Affaire La Furia : la Commission paritaire de la presse, ou l’État profond médiatique

Le magazine La Furia vient d'en faire les frais : qui dispose d’un quasi droit de vie et de mort sur les publications ?
LA FURYA

Le magazine satirique La Furia, fondé en 2022 par Laurent Obertone, Papacito et le dessinateur Marsault, a perdu, en juillet 2025, son agrément presse délivré par la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP). Cet agrément est pourtant capital pour tout titre de presse, puisqu’il permet de bénéficier du taux de TVA réduit (2,1 % à la place de 20 %), de tarifs postaux préférentiels et des aides publiques à la presse. Il impose une obligation de vente pour les kiosques et autres distributeurs.

Boulevard Voltaire avait, récemment, relaté cette affaire : des plaintes avaient été déposées par SOS Racisme et SOS Homophobie pour propos racistes, sexistes et LGTBphobes dans deux numéros de La Furia. Sur la base de ces plaintes, pourtant désormais classées sans suite, la CPPAP a considéré que plusieurs contenus du magazine seraient « susceptibles de faire l’objet de poursuites pénales », notamment pour discrimination, et que La Furia perdrait de ce fait son caractère d’intérêt général nécessaire pour bénéficier de l’agrément. On peut, dès ce stade, s’interroger sur l’interprétation par la CPPAP de cette notion d’intérêt général, notion définie dans la réglementation applicable comme « instruction, éducation, information, récréation du public », cadre dont on peut tout à fait considérer qu’il s’applique aisément à une publication satirique.

La Furia tente de survivre

 

La Furia a déposé un recours contentieux au tribunal administratif contre la décision de la CPPAP, mais le délai prévu de procédure de deux ans induit des conséquences économiques dramatiques pour la publication. Laurent Obertone court les plateaux pour défendre sa cause et pousser les abonnements afin d'assurer la survie de sa publication.

Cette affaire amène à s’intéresser à la CPPAP, qui dispose donc d’un quasi droit de vie et de mort sur les publications, puisque son agrément déclenche toute une série d’avantages économiques et fiscaux critiques pour les acteurs de la presse écrite. La CPPAP régule également les services de presse en ligne et les agences de presse.

On ne trouve pas grand-chose, sur le site de la CPPAP, où le dernier (et seul) rapport d’activité publié date de 2021. On comprend que la commission est organisée de façon paritaire entre représentants de l’État (Culture et Communication d’un côté, Économie et Finances de l’autre) et de professionnels de la presse, le ministère de la Culture indiquant que la présidence revient à un membre du Conseil d’État. Il faut aller sur le site du Journal officiel pour connaître la composition de cette commission, renouvelée le 2 septembre dernier par arrêté du ministre de la Culture Rachida Dati.

On y apprend que la présidente est Laurence Franceschini, en place depuis le 24 février 2017 mais déjà membre en 2007 et 2010, comme l’indiquent les arrêtés publiés au Journal officiel. La présidente de la CPPAP a d’ailleurs un parcours « exemplaire » de haut fonctionnaire spécialisé dans le secteur des médias et de l’audiovisuel. Énarque et conseiller d’État honoraire, elle a été directrice juridique du CSA (régulateur de l’audiovisuel prédécesseur de l’Arcom) entre 1991 et 1999. Outre l’accession au Conseil d’État - sorte de bâton de maréchal dans le microcosme stato-judiciaire -, elle a accompli une carrière ascendante entre services du Premier ministre (sous Jospin et Raffarin) et ministère de la Culture, sans compter des postes d’administrateur dans les opérateurs publics Arte ou AFP.

Treize fonctions !

L’instructive consultation des 49 arrêtés concernant Laurence Franceschini et du site lesbiographies.com nous apprend également que la patronne de la CPPAP cumule de multiples activités qui en font une personnalité tout à fait importante de l’écosystème médiatico-étatique, avec pas moins de treize fonctions. Outre la présidence depuis huit ans de la CPPAP, elle joue un rôle important dans :

  • les médias publics : elle est membre du comité d'éthique de France Télévisions, du conseil d’administration de France Médias Monde (RFI, France 24, InfoMigrants…) ;
  • les autorités administratives : elle est aussi membre de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) et de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) ;
  • l’écosystème médiatique : elle fait partie de la commission du réseau de la diffusion de la presse, de la commission des sondages ; elle est médiatrice du cinéma ;
  • la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) : elle y préside une formation de jugement depuis 2016 via différents arrêtés du vice-président du Conseil d’État.

Pour s’évader un peu de l’univers médiatique, la présidente du CPPAP est également présidente titulaire de la chambre disciplinaire nationale de l'ordre des pédicures-podologues et présidente titulaire de la section des assurances sociales du Conseil national de l'ordre des pédicures-podologues. Voilà donc le profil de la personne qui a, au final, décidé que La Furia, magazine satirique non à gauche, ne remplissait pas ses obligations d’intérêt général.

Cette affaire La Furia permet ainsi de s’intéresser à la CPPAP et sa gouvernance, un maillon peu identifié mais crucial de l’État profond médiatique, en cette fin d’année 2025 marquée, ne l’oublions pas, par l’éviction de C8 du PAF, à la suite d'une décision de l’Arcom non remise en cause par le Conseil d’État.

Picture of Georges Le Breton
Georges Le Breton
Haut fonctionnaire en activité, spécialiste des politiques publiques.

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Les messages cachés des chaînes publiques.
    Sous le couvert de feuilleton populaire comme ( un si grand soleil ) la diffusion presque journalière d’une idéologie gauchiste.
    Dernier petits exemples : le petit paysan confronté à la sécheresse, souhaitant créer une retenue d’eau (
    méga bassine) devient l’agresseur de ces voisins écologistes.
    Un restaurateur qui refuse l’accès à deux personnes de peau noire , à priori simplement pour pouvoir le traité de fachos ( propos de l’acteur )
    Soyons vigilants.

  2. CPPAP, Conseil d’Etat, Conseil Constitutionnel, Cour de cassation, Parquet National Financier : florilège des fortifications soigneusement érigées par la gauche dans le seul but d’éliminer tout opposant. Efficacité redoutable. Si le RN prend le pouvoir, gare à ses fesses.

  3. et elle a encore le temps de travailler cette bonne dame ?
    elle démontre le noyautage de la gauche dans toutes les instances !!! alors qu’elle ne représente rien et personne

  4. D’autre journaux, tels que Charlie Hebdo par exemple, présentent des contenus susceptibles de choquer ou de faire l’objet de poursuites pénales, mais comme ils sont de gauche, aucun problème. Quel sera le prochain média soumis à cette censure ?

  5. Conclusion : une professionnelle des fonctions d’Etat qui a besoin de cumuler les « postes » aussi divers que variés, pour bénéficier d’un salaire misérable, et pour une fourchette basse, très basse….de 150 à 200 000 euros par mois ? Une misère vous dis-je pour une énarque de gauche évidemment….

  6. En gros, la CPPAP une structure non élue qui procure des sinécures grassement payées d’argent public aux gens qui composent la gauche parasitaire…… et que la venue au pouvoir d’une vraie droite amènerait à la mendicité attendu que pas une boîte privée tenue à une obligation de résultat ne les embaucherait.

  7. « Je suis FURIA » et E Musk a raison sur une prochaine guerre civile, puisque l’on veut museler l’inmuselable ! et Libé, l’Huma, le Monde, le Canard ….??

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