[POINT DE VUE] Euthanasie : à moins d’un miracle…

Le vote est repoussé de 24 h. Cela sera-t-il suffisant pour que les Français réalisent l'aspect mortifère du projet ?
euthanasie fauteuil roulant dépendance
Photo de Annabel Podevyn sur Unsplash

Adopté en première lecture à l’Assemblée, le projet de loi sur l’euthanasie a été retoqué par le Sénat. Selon le principe de la navette parlementaire, le voici donc revenu à la chambre basse pour un vote qui devait se dérouler ce mardi. Yaël Braun-Pivet vient d’annoncer que ledit vote allait être repoussé de 24 heures. Mais cela sera-t-il suffisant pour que les Français s’aperçoivent du caractère mortifère d’un tel projet ?

N’importe qui pourra demander à mourir

Le texte qui va être examiné ne prévoit plus seulement une « aide active à mourir » dans les cas les plus graves, dans une sorte de prolongement – déjà coupable en soi - de la loi Claeys-Leonetti, qui traitait ces sujets avec beaucoup de délicatesse. Pour résumer les choses, n’importe qui pourra demander à mourir, même si sa maladie n’est pas grave : la notion de « phase avancée » a été retirée du texte. Il n’y aura pas de clause de conscience pour les établissements hospitaliers. La commission des finances a par ailleurs refusé d’instaurer une commission d’évaluation chargée d’estimer, au cas par cas, la recevabilité des demandes d’euthanasie ou de suicide assisté. Trop cher, paraît-il. Tout comme elle a rejeté quelque 150 amendements destinés à encadrer plus fermement le « droit à mourir ». En clair : aucun garde-fou n’est prévu pour résister à « la volonté absolue des Françaises et des Français de conquérir ce nouveau droit », selon les paroles terrifiantes de la députée insoumise Élise Leboucher, dont le patronyme aura rarement été aussi bien porté.

Il y a au moins deux sujets d’inquiétude, pour commencer. D’abord, on refuse de dire les termes. Les députés qui sont en faveur de cette loi refusent de parler d’euthanasie ou de suicide assisté. La loi s’appellera simplement « fin de vie ». En soi, c’est déjà suspect : comme tous les régimes dictatoriaux, la République française, dans son état de décomposition actuel, utilise la langue de coton pour anesthésier les éventuelles oppositions. Pour une fois, la reductio ad Hitlerum est plutôt éclairante : les nazis utilisaient le terme de Gnadentod (« mort miséricordieuse »). La mort donnée comme service rendu : nous y voici, de nouveau, 90 ans après le IIIe Reich. Ensuite, on se précipite pour que cette loi soit adoptée rapidement : « avant l’été », dit la présidente de l’Assemblée nationale. Un bien joli cadeau avant de partir en vacances. Papi et Mamie ne vont plus dans la cuisine pour manger la bûche, comme au temps des Noëls du Covid-19. Ils partent directement, sur simple demande, dans une boîte en sapin, pour filer la métaphore arboricole. C’est ce qu’on appelle le progrès, à n’en pas douter.

L’amour de la mort est la marque d’une révolution

Et puis, il y a un sujet de préoccupation plus profond que le champ lexical, plus grave que l’excitation frénétique qui pousse les partisans de l’euthanasie à vouloir une adoption rapide du texte. Ce sujet, c’est la mort. Les demi-habiles avaient ironisé sur saint Jean-Paul II quand il avait fustigé la « culture de mort ». C’était une stupidité évidente que de s’en moquer : la vérité s’étale désormais sous nos yeux. Qui ne voyait le caractère diabolique de l’inscription de l’avortement dans la Constitution, en grande pompe et sous les rires ? Qui ne voit le caractère tout aussi diabolique de cette loi sur la mort pour tous ? L’amour de la mort est la marque d’une révolution, au sens littéral du terme : ce qui vient des égouts est porté aux nues, ce qui devrait briller au firmament est jeté dans les caniveaux de la dérision. « Nous aimons la mort comme vous aimez la vie » : ces paroles de Mohammed Merah, adressées au négociateur du RAID lorsque le terroriste était retranché dans son appartement toulousain, la représentation nationale pourrait les faire figurer au fronton du palais Bourbon. À moins d’un miracle lors du vote…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 01/03/2026 à 0:44.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

91 commentaires

  1. Mais qui a voté pour ces 30% de paltoquets députés ? et pour ce roi inconscient ? il y a bien des électeurs derrière, il faut dire que lorsque l’on supprime la taxe d’habitation alors qu’elle était nécessaire pour la tenue de nos communes et lorsque l’on sait qu’en France seulement 47% payent l’IRPP tandis qu’une bonne partie des 53% attend le bec ouvert toujours plus d’avantages et d’assistanat ? 3 millions de RSA sans aucune vérification, les chômeurs pareil ,des immigrés illégaux hébergés dans des hôtels et aidés ? etc.. et la liste serait longue!! Qui aura assez de plomb dans la cervelle aux prochaines municipales et présidentielles de se poser la question suivante ; lequel de la vraie droite aura la poigne et la franchise pour nous sortir de notre caniveau?

  2. En cinquante ans , légalisation de l’avortement , abolition de la peine de mort puis euthanasie pour les vieux .
    Avec la mort à géométrie variable la France a perdu son âme et son existence .

  3. Le miracle serait que l’esprit Saint face réaliser subitement aux députés qui ont encore une conscience la portée de ce qu’ils s’apprêtent a voter.

  4. Pardonnez la faute dans mon message précédent : la justification de cette loi TIENT en une phrase : un mort en bonne santé coûte moins cher qu’un vivant bien portant.

  5. Ce débat, qui devrait être très sérieux, est honteusement dévoyé par ses adversaires qui osent évoquer
    le troisième Reich ou je ne sais quelle obligation ou déviation ! Ils sont en réalité inspirés par leur religion
    dont ils n’osent même pas invoquer la référence ! Seules les fins de vie douloureuses et irréversibles sont
    concernées et j’y rajoute la liberté individuelle qui n’appartient à personne d’autre que soi-même.

    • ouf je respire! Je me sens moins seule en vous lisant. Cela relève de l’intime. Je vénère Marie, je suis sensible, classée facho si j’en crois les critères actuels, et je suis pour choisir ma mort dernière étape de la vie.

  6. La loi sur l’euthanasie n’est que le droit de tuer en toute impunité ( sous prétexte de maladie incurable , de souffrance ) sans même demander l’avis de la personne !
    Juste une loi pour dégager les vieux parents qui gêne et récupérer le peu d’argent qui leur permettait de vivre dignement !
    Cette loi n’est que le prolongement de la loi sur l’avortement sans aucune condition ( elle remplace maintenant la contraception ) !!!

    • Je pense comme vous hélas ….

      .Je parlais de « dérives » il y a quelques semaines, que n’avais je pas dit, je me suis pris des commentaires pas cools, bah voilà on va voir ce qui va venir, rien de bien réjouissant en tous cas pour l’ancien soit seul et qui ne pourra pas se défendre ou avec une famille pas formidable ….ou des handicapés comme moi, seule aussi, si je ne suis plus état de décider

      Et les handicapés mentaux……

      J’ai l’impression de voir le cauchemar lu dans certains livres, sur une époque qu’on croyait « révolue » bah non qui revient au grand galop

  7. Ce qu’une loi a fait, une autre loi peut le défaire. Que la droite nationale ne s’engage-t-elle pas à abroger cette loi (parmi d’autres!) si elle parvient au pouvoir? Les partis oublient qu’un engagement d’abrogation peut mobiliser nombre d’électeurs.

    • même avis : que les partis prennent position…mais attention, ils auront dû voter contre tout dans cette loi inconcevable…sinon, les annonces resteront au stade « électoral », une promesse

    • Personne ne pourra remettre en cause loi cette et certainement pas le RN qui ne voudra pas le faire si il arrive au pouvoir.

    • Contrairement à vous je pense que ce n’est pas question d’être de droite ou de gauche. C’est de l’ordre de l’intime et au moins qu’il n’y ait pas de mot d’ordre pour ce vote.

  8. Je confirme, je ne suis pas favorable à cette loi, des dérives il y a en avoir et pas seulement pour des gens qui veulent vraiment mourir, les gens âgés seuls ou les handicapés, seront des « cibles » car coutant trop cher à la société, on en reparlera

  9. On aura tout vu en quelques mois. Panthéoniser le père de l’abolition de la peine de mort, constitutionnaliser l’avortement, bientôt « l’aide à mourir » dans la loi et gare à ceux qui évoqueraient des valeurs morales ou s’étonneraient de ces concomitances contradictoires. Monsieur le président et vous les députés, je ne vous envie pas.

  10. Quand la courbe de la démographie médicale dégringole et croise la forte courbe ascendante du nombre de personnes âgées, de personnes invalides, d’handicapés, de cancéreux (progression fulgurante sur 10 ans) , de dépressifs profonds, de personnes détruites par les drogues, le point de contact engendre cette monstruosité : le meurtre de masse légal. Pas dans des camps de concentration, mais au cas par cas dans les chambres individuelles des hôpitaux. Loin des médias.
    Tout coûte trop cher. Sauf l’AFD, l’AME, etc…
    IL FAUDRA ANNULER CETTE LOI DÈS 2027 !!!

    • vous oubliez que 80 % des Français sont favorables à cette loi, donc aucune « chance » qu’elle
      soit abrogée ( sauf par une dictature éventuelle …)

  11. Cette loi sur l’euthanasie ne serait-elle qu’un moyen d’économiser des soins palliatifs très coûteux ? Macron préfère gaspiller les milliards ailleurs. Il se fout de la souffrance des Français. Il ne mérite pas de diriger la France.

  12. « Les Français ne réalisent pas l’aspect mortifère du projet de réforme ». Normal : les Français sont des imbéciles, enfin ceux qui se battent pour la liberté. Il n’y a bien entendu que les opposants à la réforme qui soient intelligents. Vous ne vous battez pour la liberté que lorsque celle-ci concerne les sujets qui vous préoccupent.

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