[POINT DE VUE] Quand Trump dit vrai malgré lui : l’Europe face à sa démission politique

Les propos de Trump ont au moins un mérite : ils forcent à sortir de l’hypocrisie.
Capture d'écran X The White House
Capture d'écran X The White House

En affirmant que l’Europe s’est affaiblie en renonçant à maîtriser ses frontières et son immigration, Donald Trump n’a pas fait œuvre de subtilité diplomatique. Il a fait pire - ou mieux, selon le point de vue : il a mis des mots crus sur une réalité que les dirigeants européens refusent obstinément de regarder en face. Que ces propos viennent de Trump importe finalement peu. Ils auraient pu être formulés par n’importe quel observateur extérieur lucide. Leur violence tient moins à leur auteur qu’à ce qu’ils révèlent : une Europe qui ne se pense plus comme puissance et une France qui hésite désormais à assumer ce qu’elle est.

Dans Redonner sa grandeur à la politique (Éditions Temporis), je défends une thèse simple : la grandeur n’est ni une posture ni un souvenir glorieux que l’on convoque par incantation. Elle est une exigence. Elle suppose la capacité d’un État à décider, à protéger, à orienter - bref, à gouverner. Or, sur la question migratoire, l’Europe a précisément cessé de gouverner.

L’immigration comme symptôme du renoncement

Depuis deux décennies, l’Union européenne a fait de l’immigration un sujet qu’elle administre mais qu’elle ne maîtrise plus. Elle en a fait un objet de normes, de contentieux, de communications morales - jamais un enjeu stratégique de souveraineté.

Le résultat est connu : des frontières extérieures poreuses, une incapacité à distinguer clairement accueil humanitaire et politique migratoire, une dilution des responsabilités entre États membres et une dépossession progressive des peuples de toute prise sur leur destin démographique et culturel. Ce n’est pas l’immigration en tant que telle qui affaiblit l’Europe. C’est l’absence de décision politique claire. Une puissance peut accueillir. Une civilisation sûre d’elle-même peut intégrer. Mais une entité politique qui ne sait plus dire qui entre, pourquoi et selon quelles règles abdique sa fonction première : protéger un cadre commun.

Trump, avec ses mots excessifs, pointe une vérité que les élites européennes n’osent plus formuler sans trembler : une frontière qui n’est pas tenue est le signe d’un pouvoir qui ne se respecte plus lui-même.

La France, grande nation en doute d’elle-même

Lorsque Trump évoque une France qui fut grande et ne l’est plus, la réaction habituelle consiste à dénoncer l’arrogance américaine. Mais l’essentiel est ailleurs : pourquoi cette phrase heurte-t-elle autant ? Parce qu’elle touche un point sensible.

La France n’a pas cessé d’être une grande nation par manque d’atouts. Elle l’est devenue par manque de volonté politique. Elle doute de sa légitimité à transmettre, à exiger, à affirmer un cadre commun. Elle a remplacé l’autorité par la culpabilité, la souveraineté par la procédure, la vision par la gestion. Or, la grandeur politique ne consiste pas à dominer mais à assumer. Assumer une Histoire, un modèle, une continuité. Assumer de dire que l’intégration suppose des devoirs. Assumer que l’État doit se réformer pour survivre. Assumer que la nation n’est pas une abstraction administrative mais une communauté politique vivante.

La grandeur comme boussole, non comme nostalgie

Redonner de la grandeur à la politique, ce n’est pas promettre un retour mythifié à un âge d’or. C’est restaurer une boussole. C’est rappeler que gouverner, ce n’est pas commenter le réel, mais le façonner. Que l’Europe ne sera respectée que si elle se respecte elle-même. Et que la France ne retrouvera son rang qu’en cessant de s’excuser d’exister.

Les propos de Trump ont au moins un mérite : ils forcent à sortir de l’hypocrisie. À poser la question centrale que l’on évite depuis trop longtemps : voulons-nous encore être des nations capables de décider ou acceptons-nous de devenir des espaces administrés, ouverts à tous vents, mais responsables de rien ? La grandeur n’est jamais donnée. Elle se mérite. Et elle commence toujours par un acte de lucidité en posant le bon diagnostic

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Alexandre Mancino
Président-fondateur du Cercle Orion

Vos commentaires

66 commentaires

  1. L’analyse de Monsieur Trump est sans appel! Monsieur Trump travail d’abord pour les Américains et ne s’en cache pas.Les USA ont besoin des peuples de culture judéo-chrétienne pour les aider contre l’ogre Chinois. Il a bien compris que le danger n’est pas la Russie.Si les Européens restent dans l’union Européenne, ils seront morts dans moins de 20 ans et ne seront plus d’aucune aide pour les USA qui ont besoin d’alliés crédibles qui ne soient pas des veaux que l’ont mène à l’abattoir. A.Lerte

  2. Depuis des décennies nos hommes politiques se trompent, je lis dans les commentaires , ils devraient rendre des comptes. Oui mais voilà lorsque cela se produit comme nous venons de le vivre avec un ancien président, eh bien c’est scandaleux ce n’est pas possible la justice se trompe. En fait nos anciens dirigeants ne sont jamais responsables de rien dès qu’ils ne sont plus aux affaires.

  3. Je trouve que ce que vous écrivez est fort juste
    Cependant quoi que nous votions nous les petits, la super « élite » de Bruxelles fait ce qu’elle veut et nous déni tout droit à faire nos choix.
    La grande majorité de ceux qui pensent encore en France sont de plus en plus contre l’Europe
    Les autres font ce qu’on leur demande car ils ont peur

  4. Les politiques français nous poussent à détester notre pays, nos valeurs, notre histoire, même nos frontières ! On est envahi de gré ou de force par le monde entier pour satisfaire les délires des politiques mais après demandent de nous battre contre des russes qui eux nous ressemblent. Y a pas comme un problème dans l’énoncé?

  5. Tout simplement un état mort de peur face aux banlieues, et des francais soumis et tout aussi trouillards qui ont réélu un ado attardé et narcissique de la même veine. Ils paient et n’en ont pas fini de la payer la note, et pas que d’argent.

  6. Quand Trump reconnaitra-t-il que les USA ont joué les apprentis sorciers en créant l’UE, en nous imposant leur sous-culture et leur american way of life de cow boy dont nous ne voulons pas ? Pas de leçon a reçevoir de lui, notre pays est bi-millénaire ! Et tous ceux qu’il fustige ont fait allégeance à son pays et à ses dollars !

  7. « Elle a remplacé l’autorité par la culpabilité, la souveraineté par la procédure, la vision par la gestion. » Constat évident de la prise de pouvoir par l’administration, suite à la démission du personnel politique. L’esprit de décision ne suffira pas à nous débarrasser de ce fléau.

  8. Trump, qu’on l’appédie ou non, vient de jeter un énorme pavé dans la mare nauséabonde des dirigeants récents et actuels (du moins presque tous, dont spécialement les Français) des Pays européens. Qui ne ressent pas, plus ou moins profondément, ce qu’il décrit ? Nous sommes en décadence et perdons rapidement toutes nos identités. Beaucoup en sont même fiers, ce qui est un comble ! Comment et que faire ? Voilà la question. Nul ne détient la recette.Mais une prise de conscience collective pourrait faire des miracles, mais aussi produire quelques individualités responsables et courageuses.

  9. Arrêtez avec ce « Trump bashing » camouflé !! Ca devient insupportable.. Pas un journal, pas un seul article sur lui dans le paysage médiatique français qui ne le traite de cowboy fruste, vulgaire, de personnage grossier, même dans les articles les plus modérés. Et on surveille son poids, ses soi-disant rougeurs aux mains, et on critique son « âge avancé » alors que chacun peut constater sa forme à sa démarche souple et sa grande capacité de travail (contrairement à un certain JB qui lui, était encensé, glorifié, protégé malgré sa sénilité) on le traite de clown orange et j’en passe… Or, dans ses actes politiques il a souvent raison ou pas ? Il prend des mesures efficaces pour nettoyer les écuries d’Augias dans son pays et Il lutte avec fermeté contre le wokisme et, cerise sur le cake, « in God he trusts » Non, Il n’a pas de « mots excessifs » comme vous dites : Il dit vrai ! Vous semblez regretter, comme les autres journaleux, de devoir lui donner raison et lui trouver des mérites … Alors…Jalousie ? Même si c’est vrai qu’on aurait de quoi, vu ce qu’on a en France…

  10. Votre analyse s’entend sauf que l’union Européenne est devenue un ramassis d’autistes inaccessibles à la moindre critique. Je dirais même que le fait que ce soit Trump qui les critique les renforcera dans leur certitude d’avoir raison….contre les peuples, ce qui est un peu gênant en démocratie.

  11. Trump parle parfois vrai et très lucidement. Il agirait, peut-être, différemment avec l’Union européenne si elle se comportait comme les négociateurs chinois. En affaires, surtout, les faibles et les carpettes ne méritent aucun respect. Cela étant, si les Européens rappelait à Trump qu’elle n’est qu’une création de la CIA et d’anciens nazis, il se pourrait qu’il s’applique à démantibuler le monstre bruxellois. Trump déteste la CIA et Joé Bieden…

    • Eh oui. Ça aussi c est une vérité qui dérange. De même que la guerre en Ukraine est un projet Cia mis en œuvre sous Trump 1.

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