[POINT DE VUE] Nouvelle-Calédonie : l’échec de la méthode Valls-Macron

Les différentes composantes du FLNKS réuni en congrès ont rejeté les accords signés il y a un mois à Bougival...
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Depuis la rédaction de cet article, et alors que le rejet de l'accord de Bougival doit être officialisé le mardi 12 août, le ministre des Outre-mer Manuel Valls a annoncé qu'il se rendrait en Nouvelle-Calédonie dans la semaine. Objectif : tenter de sauver cet accord.

Ce 9 août, le Front de libération national kanak socialiste (FLNKS), dans la quasi-totalité de ses composantes, a rejeté le projet d’accord politique sur la Nouvelle-Calédonie signé pourtant par ses représentants à Bougival, le 12 juillet dernier. Même si le FLNKS ne fera connaître sa position officielle que mardi, comme l'ont rapporté dimanche 10 août à l’Agence France-Presse des responsables du mouvement, les masques sont enfin tombés, les indépendantistes restent arc-boutés sur l’indépendance, toute l’indépendance, rien que l’indépendance. Le FLNKS a donc choisi de suivre la voie du Groupe d’initiative de Bakou qui soutient et appelle à la lutte armée tous les mouvements indépendantistes des outre-mer français et de la Corse. Une initiative de l’Azerbaïdjan qui veut ainsi faire payer à la France son soutien militaire à l’Arménie.

Quelles conséquences, après le refus du FLNKS ?

On peut être tenté de dire que ce choix est un mal pour un bien. En effet, l'ambiguïté de cet accord alliant à la fois un État calédonien au sein de l’État français et une curieuse binationalité pour les Calédoniens dans leur propre pays allait rapidement entraîner une situation de blocage politique, volonté d’une avancée supplémentaire vers l’indépendance pour les indépendantistes et capacité de veto pour les loyalistes. Inscrit dans la Constitution et dans une loi organique, il eût été difficile d'en sortir. L’accord de Bougival semble donc mort et enterré. Bien sûr, il pourrait comme prévu être présenté à l'approbation des Calédoniens en février 2026 en jouant sur les divergences entre indépendantistes, mais cela ne ferait qu'exacerber un peu plus les tensions, alors que le résultat, incertain, sera de toute façon contesté par le FLNKS, comme ce fut le cas pour le troisième référendum des accords de Nouméa de 1998. C’est donc un retour à la case départ et l’on ne voit pas comment le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, pourrait installer un comité de rédaction des textes à Nouméa, ce mois-ci. Pour rédiger sur quoi ?

Un avenir institutionnel incertain

L’irrédentisme des indépendantistes pose un problème insoluble, sauf à déclarer l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ce qui n’est plus d’actualité, les Calédoniens s’étant prononcés contre à trois reprises. Renégocier l'accord de Bougival, comme le souhaite Christian Tein, le président du FLNKS, est impensable, celui-ci ayant été obtenu par un jeu d’équilibre fragile et en dernière extrémité. Opter pour le projet loyaliste de fédéralisme, afin de sauver la région sud, ne serait certes pas pire que de créer un État dans l’État, mais constituerait un formidable aveu d'échec et n'empêcherait pas le recours à la violence, les indépendantistes n'ayant aucune obligation d'accepter une partition du territoire. Guerre civile assurée. Il reste la solution la plus légitime, celle du retour au choix démocratique, et la promulgation par le président de la République de la loi de 2024 sur le dégel du corps électoral à l’issue des accords de Nouméa, votée par l’Assemblée nationale. Les mêmes causes produiraient peut-être les mêmes effets de trouble à l’ordre public, qu’il faudrait assumer. Nous en avons les moyens.

En résumé, nous sommes dans une sacrée panade, avec un pouvoir politique faible et instable, a un moment où il devrait être fort et intransigeant. Ayant cherché à amener un peu de raison dans ce dossier, il n’a pas réussi à obtenir un consensus impossible avec le FLNKS. Des nuages noirs s’amoncellent au-dessus de l’avenir du « Caillou ». Le FLNKS a déjà commencé son lobbying auprès des indépendantistes corses, alors qu’Emmanuel Macron s'apprête une fois de plus à donner raison à la violence en proposant au Parlement un projet de loi constitutionnelle accordant un pouvoir législatif insulaire et la reconnaissance d'une communauté corse. Jusqu'où est capable d'aller Emmanuel Macron pour se sortir de ce guêpier et disloquer un peu plus la cohésion nationale ?

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Philippe Franceschi
Consultant en sécurité

Vos commentaires

47 commentaires

  1. Comme si nous n’avions « RIEN » appris de notre « Histoire » ! Dans la situation présente , nous n’avons que deux (2) choix : Soit l’État Français ne tient compte que des seuls résultats des trois plus récents référendums et installe en N.C , sans aucune publicité , une « Force Armée » capable d’étouffer à la moindre incartade toute velléités contestataires émanant du FLNKS ou autres . Soit Paris considère qu’inéluctablement , les « Locaux » étant chez eux , tôt ou tard il faudra partir , tant qu’à le faire , faisons le de suite . Dans ce dernier cas , l’État Français doit anticiper dès à présent les conditions de retour en Métropole des Caldoches désirant se rapatrier . Nous éviterons ainsi des bains de sang inutiles , tout en faisant des économies substantielles , nous permettant largement de nous approvisionner ailleurs en Matières Premières , car en « N.C » elles ne sont pas gratuites , si vous voyez ce que je veux dire !

    • Entièrement d’accord, mais comme Valls et Macron sont nuls et peureux sous l’apparence bravache, cela ne se passera pas mieux que si c’était pire, sur ce sujet là aussi!
      Il préfère faire sa pub pour Gaza que de s’occuper des problèmes de la France, vous comprenez, c’est plus rentable pour espérer le prix Nobel de la paix! pauvre paix…

  2. Cette méthode n’est autre chose que la volonté de la France de perdre ce territoire couteux et indéfendable. Les Canacks ont tout à perdre de la Démocratie qui du reste est contraire à leur »culture ». La Chine leur tend les bras comme le poulpe des Légendes un peu pour le Nickel, surtout pour le port naturel immense du lagon. Sa visée est géopolitique.

  3. Sous perfusion de la France les calédoniens comme les corses d’ailleurs et tous les insulaires rêvent debout. Qui peut croire pour la nouvelle Calédonie que les kanaks s’en sortiront seuls . l’Australie et d’autres pays se chargeront de le leur rappeler , nickel oblige.

  4. Quand ce Minus prend, pour la photo, sa tête de responsable, la catastrophe n’est jamais loin . Que fait chez nous ce socialiste de Catalogne ? Rome est morte d’avoir cédé le pouvoir aux peuples colonisés et romanisés.

  5. L’attitude d’Emmanuel Macron à l’égard de la Nouvelle-Calédonie est en effet proche de celle qu’il adopte vis-à-vis de la Corse.
    Les populations concernées sont majoritairement opposées à l’indépendance.
    Mais des minorités violentes mènent la danse, puisque les dirigeants de la métropole ont peur. Ces derniers sont prêts à brader la souveraineté nationale pour avoir la paix. Mais on sait bien qu’en cédant aux ultras, Paris entretient leur prétendue légitimité et prépare les futures révoltes violentes.

    • Ce sont toujours les minorités qui imposent leur violence à l’opposé du vote démocratique. Ainsi est né le Communisme .

  6. C’est hallucinant et çà marche, l’Azerbaïdjan qui veut ainsi faire payer à la France son soutien militaire à l’Arménie. l’Azerbaïdjan et la Nouvelle Calédonie cherchez le rapport logique.

  7. Et ces gens là, macron inclus, continue à nommer des gens de goooche, voire de la goooche extrême, à des postes clefs, voire même à la tête d’organismes anti démocratiques, comme par exemple, le conseil constitutionnel, l’Arcom, etc.

  8. Avec ces gens, si on met le doigt dans l’engrenage, on y passe tout entier, après les Corses, lesBretons, les Basques, , sécession du 93. Pour affaiblir l’état au profit du pouvoir européen, il reste un peu moins de 2 ans. Qu’avez-vous fait pour élire ce danger ?

  9. C’est un très bon éditorial mais tout cela va s’avérer très compliqué.

    En pratique le FLNKS a explosé après les événements de l’an passé, une partie des indépendantistes kanaks n’ayant ni accepté, ni pardonné la destruction du tissu économique du pays. Le Palika, principale formation s’en étant retiré et ne reniant aucunement sa signature à Bougival.

    Pour reprendre les termes d’Elisabeth Nouar chroniqueuse de RRB : « Depuis le retrait du PALIKA et de l’UPM, il s’est reconstitué autour de l’UC-CCAT et d’une myriade de petits partis, associations et groupements, à la représentativité très incertaine. Il s’agit du RDO, du parti travailliste, de l’USTKE, de la Dynamique Unitaire Sud, de la Dynamique autochtone, du MNIS, du MOI, et de la CNTP. Autant de noms ronflants ou de sigles obscurs pour des organismes qui – à quelques exceptions près – ne représentent pas grand-chose, ni en termes de légitimité, ni en nombre d’adhérents. »
    Tout cela est bien résumé.

    Maintenant concrètement, cette minorité a fonctionné dans le passé en usant de la violence, de la force et de la menace. J’ai le souvenir des images vidéos de Christian Teïn, libéré de son contrôle judiciaire après le début des événements par le grand naïf de Macron, et allant sur les barrages haranguer ses troupes. Quand il parlait des kanaks opposants à la CCAT, il sortait de sa poche, une poignée de cartouches qu’il faisait sauter dans sa main. Cela vous donne l’ambiance dans le monde kanak.

    Christian Teïn, toujours poursuivi comme organisateur des émeutes de l’an passé, est sous contrôle judiciaire avec interdiction de rentrer en NC. Il semblerait que les magistrats qui l’ont placé sous contrôle judiciaire n’ont pas eu beaucoup d’imagination car il n’a pas été interdit d’entrer en contact avec ses petits camarades, ni de diriger le FLNKS depuis la métropole par visio conférence, ni de faire des conférences de presse et n’y d’aller semer le trouble ailleurs comme en Corse où il vient d’aller faire du conseil à un congrès indépendantiste Corse.
    Mieux, il vient de déclarer qu’il s’opposera par tous les moyens à une consultation par référendum sur l’accord de Bougival en NC et il vient d’annoncer qu’il faut faire en sorte de ramener dans le droit chemin les camarades (kanaks) égarés. Quand on sait comment cela se passe dans le monde kanak, on a une idée claire sur le retour des camarades égarés.

    En bref, un type poursuivi en justice continue à diriger un mouvement extrémiste, aujourd’hui très minoritaire, à l’origine des émeutes et pourtant non dissout et n’hésite pas à menacer.
    Si ce n’est pas une prime aux casseurs et destructeurs et un blanc seing de l’état français pour de nouvelles émeutes, cela y ressemble.

    Oui la France a les moyens de soutenir les calédoniens de toutes origines, kanaks compris qui vivent pour beaucoup dans la peur et veulent rester français, mais la France ressemble à son président, elle est actuellement faible et molle.

    • J’ai apprécié votre commentaire , Calédonien , mis à part votre conclusion , ce n’est pas la France qui est faible et molle , ce sont nos dirigeants qui le sont , et depuis longtemps .

  10. Le problème en France c’est le logiciel intellectuel socialiste qui n’est pas autre chose que du marxisme mou qui colle aux dents.
    Tous nos politiques ont une formation quasi identique – Sciences Pipeau, ENA, pour les « meilleurs » (interdit de rire ! ). Ils sont tous préformatés et sont totalement incapables de penser par eux-mêmes. Et quand ils s’y risquent, comme l’idée de nation dans la nation proposée par Valls en Nouvelle Calédonie, c’est toujours du grand n’importe quoi !

  11. Ils n’ont pas encore compris qu’ils avaient à faire avec l’extrême gauche qui est contre tout ce qui n’est pas entièrement de son avis!-

    • Mais si ! Ils ont parfaitement compris qu’ils ont affaire avec l’extrême-gauche ! La réalité c’est qu’un socialo comme Valls est dans son ADN attiré par l’extrême gauche. Il n’y a qu’une simple différence de degré entre les socialos et les cocos, en aucun cas une différence de nature.

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