droit de vote. Sauf exception . Mais dans ce cas le pouvoir s’assied sur le vote du peuple. C’est ce qu’on appelle chez nous une démocratie. Un peuple qui ne jouit pas de démocratie ne peut pas y être éduqué.
        Ne pas confondre élire et voter. Voter c’est donner son avis, élire c’est donner sa voix, donc la perdre. Et quand on voit ce qu’en font ceux qui la convoitent…

    • Donc si on vous suit il faut revenir à l’élection du président par le congrès comme sous la 3ème et sous la 4ème.
      Vous justifiez cette idée en raison du fait que 30% des électeurs , selon vous, n’auraient pas un QI suffisant pour voter. Au fait quel est le vôtre ?
      Donc, si on laisse le parlement choisir le président, il faudra laisser des Delogu, des Ersilia Soudais, et autres Louis Boyard décider à votre place. Et je ne parle même pas du RN qui a voté, il y a peu, 40 milliards d’impôts sur les actifs dits « improductifs », ce qui prouvent que leurs « connaissances » en économie sont celles d’un enfant de 8 ans, qui plus est, arriéré.
      Alors oui ! Vous avez raison ! Faisons confiance au parlement ! :)

    • Presque d’accord avec vous sauf « et tous ceux qui ne vont même pas voter » Voter pour qui depuis ? et peut-être que si les votes blancs étaient reconnus il y aurait moins de non votants. Cela est vrai pour les élections locales et nationales. Mais ne pas les reconnaître arrange bien du monde assisté par la République. Reste que dans les 53 % qui ne payent pas d’impôts, j’en connais quelques uns même beaucoup qui se défoncent au travail toute l’année et qui payent par contre des taxes et charges devenus sans limites et hostiles à tout assistanat et qui ne votent surtout pas à gauche. Révisez quelque peu vos propos sur les 53 % qui sont plutôt du côté des assistés nécessaires ou inutiles de la Républiques qui n’ont je vous l’accorde aucun intérêt à ce que les choses changent comme bon nombre d’employés ou de rentiers du public et du parapublic qui payent des impôts mais qui n’ont eux non plus aucun intérêt à ce que les choses changent.

  10. Entièrement d’accord avec Costes, le gaullisme s’est bâti sur la trahison »je vous ai compris à Alger » et « vive l’Algérie française » à Mostaganem.( j’y étais en personne).
    On en paye les conséquences aujourd’hui.

    • Oui il y a eu trahison.Trahison des valeurs de la PATRIE.Il ne s’est pas contenté de retourner sa veste,il a condamné à mort les militaires pour qui la valeur Patrie étaient les racines de leur engagement.Pas que ceux du putsch,ceux aussi qui donnaient leur vie pour cet idéal.Il a interdit toute réplique militaire après les accords d’Evian alors que des soldats ,des civils étaient enlevés et assassinés.Il a interdit au Gal Katz d’intervenir pour protéger la population d’Oran.Il a renvoyé sur les quais les harkis qui s’étaient battus pour la Patrie.Il a fermé les yeux quand les familles de harkis se faisaient massacrer et a enfermé dans des camps ceux qui avaient pu fuir alors que ceux du FLN étaient honorés…et d autres crimes encore …OUI ,la trahison de ces valeurs a déroulé le tapis rouge à cette Gôche et cette Droite mondialisteS qui nous gouvernent aujourd’hui car la valeur Patrie est attribuée à l’EXtrême « Drouate » !!!

  11. Il n’eut pas ma voix. Car tromper les Pieds Noirs fut une forfaiture. Il avait raison sûrement, mais il l’avait dit. Ce fut un bouleversement de nos vies.
    Les Gaston Deferre, et bien d’autres. Dire qu’une minorité socialistes fait la pluie et le beau temps actuellement. Français, Agriculteurs, vous avez un cerveau ou un pois chiche en guise de cerveau. Réveillez-vous, car un jour viendra que vous ne serez plus chez vous. Vous l’aurez mérité.

  12. Ce fut un jour funeste. Conséquence du référendum de 1962 permettant l’élection du président de la république au suffrage universel. Et ce alors que, de l’avis de nombreux éminents juristes, ce référendum était inconstitutionnel. On se retrouve avec un président qui a constitionnellement beaucoup plus de pouvoirs que celui des états-unis! Et qui s’arroge en plus des pouvoirs exceptionnels en matière de défense et de relations internationales, le fameux « domaine réservé ». Tout ce pouvoir est tombé dans les mains du très perturbé Macron. Demain, peut-être dans celles du bambin Bardella ou celles de l’halluciné Melenchon. En lot de consolation, on nous avait dit que cette constitution permettait d’éviter l’instabilité politique. On constate aujourd’hui qu’il n’en est rien. Après s’être moqué de nous avec son « je vous ai compris », le grand charles s’était moqué de nous là dessus aussi.

    •  » Ce fut un jour funeste. Conséquence du référendum de 1962 permettant l’élection du président de la république au suffrage universel. Et ce alors que, de l’avis de nombreux éminents juristes, ce référendum était inconstitutionnel »
      Vous, vous devez être un électeur du RN et vous devez regretter l’Algérie Française. Le général savait que l’on ne pouvait pas continuer à envoyer le contingent, 400 000 soldats par an, alors que les autochtones dans leur majorité ne voulait plus de nous. Savez vous que Mitterrand qui a aboli la peine de mort est le même Mitterrand qui a signé, sans barguigner, des dizaines d’executions de membres du FLN lorsqu’il était garde des sceaux de la 4ème !!!
      Quant à votre pitoyable argument d’autorité à deux balles selon lequel d’éminents juristes étaient contre, qui sont vos juristes ? Des juristes socialo-communistes et des politiciens de gauche. Ainsi le président du Sénat, Monerville est même jusqu’à qualifier le réfendum de « forfaiture ». Il est vrai que demander l’avis du peuple empêche les politocards de faire leur petite tambouille sur leur petit feu.
      Macron avec ses législatives surprises et son barrage de castors a détruit le fait qu’on ne peut gouverner qu’avec une majorité. D’ailleurs si votre argument était valable, Macron dissoudrait l’assemblée pour retourner devant les Français. Mais il sait que la maconnerie serait balayée et qu’il serait alors poussé à démissionner. Or il adore jouer au président.
      Il suffit de regarder les clowns des différents partis pour comprendre qu’il ne faut par faire confiance aux politocards et que la seule et unique légitimité en démocratie c’est le peuple !

  13. Il s’agit simplement d’un oubli bien compréhensible de la part d’un gouvernement dont la culture historique ne saute pas aux yeux !

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