[POINT DE VUE] Montée des tensions Europe/États-Unis : avons-nous les moyens de nous fâcher ?

Face à un Trump décomplexé, l’Europe proteste, tergiverse et s’« impuissantise »...
Capture d'écran Élysée – Présidence de la République française
Capture d'écran Élysée – Présidence de la République française

À l’heure où nous écrivons ces lignes, Donald Trump a terminé son discours au sommet du Forum économique mondial de Davos. Il a voulu temporiser sur sa supposée brutalité vis-à-vis du Groenland (« Nous n’utiliserons pas la force »), tout en rappelant que, finalement, ce grand morceau de Danemark n’était, pour lui, qu’un « bloc de glace ». Il a également distillé quelques éléments de langage sur l’ingratitude de l’Europe, que ce soit sous les espèces de l’UE ou de l’OTAN : « Qu’est-ce que les États-Unis retirent de tout ce travail, de tout cet argent, autre que mort, destruction et des sommes d’argent colossales qui vont vers des gens qui n’apprécient pas ce que nous faisons ? Ils n’apprécient pas ce qu’on fait, je parle de l’OTAN, je parle de l’Europe. C’est à eux de s’occuper de l’Ukraine, pas à nous. Les États-Unis sont très loin, un grand et bel océan nous sépare. Nous n’avons rien à voir avec ça. » Difficile de lui donner complètement tort…

En face de lui, Keir Starmer a beau dire qu’il ne pliera pas, il continuera à lui ramasser ses papiers quand ils tombent par terre, comme dans cette séquence d’humiliation en règle qui a fait le tour des réseaux sociaux. Emmanuel Macron, lui, en a pris pour son grade, ces derniers jours, probablement parce qu’il a essayé de s’opposer, quoique très vaguement et sans aucun poids concret, aux volontés dominatrices des États-Unis. « Il n’en a plus que pour quelques mois », a dit Trump, plus tôt dans la semaine. Cette fois, il s’est fait plus mesquin, plus drôle aussi : « Je l’ai regardé hier avec ses belles lunettes de soleil... Qu’est ce qu’il s’est passé ? Mais je l’ai vu jouer le dur à cuire. » Il faut dire que ces lunettes de soleil, avec leurs verres au mercure très eighties, avaient de quoi faire sourire. Nous, pauvres Français, ne prêtons même plus attention à la honte que cet homme fait peser sur nous.

Pas de logiciel européen souverain

Alors, comme ça, l’Europe va se fâcher ? Mais comment ? Certains, dans l'Union européenne, voudraient surveiller les exportations d’armement - qui sont l’un des fleurons français, au passage - mais donneraient surtout un coup de fouet à notre autonomie stratégique en développant nos capacités de production militaires. L’Allemagne et la Pologne et d'autres encore, pour leur armée de l’air, ont préféré choisir le F-35 américain plutôt que le Rafale français. Le Royaume-Uni n’a rien dit, en 2021, quand l’Australie, au nom de l’accord AUKUS, a annulé sa commande de sous-marins auprès de Naval Group pour se retourner vers son maître américain et rentrer sagement au bercail. Et nous-mêmes, Français, avons renouvelé le contrat de la DGSI, notre service de renseignement intérieur, avec la société américaine Palantir, détenue par un proche de Trump qui souhaite rendre l’Amérique « plus meurtrière ». Ce contrat porte sur le stockage et la gestion de données sensibles. Nous n’avons pas été fichus, avec 27 pays membres, en ayant renoncé à notre souveraineté régalienne tous azimuts pour un illusoire paradis économique commun, de construire un logiciel européen souverain.

La vérité est simple, bête et triste : nous n’avons, pour le moment, pas le début d’un levier. Comme l’a brillamment dit le général de Villiers, nous passons notre temps en réunions, protestations, colloques, comme l’URSS finissante. Pendant ce temps, les États puissants agissent. Sommes-nous condamnés à rester un pays verbeux, verrouillé par le Parti socialiste (1,5 % en 2022, mais tous les pouvoirs dans les cercles de décision), soumis à Bruxelles malgré l’incapacité de ses dirigeants non élus ? 2027 semble bien loin…

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

81 commentaires

  1. Il y a quelques mois j’annonçais que la France mourrait et que nous regardions sans bouger, maintenant c’est au tour de l’Europe et nous assistons à sa mise à mort par ses propres gouvernements toujours sans bouger. Trump nous alerte mais toujours rien à l’horizon.

  2. J’entends des experts avisés, qui ont du trumpisme des idées immuables au point que même si la réussite de sa politique éclatait en chiffres et en rayonnement, trouveraient à redire. Pour la raison simple qu’il trahirait leur idéologie, qui a raison sur tout. On entend en particulier deux arguments insensés, proférés avec cette évidence qui fait rire la réalité : 1) Grâce à Trump, l’Europe a pris conscience d’elle-même. Comme si, miraculeusement, les 27 allaient parler d’une seule voix, d’une seule langue, et que soudain, ce qui n’a pas été possible durant un demi-siècle allait se réaliser, c’est à dire que Paris ou Berlin allaient se sacrifier pour Varsovie attaquée. Comme si, tout d’un coup, contre l’Amérique, un bloc se constituerait. Ce serait oublier le tropisme qu’exerce l’Amérique sur beaucoup de pays européens, qui la préfèrent encore contre vents et marées. Imagine-t-on l’Europe sous le chapeau de Macron, même en lunettes de soleil de gros dur, avec, dans la poche, le parapluie nucléaire ? La deuxième erreur entendue à l’envi est d’énoncer que jamais le général de Gaulle n’aurait plié, mais la France d’aujourd’hui n’est pas celle du général, elle a dérivé, elle s’est dégradée, elle s’est dénaturée, elle est devenue la quatrième république de toutes les combines et de toutes les submersions immigrationnistes. Bref, sa créolisation patente en a fait un Etat qui n’est plus la France que Trump a aimée, et qu’il aime encore certainement, se désespérant (comme d’autres Etats européens) de la voir sombrer dans le déni d’elle-même, de son hsitoire et de sa grandeur. J’ajoute ceci : si l’antiaméricanisme était de bon aloi hier, aujourd’hui, il est suicidaire. Au lieu de pleurer sur le Groenland perdu (qu’aun projet européen sous légide du Danemark aurait pu rendre « sympathique » ), tachons de voir, avec l’Amérique de s’en faire un avenir.

  3. J’ai coutume de dire que Vladimir Poutine joue aux échecs et qu’Emmanuel Macron joue à la belote. Je dirais que Donald Trump joue au poker, il sait bluffer et c’est probablement un bon joueur de poker, avec une nuance toutefois … il a une très bonne main et il le sait ! L’Europe ? C’est le candide de service qui arrive dans un cercle de joueurs chevronnés et qui finit la partie en laissant sa montre et ses godasses sur la table de jeu.

  4. Pourquoi personne ne s’intéressait au Groenland avant que Trump en parle?
    Un territoire autonome aujourd’hui peuplé de 56 habitant sur une surface de 4 fois la France. De qui se moque-t-on? En quoi ça gène que les USA protègent cette partie du nord de la terre contre les Russes et les Chinois? Tout le monde s’en fout à vrai dire comme de l’Ukraine qui a fait partie des Russies depuis l’origine.

  5. Europe 450 millions d’habitants. USA 350 millions d’habitants. A votre avis, quelle est la contrée la plus innovante, la plus entreprenante, la plus productive, la plus riche, la plus puissante, la mieux gouvernée, qui se fait respecter ?

    • T’as raison: l’Europe n’est qu’une « contrée ». Ne parlera ja-mais d’une seule voix. Donc… c’est mort. Faut Frexit et reprendre nos souverainetés nationales. Chacun avec ses qualités et ses moyens. Accords bipartites (ou pluri) au coup par coup.

  6. Trump sera-t-il considéré par l’histoire comme un génie ? Celui qui nous aura libéré de l’OMC, du mondialisme, de l’OTAN, du wokisme, de l’immigrationnisme, de l’islamisme, du narco-terrorisme, de la sino-dépendance, de l’ONU, des mollahs, de Maduro, et de … l’UE bruxelloise ? Ou bien nos journalistes s’acharneront-ils à ne voir en lui qu’un cow-boy vulgaire et brutal ?

    • Je suis OK avec toi. Trump doit continuer son travail de désorganistion de cet ordre planétaire qui nous a – tous – mis dans ce mer… r !

    • Je vois Poutine regarder ce qui se passe a Davos avec ses jumelles en bois , il est hilare , plié en 4 de rire , il jubile . Non seulement les Européens ne le refoulent pas d’Ukraine , dans ses steppes sibériennes incultes , dont personne ne veut , mais il regarde Macron qui , avec ses lunettes de contrefaçon « Ray-Ban’S » , monture en Fibre de cosses de Fèves et Verres opaques bleu Méditerranéen en « BacketLite » de chez « Kiloutou » , menace Trump de lui confisquer l’O.T.A.N si il s’avise d’envahir le Groenland qui est à NOUS ! « A NOUS le Groenland » crie Macron , armé de ses « Ray-Ban’S » de contrefaçon , en tête de cortège ……… « A NOUS le Gros and Land » répètent en cœur les 4 ou 5 Z’Européens qui le suivent parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire ce jour là …… pendant que Poutin , avec ses jumelles en bois « , plié en 8 ……………

  7. L’europe, c’est surtout l’Allemagne en fait. Le macron a beau s’agiter et vouloir faire le grandil n’impressionne personne. Si on veut vraiment retrouver un peu d’autonomie en France, il faut envoyer balader l’Allemagne qui ne joue que pour elle et l’UE qui lui mange dans la main. Le Trump, bien qu’un peu excessif, est plutôt réaliste de ce point de vue.

  8. Ça n’est pas nouveau. 80% de nos emmerdes sont duent aux ecolos. La baisse du pouvoir d’achat, le coût de l’énergie, la crise agricole, le chômage, tout résulte des utopies écolo

    • La France après 10 ans de Macronisme. On est fâché avec les Russes, on est fâché avec Israël, s’est fait jeter de l’Afrique, l’Allemagne s’essuie les pieds sur nous et maintenant on est en train de se facher avec les États Unis… Par contre on n’est pas fâché avec l’Algérie qui détient un otage Français dans ses prisons et on « maintient les contacts » avec l’Iran. Je me demande si Macron n’a pas lu le mode d’emploi à l’envers, de droite à gauche comme on lit les livres arabes…

  9. Un seul chiffre : 70% des entreprises ( entreprises, hôpitaux, administrations etc ) européennes stockent leurs données sur le cloud…américain.

  10. Derrières leurs lunettes noires les faux Q et les irresponsables prétendent avoir tous les moyens et voler au-dessus des nids de coucou auquel mot il convient d’enlever le premier u et le deuxième o pour que le choses soient bien lisibles et peut-être non censurés.

  11. Il est, depuis deux jours, tellement risible, presque drôle, de voir maints « posts » réclamant la guerre économique avec les USA. « Feu, allons-y, Trump est fou, » etc. Observons simplement : avec une dette abyssale, la France ne peut être indépendante. Avec une réduction de 77% par les USA de leur déficit commercial tandis que rien ne se passe en France, aucune chance. Avec des droits de douane qui font revenir les dollars sans faire monter les impôts cependant qu’en France c’est open bar pour la Chine avec les impôts sont livrés aux caprices socialistes, c’est encore mal parti. Et surtout avec 75.000 défaillances d’entreprises en 2025, c’est sûr les américains tremblent. Alors, les courageux, on taxe – ce qu’on sait tellement bien faire (par exemple) – les moteurs d’avions civils, les médicaments – notre santé est tellement florissante que nous sommes sans doute aucun fins prêts ? Macron, que Trump a parfaitement cadré : »Il a voulu jouer au dur ».

    • Sans compter que, fâchés avec la Russie, nous sommes devenus dépendants du gaz US. Il y a vraiment de quoi faire les malins.

  12. Donald veut le Groenland soi disant pour nous protéger et protéger les USA.
    Il me semble qu’il suffirait qu’il installe des bases surarmées comme les US ont toujours fait pour contrer les Soviétiques et les Chinois, des bases au Japon, en Europe de l’ouest, aux Philippines…
    Je pense qu’il veut juste s’accaparer ce que contient éventuellement le sous-sol et pouvoir l’exploiter à sa guise! Et si le sous-sol ne vaut rien, il aura la gloire d’avoir ajouté un état aux US

  13. Donald Trump cherche à montrer les muscles mais il fait l’unanimité contre lui au sein de la communauté internationale.
    Même les mouvements d’extrême droite (qui d’habitude lui servent la soupe) le désavouent, désormais.
    Aux États-Unis, les Américains regrettent ouvertement de l’avoir élu.
    A la mi-décembre 2025, 39% seulement des Américains (contre 47% en Janvier) se déclarent en accord avec Trump, selon le baromètre Reuters-Ipsos publié mensuellement.
    Un Taux inférieur à ceux de tous les autres présidents américains modernes, au même stade de leur mandat.
    L’autocrate dictateur n’a pas la côte …

    • Kieslowski vous avez encore pris vos informations et sources probablement à Libération ou au Monde comme toujours, sachez ici qu’à BV sommes nombreux à ne vous accorder aucun crédit à ce que vous racontez. On en viendrait presqu’à croire que votre personnage gochos-wokiste a été créé artificiellement tellement vos réflexions et réponses sont stéréotypées.

      • Les sondages ne valent que lorsqu’ils vous arrangent ?
        Ouvrez les yeux et sortez de votre logiciel d’extrême droite : Trump est aujourd’hui détesté de tous et n’est autre qu’un agent immobilier reconverti en dictateur.

    • Pour l instant Trump a diminué drastiquement son déficit, son immigration. etc…il relève son économie, il y a moins de pauvres. Rien à faire des stats et du baromètre. En un an, il en a a fait plus que le nôtre en dix ans. Ce sont les faits. Il est normal qu il pense à l Amérique en premier. C est certain, il n est pas gauchiste !

    • C’est exactement ce que disent les gauchistes…Ce n’est pas T.BRETON qui disait qu’en Amérique tout aller très très mal ???? avec une croisssance qui fait rougir les plus envieux..

    • Trump fait 42,5% de satisfaits et 55,6% de mécontents un an après son élection, Biden faisait respectivement 40,5% et 53% à la même période de son mandat. La différence ne saute pas vraiment aux yeux … mais c’est nettement mieux qu’Emmanuel Macron avec 18% des satisfaits et 79% de mécontents !

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