PPE3 : des tricheries, un décret et des factures électriques qui menacent de flamber

Blocage d’un rapport alarmant et passage en force : la stratégie de S. Lecornu sur l’électricité interroge et inquiète.
Photo de Orhan Pergel - www.pexels.com
Photo de Orhan Pergel - www.pexels.com

Le décret sur le Plan pluriannuel de l’énergie version 3 (PPE 3) a finalement été promulgué le 12 février dernier. De nombreuses voix s’étaient élevées pour réclamer qu’un programme stratégique sur l’énergie engageant la France sur une décennie fasse l’objet d’une loi et qu’on laisse donc le processus parlementaire suivre son cours. Mais pour Sébastien Lecornu, il fallait à tout prix éviter que l’affaire ne fasse l’objet de débats et de votes, tant les éléments du dossier n’allaient pas dans le sens de l’Histoire tel qu’il voulait qu’elle fût écrite. Et, surtout, il fallait absolument profiter de la courte fenêtre de tir qu’offrait le calendrier. Le budget étant adopté, plus de risque de censure. Il fallait aussi agir avant les municipales, dont le premier tour aura lieu dans un mois. Il fallait, enfin, en finir avant que quelques révélations gênantes ne viennent entraver la manœuvre gouvernementale.

La profession vent debout contre le PPE3

La quasi-totalité de la profession commençait à se faire entendre pour mettre en garde contre les choix stratégiques contenus dans le PPE3.


Le 11 février, la veille de la date annoncée pour sa promulgation, trois éminents spécialistes des questions énergétiques, Marc Fontecave, professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, André Merlin, fondateur de RTE, le gestionnaire du réseau de transport de l’électricité, et Henri Wallard, ancien directeur général de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, faisaient paraître une tribune parue dans Le Figaro. « Le Premier ministre doit écouter les experts avant de promulguer la PPE 3 », expliquaient-ils, voulant alerter « sur les risques techniques et financiers » que présente la « feuille de route énergétique » du gouvernement. Ils y faisaient notamment allusion à un audit, dont BV avait fait mention le 10 février. Il avait été commandé en 2025 à l'ancien PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, et à l'ancien conseiller d’État et ancien directeur général de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Thierry Tuot. Son objectif était de chiffrer le coût réel des objectifs du développement des énergies intermittentes (éolien et solaire) et, donc, de leur part croissante dans le « mix énergétique ». Les résultats de cet audit étant attendus pour fin mars prochain, il convenait donc, là encore, de faire vite.

Le rapport explosif d’EDF bloqué par Sébastien Lecornu

Mais il y avait aussi un autre rapport, commandé à son entrée en poste, en mai 2025, par le PDG d’EDF, Bernard Fontana. Cette étude montre que la modulation, c’est-à-dire les baisses voire les arrêts fréquents de production du parc nucléaire du fait de la priorité donnée aux énergie intermittentes, endommagent nos centrales et les usent prématurément. Problème que le développement de l’intermittent ne fait qu’accentuer, d’autant plus que nous surproduisons déjà de l’électricité aujourd’hui. La publication de ce rapport a été... bloquée par le gouvernement, ce qui n’a pas manqué de faire scandale. Il fallait vraiment faire au plus vite. Donc, par décret, ce qui fut fait le 12 février.

Or, le hasard faisant décidément bien les choses, le rapport EDF sur la modulation est disponible en ligne depuis le 16 février au matin… Tout en occultant soigneusement les conclusions dudit rapport, Sébastien Lecornu en a donc interdit la publication, le temps de promulguer son décret. Retarder la publication des rapports gênants : voilà qui devient une sale habitude de la Macronie. Personne n’a oublié, en effet, le rapport de la Cour des comptes sur France Télévisions, dont la publication a miraculeusement attendu la reconduction de Delphine Ernotte à la tête de cet organisme. Et comment ne pas se souvenir que fin 2023, la même Cour des comptes, en plein débat parlementaire sur la loi Immigration, planquait volontairement dans un tiroir son rapport sur le sujet. « Une décision que j’ai prise personnellement et que j’assume totalement », osait déclarer, tranquillement, son président d’alors, Pierre Moscovici, le 5 janvier, sur LCI.

Tricheries, mensonges et forfaitures

Tout passe crème, comme dirait l’autre, même les pires tricheries, mensonges et forfaitures, comme si le pouvoir, misant sur la peur de l’arrivée du RN au pouvoir et celle de perdre son poste, s’estimait à l’abri de toute censure. De fait, la PPE3 est passée par décret, avec la complicité de la gauche socialiste et écologiste, et le silence bienveillant de LR, sans provoquer de tsunami parlementaire ou même médiatique. Le rapport d’EDF confirme bien les craintes qui avaient fuité quant à la dangerosité technique de la modulation imposée au nucléaire à cause de l’éolien, du solaire et des surcoûts que génère déjà cette modulation.

Si l’on attend impatiemment la publication des conclusions de l'audit Lévy-Tuot chiffrant le coût du développement des énergies intermittentes, dites « renouvelables », les projections de coûts que l’on peut déjà faire aujourd’hui sur la base des surcoûts actuels générés par l’éolien et le solaire, et à partir des objectifs du PPE3, font déjà grincer des dents. Pour le spécialiste de l’énergie Fabien Bouglé, « le gouvernement joue à Madame Irma et évoque donc différents scénarios basés sur le prix du marché de l’électricité », dit-il à BV. Or, « plus le prix marché est bas, plus la subvention aux exploitants éoliens est élevée ». Un cercle vicieux, puisque « plus on met d'énergie intermittente dans le réseau électrique, comme le prévoit le PPE3, plus on provoque une baisse du prix de marché de l’électricité ».


Pour Fabien Bouglé, « si l’on ajoute le coût en subventions de l’intermittent sur les engagements passés, d’environ 100 milliards, les autres 100 milliards d’engagements à venir du fait du PPE 3 (en se basant sur 50 euros le mégawattheure) et les 200 milliards d'euros pour le rattachement des nouveaux sites au réseau de distribution de l’électricité, on arrive à un total de 400 milliards ».

Nicolas va payer, comme d’habitude

C’est bien Nicolas qui paiera cette note faramineuse. Ces milliards se retrouveront dans les factures d’électricité des particuliers et des PME, dans les années à venir. Leur montant sera-t-il ou non multiplié par deux ? Ou plus, encore ? Ce qui est sûr, c’est qu’il a déjà doublé en dix ans, ce qui n’est pas bon signe…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 19/02/2026 à 5:07.

Vos commentaires

61 commentaires

  1. Les risques techniques et financiers » que présente la « feuille de route énergétique » du gouvernement semblent ne pas être des risques mais des certitudes. Mais il y avait aussi certainement un risque pour la filière des énergies intermittentes , si elles n’étaient plus soutenues un minimum par la PPE3.

  2. Le problème de notre caste de politicards…
    Ils sortent tous pratiquement de sciences pipeau paris ou l’ena .
    Des littéraires.
    Ayant strictement aucune formation industrielle ou scientifique.
    En chine, 80 % des cadres du PCC sortent d’écoles d’ingénieurs.
    On voit , la différence du développement industriel.
    Les chinois s’apprêtent a aller eux sur la lune …

  3. Ah ces casques à pointe , quand il faut nous en glisser une , ils détestent la France et nos serviles ne le voient pas .

    • La pseudo amitié franco allemande et le cirque de mitterand avec khol aura fait psssit !!!

      Jamais eu confiance moi !!!

  4. La France produit plus d’électricité que nécessaire. Donc construire d’autres sources de production doit logiquement s’accompagner de la fermeture de réacteurs nucléaires. C’est bien ce qui était prévu par hollande. Mais finalement on va en construire d’autres! (Et c’est heureux). La seule explication réside dans l’action de lobbying et d’intérêts privés proches du pouvoir. Tous les ingénieurs spécialistes de l’énergie sont formels, cette politique est incohérente, coûteuse et même dangereuse pour nos centrales nucléaires. Le véritable intérêt de la France serait d’arrêter ces projets de renouvelables qui brasse surtout du fric. Comme on ne peut pas croire que c’est une volonté de nuire, on se demande quelles sont les motivations de nos dirigeants. Une vaste enquête s’impose.

  5. Mais pourquoi donc voudriez vous accorder votre confiance à Lecornu, l’homme qui a triché sur ses diplômes, l’homme qui après avoir démissionné est revenu sur sa décision, l’homme lige de Macron qui a tout fait, y compris renier ses convictions, pour faire passer un budget qui enfonce un peu plus le pays ?
    Cette PPE3 est une énorme farce, commandée de Berlin via Bruxelles, dont les français seront encore une fois les dindons ! Dans la presse ce jour, le PDG d’EDF s’inquiète encore de la modulation, mais dans ce pays les  » zélites  » sont expertes en sabordage ! Inutile de s’étonner que le bateau coule, avec un paradoxe extraordinaire, non pas victime de la pénurie mais de l’abondance d’énergie qui enrichit le coût ! Et inutile de préciser que l’argent que l’on n’a pas coule à flots…(cf le grand argentier au nez de Pinocchio)

  6. Fortes hausses en vue ? Il y a déjà beau jeu que le prix de l’électricité n’est plus celui du produit mais un monstrueux impôt déguisé. Un fric que nous offrons aux Allemands, grâce à LEUR UE.

  7. Lecornu s’était fait passer pour un gentil arrangeur de situation, il se révèle comme irresponsable politique, soumis à la gauche..

  8. Aucune stratégie de Lecornu , seulement une obligation de respecter une directive européenne pour laquelle la France a été mise en demeure sous deux mois . Le pire est tout de même d’avoir traité les vrais spécialistes de crétins pas sérieux incapables d’apprécier les risques et les enjeux . Vous pensiez à H . Proglio ? Moi aussi . Vous pensiez à M.Levy ? Moi aussi .
    Quant au ministre de l’économie , surnommé crane d’oeuf , ne comptez ,i sur sa compétence ni sur son intelligence , il n’est qu’un organe de Macron aux ordres de celui qui détruite la France et sa souveraineté .
    Le pire président que nous n’avons jamais eu.

  9. Même en supposant que ce décret soit abrogé après les élections de 2027, le mal sera fait car d’ici là de nombreux contrats de longue durée auront été signés avec les exploitants d’éoliennes et de panneaux solaires, qui pourront ainsi se gaver pendant au moins 20 ans, contrats qu’il sera juridiquement impossible de résilier. Par ailleurs, outre la mollesse ou même l’absence de réaction de la droite, je n’ai pas entendu Alexandre Jardin, à qui revient pour une grande part la suppression des ZFE. En septembre dernier il avait pourtant promis d’organiser des manifestations populaires contre cette PPE3. Il n’est pas encore trop tard car il semble maintenant que seule une contestation populaire massive pourrait conduire le gouvernement à abroger ce décret, de la même façon qu’il a reculé pour les ZFE.

  10. Il faudrait arrêter de nous prendre pour des buses. Remettre à fond « en marche » le nucléaire afin de retrouver notre indépendance énergétique, avec un prix imbattable de notre électricité et faire un pied de nez à nos voisins germains…

  11. Et ces profiteurs des subventions publiques qui produisent l’éolien inefficace mais très rémunérateur, ils produisent où ces monstres qui défigurent la nature ? Et ils paient leurs impôts et leurs charges sociales où ? Ah mais oui ! L’Europe est leur paradis, voire plus loin encore…

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