Pour Ursula von der Leyen, la politique antinucléaire de l’UE a été « une erreur stratégique »

C’est historique : la présidente de la Commission européenne a acté le ralliement de l’UE au nucléaire civil.
@Pexels
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« La réduction de la part du nucléaire était un choix et, à la réflexion, l’Europe a fait une erreur stratégique en tournant le dos à une source d’énergie fiable, économique et peu émettrice. » Cette déclaration d’amour de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 10 mars dernier à Paris, lors du sommet européen du nucléaire civil, a fait l’effet d’une bombe.


Peu avant elle, en ouverture du sommet, Emmanuel Macron avait déjà vanté les vertus du nucléaire civil, facteur, selon lui, d'une « indépendance » bienvenue alors que le conflit iranien se déroule dans un contexte géopolitique où les tensions sur le pétrole et le gaz peuvent en faire des éléments « de déstabilisation ». Considérant que le nucléaire « est la clef pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies », le Président français a incité les acteurs à y investir. Et il ne s’est guère trouvé que deux militants de Greenpeace pour tenter de contredire cette ligne avec une banderole affirmant que l’énergie nucléaire alimente la guerre de la Russie (« Nuclear power fuels Russia’s war »).

Emmanuel Macron confirme son revirement de 2022

Pour qui se souvient du positionnement du candidat Macron en 2017, alors favorable, dans la lignée de François Hollande, au démantèlement d’une partie du parc (pour le ramener à 50 % de notre mix énergétique), du chemin a été parcouru. Mais il l’avait déjà largement été, fin 2021, avec l’annonce d’orientations à nouveau favorables au nucléaire, lesquelles ont été confirmées début 2022, avec son discours de Belfort.

Comme le fait remarquer le spécialiste en énergies Philippe Charlez, consulté par BV, « comme d'habitude, il n'a pas reconnu qu'il faisait un virage à 180 degrés par rapport à ce qu'il avait dit avant, puisque quand il a été élu en 2017, il voulait ramener le nucléaire à 50 % et fermer 14 réacteurs. Il est passé de la fermeture de 14 réacteurs à leur non-fermeture et à la construction de 14 nouveaux réacteurs, tout en disant qu'il n'avait pas changé d'avis. » Cinq années d’errements, donc ? « Emmanuel Macron aurait pu être un peu plus visionnaire en faisant ça dès 2017, mais d’un autre côté, il a été le premier grand chef d'État européen à se repositionner officiellement comme pronucléaire. » Depuis 2022, Emmanuel Macron ne s’est pas montré très offensif dans sa défense du nucléaire civil, à l’évidence soucieux de ménager une partie de la Macronie gouvernementale ainsi que des soutiens à gauche, tous soucieux de promouvoir la montée en puissance des énergies intermittentes au sein du mix énergétique de la France. Mais Belfort aura été un marqueur suffisant pour infléchir la tendance.

Et, ajoute Philippe Charlez, « il faut reconnaître qu'une fois qu'il a insufflé cela, Agnès Pannier-Runacher a alors créé un groupe de pays européens pronucléaires pour s'opposer aux "anti", qui étaient essentiellement l'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg et l'Italie, premier pays à être sorti du nucléaire en Europe dans les années 90. Or, aujourd'hui, plusieurs de ces pays se sont ralliés à la position de la France. »

En 2022, alors que se déclenchait l’offensive militaire russe en Ukraine, plusieurs pays, dont l’Allemagne et la Pologne, avaient fait le choix du gaz russe ainsi que du charbon, pour produire de l’électricité. Ce sont ces choix qui ont été remis en cause depuis.

Les antinucléaires isolés dans l’UE

Aujourd’hui, note Philippe Charlez, seuls « l'Autriche et le Luxembourg restent campés sur leur choix non nucléaire ». Il faudrait, pour être complet, ajouter le Portugal qui, du fait de sa situation géographique, continue de miser sur l’éolien. Le reste de l’UE est désormais venu (ou revenu) à une stratégie pronucléaire.

Et ces ralliements ne sont sans doute pas étrangers à la volte-face d’Ursula von der Leyen, qui acte sans le dire l’isolement presque total désormais des antinucléaires au sein de l’Union européenne.

À Bruxelles comme à Paris, le positionnement pronucléaire s’accompagne de la réaffirmation d’un mix donnant aussi une belle place aux énergies intermittentes, et notamment à l’éolien. En France, rappelle Philippe Charlez, la loi de programmation PPE3 (défendue par Sébastien Lecornu au mépris du Parlement) « donne une très belle place au nucléaire, mais aussi au renouvelable, ce qui est inutile, puisque nous surproduisons par rapport à nos besoins de consommation ».

Ce 10 mars 2026, au-delà de toutes les nuances et prudences qui s’imposent, Emmanuel Macron a (enfin ?) confirmé le nucléaire comme locomotive de la stratégie énergétique de la France sur le long terme. Quant à Ursula von der Leyen, la portée de son discours ne manquera pas d’avoir un impact bien plus important encore pour l’avenir. D’une part parce qu’il constitue une indéniable volte-face en faveur du nucléaire mais, accessoirement, aussi, parce que les choix européens continuent de peser, quoi qu’on en dise et pense, sur la réalité politique française.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 13/03/2026 à 14:23.

Vos commentaires

105 commentaires

  1. Etait-ce une erreur ou une décision plus intentionnellement machiavélique ?
    La France possédait l’atout de l’énergie atomique très bon marché qui la plaçait en tête à tous niveaux… 
    La gestion du dossier énergie aura été catastrophique non seulement économiquement mais écologiquement aussi…
    Aujourd’hui nous avons une énergie très chère – vendue au prix des carburants verts – qui met en difficulté toute notre industrie utilisatrice d’électricité jusqu’au artisans comme les boulangers…
    Et on en a profité pour flinguer notre économie automobile, avec cerise sur le gâteau des primes pour nos concurrents asiatique qui auront envahi notre marché avec leurs immondes hybrides, véritables usines à gaz, polluantes avec leur batterie et encore plus polluantes durant « leur recharge en roulant » afin de produire laborieusement une énergie électrique… (faible rendement des alternateurs embarqués !)
    Je me souviens encore de nos cours en école d’ingénieur sur la comparaison des moteurs essence et diésel… Le diésel se montrait beaucoup plus « propre » vu la meilleure combustion à haute température et forte compression qui se traduit par une plus faible consommation (-25%) et surtout moins d’émissions polluantes…
    Bref désinformation, mauvaise foi et manipulation caractérisent tout le dossier énergie et le massacre de notre économie sous prétexte de pseudo écologie !

    • Votre expertise me parait pertinente. Malheureusement, les jeunes ingénieurs que je connais se vantent de décarboner en roulant en hybride rechargeable. N’étant qu’un simple technicien pragmatique, je conserve précieusement mon vieux diesel HDI dont la consommation vérifiée à chaque plein est de 5.5 l/100 km.

  2. Entre la girouette Macron, et la tsarine von der Leyen, voilà où nous en sommes en France ! et le constat est accablant. Comment se séparer de ces deux boulets?? les urnes me direz-vous ! oui, sauf que la tsarine ne passe pas par les urnes !

    • N’oubliez pas Jospin, Hollande, Aubry et tous les socialos qui ont plongé dans les sottises de la Voynet et de la Duflot par pur électoralisme.

  3. Voilà une femme qui regrette ses bêtises (pour rester poli !). Cela nous coûte combien, Madame ? Des dizaines d’ingénieurs ont fuit la France pour exercer leur métier d’atomistes dans des pays plus ouverts et moins politisés avec l’écologie, des centaines de milliards investis dans des énergies qui usent les centrales nucléaires avec les pompages thermiques liés aux rattrappages des variations induites par les énergies renouvelables instables par principe, des dizaines de milliers d’empoyés supprimés dans le domaine énergétique nucléaire, une perte d’expertise dans ce domaine où la France était en pointe, perte qui sera très longue à retrouver par défaut de formation suivie, et encore beaucoup de dégâts dans le domaine économique en cours ou à venir, ne serait que ce prix de l’énergie excessif qui ruine les industriels et les artisans. Combien de faillites, combien de suicides liés à ces faillites ? Pour remédier à toutes ces pertes, le prix du kwH basé sur le prix du gaz devrait être revu immédiatement …sinon tout ce revirement ne servira à rien. Rien ne permet de croire à ce miracle ! Je pense que la porte de sortie de cette femme, une présidente qui s’est trompée à un tel niveau, devrait être son avenir au plus tôt. Bon débarras Madame ! Personnne ne vous regrettetra !!!

    • Rien à ajouter Roger. Pourquoi lui donner tant d importance alors qu elle n a pas été élue. Ce genre d erreur est grave. Parlons du Mercosur et du reste…. Du balai Madame …

  4. Quel était le pourcentage de  » NON  » en 2005 au scrutin sur la Constitution européenne ?
    Et qu’avons-nous fait lorsqu »ils » se sont assis dessus avec le Traité de Lisbonne ?
    Tout est dit ,  » comme on fait son lit, on se couche « 

  5. Maintenant que les Allemands ont réussi à mettre par terre notre nucléaire et qu’il paye l’électricité moins cher, que nous, du moins les opérateurs l’Europe décide que le nucléaire serait devenu une source d’énergie propre et d’avenir les masques tombent !

  6. Qu’ils sont nuls, n’importe quel cerveau un peu affûté l’aurait dit depuis le début ! On peut parler de dirigeants visionnaires…

  7. Dans ce cas elle devrait remettre se démission, je n’ai jamais vu le responsable d’une erreur de stratégie donner sa démission quand encore il n’essaie pas de faire porter le chapeau aux autres et peu d’administrateurs donnent la leur pour marquer leur mécontentement et se désengager parce qu’au bout il y a des carrières et des gros sous.

  8. Grand, grand, très grand président que Macron. En 2917 il faisait démissionner le Chef d’Etat Major des Armées par ce que ce dernier s’insurgeait contre la diminution du budget militaire. aujourd’hui il veut le multiplier par 4… En 2014 il faisait fermer Fessenheim et voulait arrêter 14 réacteurs nucléaires, aujourd’hui il veut en construire 14 de plus… Il a passé son temps à annoncer tout et son contraire et il continue à pérorer a la face d’un monde qui le méprise..

  9. Ah!maman j’ai arraché les yeux et les oreilles de mon nounours et maintenant je n’ai plus personne pour faire joujou….ne les écoutez pas, ils cherchent à nous balader, dehors !

  10. Si il n’y avait qu’une, erreur de stratégie. Hélas, elles sont à répétition, les moulins à vent qui ne produisent qu’épisodiquement, et qui en plus de défigurer et de détruire flore et faune, produiront une usure prématurée des réacteurs, ne sont pas un bel exemple. Ne parlons pas de la dernière en date, refuser sèchement à Monsieur Poutine d’acheter son gaz et si pétrole, joli coup encore. Une seule solution, frexit immédiat.

  11. Macron / Von der Leyen : Vous dites maintenant qu’il faut freiner alors que vous nous avez mis dans le mur…
    Assez de baratin ! Maintenant, il faut des actes :
    – Arrêt complet des installations de panneaux solaires et éoliennes qui coûtent cher tout en étant inutiles (donc suppression des taxes CSPE et TURPE devenues inutiles, soit 40 % au moins !)
    – Sortie du Marché Européen de l’électricité qui nous fait payer l’électricité nucléaire pas chère à produire au prix du gaz hors de prix
    – Relance des réacteurs 4ème génération (neutrons rapides genre Astrid) qui peuvent ré-utiliser les déchets des anciens réacteurs (donc carburant gratuit pour des années !)
    – Et surtout : FREXIT pour nous prémunir des débilités futures de l’UE et garder pour nous notre fleuron nucléaire.

  12. Non pas une erreur, ni même une faute, mais un crime. Une destruction volontaire de notre indépendance et notre souveraineté, de notre industrie, de nos emplois. Un détournement d’argent public colossal. Des conséquences écologiques dont on ne mesure pas encore la gravité.

  13. Ursula comme Emmanuel partagent deux caractéristiques essentielles pour faire carrière dans ce monde d’imposteurs : le culot et la médiocrité !

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