Pour Ursula von der Leyen, la politique antinucléaire de l’UE a été « une erreur stratégique »
« La réduction de la part du nucléaire était un choix et, à la réflexion, l’Europe a fait une erreur stratégique en tournant le dos à une source d’énergie fiable, économique et peu émettrice. » Cette déclaration d’amour de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 10 mars dernier à Paris, lors du sommet européen du nucléaire civil, a fait l’effet d’une bombe.
Europe needs homegrown, low-carbon energy sources.
Nuclear & renewables together have a key role to play
Nuclear energy is available around the clock, providing electricity all year.
Europe has been a pioneer in nuclear technology.
And can lead again ↓ https://t.co/Eg7gl1548K— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) March 10, 2026
Peu avant elle, en ouverture du sommet, Emmanuel Macron avait déjà vanté les vertus du nucléaire civil, facteur, selon lui, d'une « indépendance » bienvenue alors que le conflit iranien se déroule dans un contexte géopolitique où les tensions sur le pétrole et le gaz peuvent en faire des éléments « de déstabilisation ». Considérant que le nucléaire « est la clef pour réconcilier à la fois l’indépendance et donc la souveraineté énergétique, la décarbonation et donc la neutralité carbone à horizon 2050, et la compétitivité et donc la création d’emplois de nos économies », le Président français a incité les acteurs à y investir. Et il ne s’est guère trouvé que deux militants de Greenpeace pour tenter de contredire cette ligne avec une banderole affirmant que l’énergie nucléaire alimente la guerre de la Russie (« Nuclear power fuels Russia’s war »).
L’énergie nucléaire nous donne ce dont notre époque a plus que jamais besoin : l’indépendance, la résilience face aux crises, la compétitivité et la capacité de tenir nos ambitions climatiques.
Au moment où… pic.twitter.com/XT94tUKOVd
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 10, 2026
Emmanuel Macron confirme son revirement de 2022
Pour qui se souvient du positionnement du candidat Macron en 2017, alors favorable, dans la lignée de François Hollande, au démantèlement d’une partie du parc (pour le ramener à 50 % de notre mix énergétique), du chemin a été parcouru. Mais il l’avait déjà largement été, fin 2021, avec l’annonce d’orientations à nouveau favorables au nucléaire, lesquelles ont été confirmées début 2022, avec son discours de Belfort.
Comme le fait remarquer le spécialiste en énergies Philippe Charlez, consulté par BV, « comme d'habitude, il n'a pas reconnu qu'il faisait un virage à 180 degrés par rapport à ce qu'il avait dit avant, puisque quand il a été élu en 2017, il voulait ramener le nucléaire à 50 % et fermer 14 réacteurs. Il est passé de la fermeture de 14 réacteurs à leur non-fermeture et à la construction de 14 nouveaux réacteurs, tout en disant qu'il n'avait pas changé d'avis. » Cinq années d’errements, donc ? « Emmanuel Macron aurait pu être un peu plus visionnaire en faisant ça dès 2017, mais d’un autre côté, il a été le premier grand chef d'État européen à se repositionner officiellement comme pronucléaire. » Depuis 2022, Emmanuel Macron ne s’est pas montré très offensif dans sa défense du nucléaire civil, à l’évidence soucieux de ménager une partie de la Macronie gouvernementale ainsi que des soutiens à gauche, tous soucieux de promouvoir la montée en puissance des énergies intermittentes au sein du mix énergétique de la France. Mais Belfort aura été un marqueur suffisant pour infléchir la tendance.
Et, ajoute Philippe Charlez, « il faut reconnaître qu'une fois qu'il a insufflé cela, Agnès Pannier-Runacher a alors créé un groupe de pays européens pronucléaires pour s'opposer aux "anti", qui étaient essentiellement l'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg et l'Italie, premier pays à être sorti du nucléaire en Europe dans les années 90. Or, aujourd'hui, plusieurs de ces pays se sont ralliés à la position de la France. »
En 2022, alors que se déclenchait l’offensive militaire russe en Ukraine, plusieurs pays, dont l’Allemagne et la Pologne, avaient fait le choix du gaz russe ainsi que du charbon, pour produire de l’électricité. Ce sont ces choix qui ont été remis en cause depuis.
Les antinucléaires isolés dans l’UE
Aujourd’hui, note Philippe Charlez, seuls « l'Autriche et le Luxembourg restent campés sur leur choix non nucléaire ». Il faudrait, pour être complet, ajouter le Portugal qui, du fait de sa situation géographique, continue de miser sur l’éolien. Le reste de l’UE est désormais venu (ou revenu) à une stratégie pronucléaire.
Et ces ralliements ne sont sans doute pas étrangers à la volte-face d’Ursula von der Leyen, qui acte sans le dire l’isolement presque total désormais des antinucléaires au sein de l’Union européenne.
À Bruxelles comme à Paris, le positionnement pronucléaire s’accompagne de la réaffirmation d’un mix donnant aussi une belle place aux énergies intermittentes, et notamment à l’éolien. En France, rappelle Philippe Charlez, la loi de programmation PPE3 (défendue par Sébastien Lecornu au mépris du Parlement) « donne une très belle place au nucléaire, mais aussi au renouvelable, ce qui est inutile, puisque nous surproduisons par rapport à nos besoins de consommation ».
Ce 10 mars 2026, au-delà de toutes les nuances et prudences qui s’imposent, Emmanuel Macron a (enfin ?) confirmé le nucléaire comme locomotive de la stratégie énergétique de la France sur le long terme. Quant à Ursula von der Leyen, la portée de son discours ne manquera pas d’avoir un impact bien plus important encore pour l’avenir. D’une part parce qu’il constitue une indéniable volte-face en faveur du nucléaire mais, accessoirement, aussi, parce que les choix européens continuent de peser, quoi qu’on en dise et pense, sur la réalité politique française.
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105 commentaires
Quand réalisera-t-on qu’Ursula von der Leyen n’est pas à la hauteur de ses fonctions ? Il faudra combien d’erreurs pour que l’UE réagisse ?
Von der Layen est à elle seule une erreur stratégique pour l’Europe en général et la France en particulier.
Tout ça pour faire plaisir à Nicolas Hulot et aux écologistes! Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.
Et c’est maintenant qu’on se réveille!
Ursula dit non au nucléaire, Macron dit non. Ursula dit oui au nucléaire, Macron dit oui.
Ursula dit : « Jette-toi à l’eau. » Macron se jette à l’eau.
Macron est à la botte d’Ursula pour qu’elle lui donne le fauteuil Europe en 2027.
Les allemands doivent payer aux français le surplus des factures d’électricité. En forçant les gouvernements français à indexer le prix de l’électricité sur le prix du gaz (ils étaient jaloux parcequ’ils n’en avaient pas et achetaient du gaz russe), on a payait pendant des dizaines d’années 4 fois plus cher notre électricité. En plus ils nous forçaient de vendre à perte et de racheter la même électricité à des coûts exorbitants (la libre concurrence de Bruxelles). Bizarrement quand les allemands seront tout nucléaire, l’électricité ne sera plus indexée sur le prix du gaz. Sachez que les allemands n’ont pas finit la première et deuxième guerre mondiale, leur but est de nous détruire et de s’imposer en maître de l’Europe (mercosur, l’Inde, l’Australie, le SCAF, le tank du futur, le bouclier anti missile, le prix de l’électricité…).
Paru fin 2025 le « World Nuclear Industry Status Report » WNISR ; rapport d’experts coordonné par Mycle Schneider et alimenté par les chiffres de l’agence internationale de l’énergie atomique rappelle que pour la 29ém année d’affilée , la part de l’électricité produite dans le monde par le nucléaire est en baisse , 9% en 2025 , contre 15,5 % en 1996 .
En France elle représente encore 67% , mais aux Etats Unis , qui possèdent la première flotte mondiale de centrales atomiques , elle n’est plus que de 18% , et en Chine de 4,5 %.
Les énergies renouvelables augmentent , l’électricité photovoltaïque vient de dépasser celle que produit l’uranium , l’éolienne l’avait dépassé il y a longtemps .
En 2025 dans le monde , les investissements liés au renouvelable , 728 milliards de dollars , sont 21 fois supérieurs à ceux du nucléaire.
La capacité de production du renouvelable a augmenté 105 fois plus vite que celle du nucléaire .
La PPE ne fait pas une plus grande place au renouvelable c’est à cause du poids du nucléaire chez nous , mais aussi parce que leur caractère intermittent rend aléatoire leur admission dans les réseaux électrique .
Mais cette programmation fait largement l’impasse sur le stockage du courant via des batteries stationnaires . Or le stockage est en pleine révolution , selon la banque Goldman Sachs en 2025 , le cout de production des batteries automobiles à baissé de 30% par rapport à l’année d’avant et celui du stationnaire de 40% .
Parier sur les EPR2 hors de prix qui n’entreront pas en exercice avant 2038 ou 2040 , au début d’une décennie qui va connaitre une explosion de la demande IA et le tournant climatique , est audacieux .
Stop aux intox.
D’abord le solaire ne fonctionne que le jour, jamais la nuit et avec une grande variabilité qui oblige à des modulations constantes sur le réseau. Ces modulations ont imposés de vastes et coûteux changements sur nos réseaux ces dernières années et endommagent nos centrales nucléaires à force de ralentissement et redémarrage constant. Ces coûts n’ont jamais été pris en compte dans les bilans financiers de ces dernières années pour entretenir des illusions dans le grand public en baissant artificiellement le coût réel du solaire.
Le stockage sur batterie coûte une véritable fortune.
Pour une centrale solaire ayant 2 heures de stockage, on est sur un coût 3/4 pour les batteries, 1/4 pour tout le reste de l’installation. Et dans les 10 ans il faut changer les batteries, les batteries usagées devant être coûteusement évacuées et recyclées.
Les batteries s’améliorent au fil des ans, c’est vrai mais surtout pour des usages à bas besoin d’énergie. Pour du stockage de masse, on est à des années lumières d’une solution miracle.
Le nucléaire est une des seules vraies solutions, avec les barrages hydrauliques qui sont encore plus facilement modulables que les centrales nucléaires.
Le WNISR et l’Agence internationale de l’énergie atomique des usines à intox ? , « le solaire ne fonctionne que le jour jamais la nuit » çà c’est une nouvelle !
Pourquoi dans tous les pays du monde la part du nucléaire dans la production d’électricité baisse depuis 29 ans ?
Revue Alternatives Economiques mars 2026 :
Loin des 73 milliards (euros de 2020) annoncés par EDF, le programme pourrait bien approcher les 250 milliards .
Avec l’inflation la facture serait de 85 milliards par réacteur aujourd’hui .
Les plans détaillés de l’EPR2 ne sont pas finalisés donc prix incertain.
Le devis n’intégre pas les dépenses à prévoir à la fin du chantier pour la mise en exploitation commerciale du réacteur , ni les couts de démantelement , ces dépenses alourdiraient la facture de 10 milliards d’euros pour les six EPR2.
Flamanville le cout a quadruplé et 12 ans de retard . Les deux EPR en construction en GB , hausse de 50% du cout.
Et comme il s’écoule au moins 10 ans entre le début du chantier et la mise en service qui génère des recettes , cela entraine des frais financiers , ces frais financiers appelés intérêts intercalaires s’ajoutent au cout de l’investissement , pour Flamanville ils s’élevaient à 4,2 milliards d’euros , cela ferait 18 milliards pour les 6 EPR2.
Et quel sera le prix du MWH pour rentabiliser cet investissement sur 60 ans ? on arrive à 150 e ce qui est deux fois plus cher , l’éolien et le solaire sont deux fois moins élevés . Actuellement les prix sur les marchés à terme 2027 2029 sont de 50/55e MWH.
D’ou la demande de la France adressée en février à la Commission de l’UE pour l’autoriser à accorder des aides d’Etat au financement des EPR.
Alternatives économiques : revue d’une société coopérative classée très à gauche.
Belle référence ! Chapeau.
Réponse idéologique , sans intérêt , contestez point par point mon commentaire , Flamanville le cout a quadruplé et 12 ans de retard , au fait pas de nouvelle , ce réacteur fonctionne-t-il enfin ?
Que de temps inutilement perdu à satisfaire les egos de nos »incompétents » politiques de gauche comme de droite. Alors qu’il suffisait d’entretenir et moderniser un parc existant.
L’indépendance énergétique n’existe que pour le solaire , l’éolien et l’hydraulique , à qui on achète l’uranium ? à qui on envoie les déchets des centrales qu’on ne peut pas traiter chez nous ?
Le nucléaire est très cher , et il faudra bien répercuter le coût sur le KW/vendu , sauf à faire payer le contribuable .
C’est fou ce que le peur de se retrouver chômeur fut-ce grassement indemnisé, fait raisonner. Vite la chute de ces abrutis nuisibles (Ursula, Macron et compagnie) c’est sans eux que nous retrouveront l’indépendance énergétique avec le nucleaire que Macron a stoppé, etc…
Le tandem infernal. Macron en France vdL à Bruxelles. La liste des catastrophes que MME von der Layen a provoquées est impressionnante. Le nucléaire, les vaccins Pfizer, le mercosur, l’automobile, le pacte vert, les négociations avec Trump des droits de douanes, la volonté de contrôler les ventes d’armements, l’ingérence dans les affaires de diplomatie, qu’est elle allée faire tant et tant de fois à Kiev ? la promotion du voile islamique, le financement d’associations liées aux Frères Musulmans, etc. L’impératrice est un désastre pour la France et pour l’Europe et ce désastre a été permis et encouragé par Macron. Les Anglais doivent se frotter les mains d’avoir quitté ce bourbier.
L’avis d’une non élue n’est pas à retenir.
ENFIN ! la vérité. C’est Hollande qui a contribué à fermer les centrales, décision purement politique pour faire plaisir aux … écolos …! et repris par macron . Que d’argent perdu et que d’incompétence ! F U E R A !
Que Macron dise un jour ceci et le lendemain le contraire, c’est dans sa nature profonde. Et que Leyen est une incapable qui se croit investie d’une mission, s’avère juste aussi.