[POINT DE VUE] En Chine, les pays du Sud organisent un sommet contre l’Occident
La ville de Tianjin est une vaste cité portuaire chinoise, située non loin de Pékin. Anciennement sous administration française, Tianjin est aujourd’hui complètement sortie de nos radars. C’est bien dommage, car c’est là-bas que s’est ouvert, dimanche 31 août, le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).
Cette organisation d’Asie Centrale a été fondée en 2001 par la Chine, la Russie et quatre Etats centrasiatiques (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan). Elle avait initialement pour but de permettre la coopération entre les deux géants du monde asiatique, autour d’États pivots qui ont ouvertement, et par la force des choses, une politique « multivectorielle », pour reprendre les mots de l’ancien président kazakhstanais Nazarbaev, c’est-à-dire opportuniste. Rapidement, l’OCS, qui était un partenariat commercial et militaire, est devenue un banquet des méchants de James Bond : avec l’arrivée de l’Inde et du Pakistan (2016), de l’Iran (2021) et de la Biélorussie (2024), ses objectifs se sont affinés. Il n’est pas exagéré de dire aujourd’hui qu’il s’agit d’une OTAN destinée aux pays du « Sud global », comme on dit, même si tous ces pays sont dans l’hémisphère nord.
Concurrent direct de l'hégémonie américaine
A Tianjin, les rues sont pavoisées de banderoles annonçant en russe, en chinois et en anglais : « Se retrouver à Tianjin pour une coopération gagnant-gagnant ! ». La Chine a bien compris où était son intérêt : malgré la rigidité –très communiste- du ballet officiel des limousines, malgré les avenues rectilignes dégagées de toute circulation, le pouvoir chinois se montre bien plus souple que l’Occident, dont il a décidé de prendre le contrepied. Ce sommet tombe à pic : l’invité d’honneur en est Narendra Modi, Premier ministre de l'Inde, qui vient de se voir infliger des droits de douane léonins par un Trump peu soucieux d’entente cordiale.
Par ailleurs, le sommet de l’OCS accueillera un nombre inédit d’États « observateurs » (nos confrères du Monde citent l’Egypte ou encore la Malaisie), sur le modèle otanien. L’agenda de Xi est donc très clair : en organisant en grande pompe un sommet international, sans égards pour une ONU moribonde ni pour une OTAN très idéologisée, la Chine se pose en concurrent direct et crédible de l’hégémonie américaine. En creux, on pourrait dire qu’elle dispute ce « leadership du Sud global » à la Russie –mais on verra ça quand la guerre en Ukraine sera terminée. Pour l’heure, ce qui est certain, c’est que l’Occident est de moins en moins crédible, de plus en plus affaibli –et ce par sa propre faute, puisque cet affaiblissement résulte de sa posture de donneur de leçons.
Contre-narratif de la Russie
Concrètement, ce sommet est par exemple l’occasion d’entendre le contre-narratif de la Russie : au sujet de l’Ukraine, Vladimir Poutine a affirmé ce lundi que « cette crise n’a pas été déclenchée par l’attaque de la Russie en Ukraine, elle est le résultat d’un coup d’État en Ukraine, qui a été soutenu et provoqué par l’Occident », tout en qualifiant d’ « obsolète » le modèle euratlantique. Xi Jinping a enfoncé le clou en fustigeant la « mentalité de guerre froide » des Occidentaux. Narendra Modi, lui, a publié sur X une photo de sa rencontre avec Poutine, accompagnée de ce commentaire : « Toujours un plaisir de rencontrer le président Poutine ! ». Là aussi, le message est clair : l’Occident, et à sa tête le président des États-Unis, imposera peut-être ses droits de douane, mais pas sa vision du monde.
Had an excellent meeting with President Putin on the sidelines of the SCO Summit in Tianjin. Discussed ways to deepen bilateral cooperation in all sectors, including trade, fertilisers, space, security and culture. We exchanged views on regional and global developments, including… pic.twitter.com/DhTyqOysbf
— Narendra Modi (@narendramodi) September 1, 2025
Dans cet échiquier géopolitique en pleine reconfiguration, nous faisons bien pâle figure, avec nos ministricules et nos dissolutionnettes. L’entretien sous-préfectoral de notre Premier ministre ne risque pas de dissiper, aux yeux d’un monde dynamique et décomplexé, la persistante impression de décadence qui s’attache à notre pays.
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38 commentaires
Chienlit ou dictature : c’est donc la seule alternative ?
» par sa propre faute, puisque cet affaiblissement résulte de sa posture de donneur de leçons. » Cet affaiblissement résulte de sa repentance systématique.
Mais le contre-narratif de la Russie n’est il pas l’expression de la vérité ? Il me semble que ce point est aujourd’hui largement documenté, et par les USA eux mêmes…
Ce que vous appelez pudiquement « le contre narratif de la Russie » a été créé dès 1917 par la Tcheka, puis par le NKVD puis par le KGB. Il s’agit d’une méthode d’intoxication très sophistiquée consistant à faire prendre des vessies pour des lanternes à des gogos incultes en Histoire, en Sciences Politiques et en économie. L’actuelle campagne de calomnie qui accuse Israel de commettre un prétendu « génocide » est le dernier avatar en date de cette méthode créée par le Komintern dès les débuts de l’URSS.
Si cela a été documenté par les Américains c’était pour démonter le processus de mensonge élaboré par un pouvoir totalitaire dont Poutine est l’héritier.