[POINT DE VUE] Quand le pape Léon XIV fait l’éloge des frontières…

Léon XIV n’est ni pour ni contre l'immigration. Il rappelle seulement ce qu’est l’Église et où elle se situe.
Capture d'écran
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C’est officiel, il n’y a pas à s’y tromper : on a changé d’ambiance, au Vatican. Au pape François, qui était très favorable à l’immigration clandestine sous couvert d’accueil de l’autre, a succédé Léon XIV, qui n’est ni pour ni contre, mais fait simplement son travail en rappelant ce qu’est l’Église et où elle se situe.

Interrogé, le 18 novembre, par des journalistes, alors qu’il se trouvait dans sa résidence de Castel Gandolfo, le pape a commencé par faire du connu… puisqu’il a tout d’abord vertement critiqué la façon dont l’administration Trump se propose de lutter contre l’immigration illégale. Le pape dénonce un traitement qui lui semble « extrêmement irrespectueux » et souligne qu’« il faut trouver le moyen de traiter les gens avec humanité ». Bon. On ne sait pas comment « il faut » trouver ce moyen, on n’en saura pas plus (et ces injonctions sont toujours un petit peu crispantes, même venant du Saint-Père) mais, au moins, c’est sûr que Léon XIV est dans son rôle… et aussi dans les pas de François.

Mais, mais, mais… ce n’était pas tout. Le pape, en effet, a aussitôt expliqué son propos en lui ajoutant cette restriction : « Personne n’a dit que les États-Unis devaient avoir des frontières ouvertes. » Cette phrase était elle-même assortie d’une assertion à portée plus générale : « Chaque pays a le droit de déterminer qui entre sur son territoire. »


Ah. Là, ce n’est plus tout à fait la même chose. François célébrait des messes sur des autels en forme de bateau, considérait les « migrants », c’est-à-dire les vagues d’invasion migratoires qui déferlent sur l’Europe, comme autant de nouveaux Christ et ne manquait jamais une occasion de faire la leçon aux chefs d’État du monde entier. Pas Léon.

Rendre à César ce qui est à César...

Le nouveau pape, en quelque sorte, a compris une chose, qui semble anodine et qui est pourtant très importante : il faut, selon les paroles du Christ lui-même, « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Quand on parle de cette parabole, c’est en général pour dire que les catholiques doivent respecter les lois terrestres qui sont en place dans leur pays - en l’espèce, le consentement à l’impôt. On peut, cependant, y voir précisément l’inverse : l’Église n’a pas, sur certains points, à se mêler de politique. Certaines lois - celles qui ont un rapport avec la défense de la vie, notamment - font partie de ce que l’on appellerait, aujourd’hui, son « périmètre de responsabilités », mais l’Église n’a pas son mot à dire sur le tracé des frontières ni sur leur porosité. Quand Léon XIV constate que le traitement des immigrés illégaux n’est pas correct, il le dit – tout comme il a raison de dénoncer les massacres de chrétiens au Nigeria, apparemment beaucoup moins intéressants que les Ouïghours, soit dit en passant. Mais il s’arrête juste à temps, en défendant le droit des États à disposer de frontières. C’est une autre façon de défendre la vie, d’ailleurs : celle, métaphorique, des États, tout comme celle, bien réelle, des citoyens (ici américains, mais cela vaudrait aussi pour nous) morts sous les coups de criminels étrangers qui n’avaient rien à faire sur place et ont profité de frontières grandes ouvertes pour tuer Philippine ou Lola.

« Il est bien, ce pape », comme diraient les gens au marché. Éloquent mais le verbe rare, rayonnant de bonté mais ferme sur les principes, le cœur plein de compassion mais sans humanitarisme dégoulinant, il n’a probablement pas fini de nous surprendre.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

43 commentaires

  1. On attend la suite mais a priori, ce Pape semble bien dans son rôle. Mais mais jusqu’où vu les pressions du monde et du siècle ?

  2. Sa Sainteté Leo XIV vient d’une famille très proche du « Republican Party », son frère est un soutien très connu et apprécié de Donald Trump.
    Lorsque Leo XIV est apparu au balcon de la Basilique Saint Pierre le jour de son élévation, il était clair que le Vatican revenait (enfin) vers la tradition, il avait lancé un premier signe, il avait revêtu la mosette rouge (étole), et la revêt presque quotidiennement.
    De quoi donner des vertiges à tous les religieux tombés dans le wokisme, tel le Pape François.
    Que Sa Sainteté ait déclaré : « Chaque pays a le droit de déterminer qui entre sur son territoire », ne doit pas surprendre.

    • La prudence est de règle, Jack. N’oublions pas également que Mgr Prevost a été « choisi » par le pape François 1er et que pour l’instant les actes officiels les plus contestés sur le plan doctrinal, « Amoris Laetitias », « Traditionis Custodes », « Fiducia Supplicans » n’ont pas été révoqués par Léon XIV. Wait and see…

  3. Décidément il me plais beaucoup ce nouveau Pape. Il n’a apparemment pas les travers marxistes de François.

  4. L’UE accepte La Défense (impossible de l’écrire en minuscules, les mots automatiques sont insupportables ) des frontières de l’Ukraine et open-bar en Europe,
    L’éventuelle participation de nos soldats en Ukraine, combien de morts ? Une manière hypocrite et cynique de se faire remplacer ? Je me pose légitimement la question
    Offrir le gîte et le couvert n’a jamais été une invitation à s’installer chez le convive

    • Va-t-on envoyer notre jeunesse nombreuse des banlieues , et les « gentils » jeunes migrants qui fuient la guerre chez eux , faire la guerre en Ukraine ?

  5. l’Évangile commande d’ouvrir sa porte au voyageur qui demande le gîte et le couvert, ce qui n’ est pas exactement la même chose que de laisser rentrer chez soi un groupe qui s’installe sans demander la permission et qui en plus entend imposer à l’hôte ses us et coutumes.

      • « Amen » = j’ai toujours trouvé incongru le fait de répondre Amen à un commentaire, sans argumentation, et sans écrire pourquoi nous ne sommes pas d’accord. Cela me parait (mais peut être ai je tort?) très prétentieux.

    • Le voyageur est quelqu’un de passage , qui ne reste pas , un touriste de nos jours ; l’immigrant, celui qui force nos frontières , et s’installe chez nous , c’est autre chose , voir mon commentaire relatif à Saint Thomas d’Equin.

    • Et ceci est temporaire = ouvrir sa porte au voyageur, cela ne veut pas dire qu’il faut qu’il s’installe définitivement.

  6. Les leçons d’humilité, de bienveillance et de bon sens de son prédécesseur devraient inspirer Léon XIV.

  7. Le Pape est guide spirituel mais aussi chef d’Etat , et l’Etat du Vatican a des frontières bien défendues.
    Quelques jours avant Noël 2024, le Vatican a publié un décret visant à renforcer la sécurité de son territoire, le plus petit État souverain du monde. Ce texte, dévoilé par la presse italienne le 12 janvier 2025, prévoit des sanctions sévères pour toute tentative d’intrusion illégale dans le territoire de 44 hectares.
    Le décret cible spécifiquement les personnes qui cherchent à entrer dans l’État du Vatican par la force, la menace ou la tromperie. Les contrevenants s’exposent à des peines de prison allant d’un à quatre ans, accompagnées d’amendes comprises entre 10 000 et 25 000 euros. Les circonstances aggravantes incluent l’usage d’armes, la dissimulation d’identité, ou une tentative d’intrusion en groupe ou à bord d’un véhicule forçant un poste de contrôle.
    Le décret met en place des procédures judiciaires accélérées. Toute personne arrêtée pour intrusion pourra comparaître devant un tribunal dès le lendemain de son arrestation. Les condamnés se verront également interdire l’entrée sur le territoire du Vatican pendant dix ans, renforçant ainsi l’effet dissuasif de ces mesures.
    Ces dispositions traduisent une volonté claire de protéger les frontières du Vatican face à l’afflux prévu de pèlerins en 2025. Elles témoignent également d’une gestion rigoureuse et centralisée de la sécurité, en cohérence avec le statut unique du Vatican en tant qu’État souverain sous la seule autorité du Pape.

  8. Cher Monsieur,
    On constate déjà que lorsque le pape s’adresse aux journalistes, il dit une chose et son contraire. Ceci est d’autant plus agaçant que lorsqu’il s’exprime de cette façon, c’est à dire sans la moindre solennité (au sens où on l’entend en droit romain), il sort de son rôle qui est d’abord celui d’*être le gardien du Magistère infaillible et celui-ci est déjà bien présent dans le sujet qui vous occupe.
    Aussi sort-il de son rôle comme le faisait surtout son prédécesseur. Et c’est ainsi qu’il désoriente les fidèles. Cela n’est pas acceptable.

    • Tout à fait d’accord.
      Américain du Nord, il fait des distinctions, contrairement à son prédécesseur d’Amérique du Sud qui n’y allait pas par le dos de la cuiller. Ils ne sont pas de la même espèce ces deux là! Mais il reste un progressiste et le simple fait d’intervenir dans les affaires du Temps est la marque d’une volonté de semer la pagaille. Au fond, pour savoir le temps qu’il fait, plus besoin de baromètre.

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