[POINT DE VUE] Mort d’Alain Orsoni : comme dans un vieux polar

Une seule balle, probablement tirée par un sniper embusqué dans le maquis, a eu raison de ce militant nationaliste.
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Auteur inconnuUnknown author, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

« Mort en plein deuil » : c’était le titre de Corse-Matin, en ce 13 janvier, pour commenter l’assassinat d’Alain Orsoni, à la sortie du cimetière où il venait d’enterrer sa mère. Comme le disait Olivier de Lagarde dans son excellente revue de presse sur Europe 1, on entendrait presque l’accent. Une seule balle, probablement tirée par un sniper embusqué dans le maquis, a eu raison de ce militant nationaliste, reconverti dans les affaires et jamais loin du grand banditisme. À 71 ans, revenu au pays parce que chef de famille, il est mort comme dans un vieux polar.

Mort comme dans un vieux polar

On pense en particulier (mais pas seulement) au méconnu Big Guns, bêtement traduit par Les Grands Fusils (1973), une histoire de vengeance italienne, avec Alain Delon en tueur à gages qui voulait se ranger, dévoré par la colère froide d’avoir vu sa femme et son fils mourir, à sa place, dans une voiture piégée. Un de ces polars de connaisseurs que notre ami Nicolas Gauthier décrit si bien et connaît sur le bout des doigts. Alerte spoiler : à la fin du film, une messe a lieu en Sicile, sur fond de réconciliation, dans un lieu sacré où il ne peut, selon les lois de l’honneur, rien arriver. Sur les marches du parvis, en plein soleil, Delon serre la main du parrain qui a fomenté l’assassinat. Il la garde dans sa main une seconde de trop… le temps pour un assassin de lui régler son compte.

Alain Orsoni, qu’on est naturellement tenté de prononcé « Orsône », à la corse, aura eu toutes les vies de l’un de ces personnages de roman ou de film. Fils d’un parachutiste héros de la France Libre, étudiant à Assas où il milite au GUD, Alain Orsoni rejoint très vite les milieux nationalistes corses. Il fera un peu plus d’un an de prison pour le mitraillage de l’ambassade d’Iran à Paris, avec des camarades du FLNC – un attentat qui visait les autorités françaises. Mitterrand le libère en 1981 (comme c’est généreux, la gauche) : il reprend immédiatement le maquis. En 1983, son frère, Guy Orsoni, est assassiné par des petites frappes. Apparemment, ils visaient Alain lui-même et le faisaient pour complaire, de leur propre initiative, au pouvoir politique. Alors, le 7 juin 1984, après avoir assassiné tous les responsables de ce meurtre, un commando du FLNC fait irruption dans la prison d’Ajaccio et liquide les deux derniers mis en cause présumés. Orsoni, lui, a le meilleur des alibis : il est à la maternité, pour la naissance de son fils… à qui il donnera le prénom de Guy, son défunt frère.

Un destin cinématographique

Homme politique indépendantiste dans les années 90, il fonde le MPA (Mouvement pour l’autodétermination), qui sera la façade légale du « FLNC canal habituel », moins connu que le « canal historique ». Élu à l’Assemblée territoriale, puis homme d’affaires louche, il préfère s’expatrier en Amérique du Sud, au Nicaragua plus précisément, pour y faire tourner des casinos. La suite pourrait figurer dans L’Enquête corse : en 2008, il revient sur l’île de Beauté, est victime d’une tentative d’assassinat, puis prend la présidence de l’AC Ajaccio, qu’il gardera pendant sept ans. Pendant ce temps, les commanditaires de sa tentative de meurtre sont identifiés, il est lui-même mis en examen pour une série d’assassinats mafieux, notamment celui d’un ancien associé, mais pour celui-là, il a encore un alibi en or : il était en tribune pour un match de l’AC Ajaccio, tout le monde l’a vu.

Le voici donc qui, après un destin cinématographique, meurt comme au cinéma : "fair enough", me direz-vous. Cela pose tout de même deux questions : peut-on parler de code d’honneur mafieux chez des gens qui assassinent un homme en profitant de sa piété filiale ? Et pourra-t-on parler, un jour, sereinement de l’exception corse, ce petit pays où il y a, à la fois, beaucoup moins de délits et beaucoup plus de meurtres que sur le continent ? Question de pinsute, peut-être. En attendant, Riposa in pace, Alain Orsoni.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Peut importe le comportement de certains corses , la Corse et son peuple ont toujours choisi le camp de la France . Alors que de nombreuses communautés d’origine étrangère devenues françaises administrativement , souillent et piétinent en toute tranquillité la France dont ils brûlent le drapeau . Evitons ces querelles de clochers qui sont tous français !

  2. Quoiqu’il en soit, et comme le rappelle Praud, la Corse connait très peu d’insécurité (on peut laisser tranquillement son portable sur sa serviette pour aller se baigner). Est-ce dû à « la loi du talion » toujours très majoritaire en Corse sous forme de « vendetta » ? Cela me parait évident quand on voit que, là où on interdit de se faire justice soi-même, l’insécurité n’a jamais été aussi grande. Celui qui ne comprend pas çà n’est qu’une autruche qui refuse de voir la réalité.

  3. Corse moi même, je constate une fois encore, quel que soit le sujet concernant la Corse, le déchaînement de commentaires aussi stupides qu’infondés. Je renvois tous ces commentateurs avisés à nos monuments aux morts, a tous les grands noms qui ont servi la France.
    Ancien officier dans l’armée française je vous saurai gré de ne pas généraliser vos insultes et autres insinuations a l’ensemble des Corses.
    A défaut d’intelligence, tâchez de faire preuve de discernement. y
    Consacrez votre énergie a lutter contre la perte des valeurs et la déchéance généralisée de la France.
    Pace e salute a tutti.

  4. Ces assassinats sont bien sûr insupportables, MAIS en Corse, il semble que les femmes peuvent se promener partout dans la tenue qu’elles veulent…

  5. Je vais pleurer, sniff. Il a participé à l’affaire de la cave d’Aleria durant laquelle 2 gendarmes ont été tués et 4 autres blessés. Et Dieu seul sait dans combien d’autres affaires a-t-il trempé. Aussi, je ne suis pas du tout choqué par les conditions dans lesquelles il est mort.

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