Quatre siècles après l’interdiction des duels en France, le sang coule toujours
Quatre siècles nous séparent de l’édit par lequel la France décida d’en finir avec une pratique fortement enracinée dans son Histoire : le duel. En effet, le 6 février 1626, sous le règne de Louis XIII, le cardinal de Richelieu décida d’imposer un texte d’une sévérité inédite contre ces affrontements qui ensanglantaient le royaume et décimaient les rangs de l’aristocratie. L’acte fondateur de cette politique marque également un tournant décisif dans l’histoire de la violence privée, car derrière l’interdiction des querelles d’honneurs se joue en réalité l’affirmation de la souveraineté de l’État.
L’édit de 1626 : la volonté politique de Richelieu
Avant Richelieu, la monarchie française avait déjà tenté de proscrire le duel, mais sans réel succès. Ainsi, le 6 février 1626 est promulgué un édit qui aggrave et hiérarchise les peines encourues par ceux qui se livrent à ces combats. Le texte prévoit la peine de mort, la confiscation des biens et l’infamie pour les familles, selon la gravité des faits, la présence de seconds et l’issue du combat, qu’il y ait eu des blessures ou des morts. Aucune grâce royale ne peut désormais être accordée.
Cet acte s’inscrit également dans la politique de Richelieu visant à discipliner la noblesse et à mettre fin à des affrontements privés qui concurrencent directement la justice du roi. Le pouvoir entend désormais substituer la procédure judiciaire à la réparation par l’épée. L’édit promulgué est enregistré par le Parlement de Paris le 24 mars 1626. Cependant, tous ne l’entendent pas de cette oreille.
Défi et conséquence
Le 21 mai 1627, François de Montmorency-Bouteville décide d’affronter en plein jour, place Royale à Paris, le comte d’Harcourt. Le choix du lieu, au cœur de la capitale, relève alors presque de la provocation. À l’issue du duel, malgré son appartenance à l’une des plus illustres familles du royaume, Montmorency-Bouteville est arrêté, jugé par le Parlement de Paris et condamné à mort avec son second et cousin, François de Rosmadec. Tous deux sont décapités place de Grève le 21 juin 1627.
Richelieu s’oppose personnellement à toute mesure de clémence. Cette exécution doit devenir un exemple destiné à frapper les esprits : pour la première fois, des nobles d’un rang aussi élevé paient de leur vie la transgression d’un édit royal. Désormais, même l’honneur ne saurait prévaloir sur la loi du royaume et l’autorité du souverain.
Le dernier duel
Malgré cette démonstration de force, le duel ne disparaît pas immédiatement. Il se raréfie, se cantonne à des cercles de plus en plus restreints, avant de devenir le vestige d’un autre temps. Le dernier duel reconnu en France a lieu ainsi le 21 avril 1967 entre Gaston Defferre, alors ancien ministre, maire de Marseille et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, et le député René Ribière, membre de l’UNR. L’affrontement à l’épée se déroule alors à Neuilly-sur-Seine, à la suite d’un échange houleux dans l’Hémicycle où Defferre traita Ribière « d’abruti ». Ce dernier demanda alors réparation par les armes. Malheureusement pour lui, au terme de son duel, il finit légèrement blessé et le combat fut aussitôt interrompu.
À ce sujet — Le duel, ou comment désengorger les tribunaux et rendre enfin prudents les journalistes
Les violences d’aujourd’hui, bien loin de l’honneur d’hier
Malgré la disparition de ces duels au cérémoniel séculaire, les règlements de comptes et le sang n’ont pas disparu de nos rues. En effet, 400 ans après l’édit de Richelieu, la France ne cesse de connaître une multiplication des règlements de comptes, notamment liés aux trafics, aux rivalités territoriales et à une pseudo-vision de l’honneur parfois invoquée par les coupables. Ces rixes et affrontements, véritable parodie de duel, ne relèvent plus d’une mise en scène codifiée ni d’un face-à-face assumé. Ils s’inscrivent dans la dissimulation, l’embuscade et l’usage d’armes de plus en plus lourdes, exposant directement les habitants et faisant croître le nombre de victimes collatérales.
Parallèlement, certains intellectuels, à l’image de Bernard Lugan, proposent de réhabiliter symboliquement le duel afin de responsabiliser journalistes et responsables publics et de désengorger les tribunaux. L’argument repose sur l’idée que la confrontation personnelle, assumée et codifiée, produirait moins de dégâts et serait plus rapide que la conflictualité verbale et judiciaire actuelle.
La comparaison, toutefois, souligne surtout l’écart radical entre deux formes de violence. Le duel, aussi meurtrier fût-il, obéissait à un rituel strict et mettait en jeu des individus consentants et connus des hommes. Les règlements de comptes actuels, eux, frappent sans avertissement, sans distinction, de manière outrageante et lâche, transformant la France en terrain d’insécurité permanente.
En supprimant le duel, Richelieu ne cherchait pas tant à moraliser les comportements qu’à mettre un terme définitif à une violence privée qui défiait depuis trop longtemps l’autorité de l’État. Aujourd’hui encore, alors que des victimes tombent sous les balles et les lames, c’est la même question qui demeure posée : celle de la capacité de l’État à préserver l’autorité de ses lois et à éviter que le sang ne coule dans les rues de France.
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20 commentaires
Vous oubliez l’ordalie, ou » combat de Dieu » , qui était parfaitement codifiée au Moyen-Age, et toujours en usage dans les prétoires, sous le nom de » serment décisoire « . Quand vous vous prenez une » botte de Nevers », avec trois pouces de fer entre les deux yeux , ça résout tous les litiges. Mais lequel des 77.548 avocats est capable aujourd’hui de croiser le fer ?
Le duel à l’épée a évolué vers le duel au pistolet, arme qui me paraît autrement redooutable. Dès lors, comment se fait-il qu’il y ait eu autant de duels au pistolet au XIXème siècle ? L’édit de Richelieu était-il devenu obsolète avec l »avènement de la République ?
« Désormais, même l’honneur ne saurait prévaloir sur la loi du royaume et l’autorité du souverain. » Et ça n’a fait qu’empirer depuis : l’autorité de l’Etat s’établit encore et toujours aux dépens de l’honneur.
Vous confondez « gens du monde » et valetaille , Mr Mascureau.
« l’honneur » des duels -au 1er sang pour épargner l’adversaire- était réservé aux nobles et aux bourgeois, à « l’élite », selon la terminologie actuelle.
Le petit peuple des chaumières n’avait pas de quoi s’offrir une rapière… et d’autres problèmes vitaux que son honneur à défendre.
Aujourd’hui, ce sont précisément les gens du peuple, cette masse très majoritaire en nombre, qui subit les attaques au couteau, à la voiture ou à la kalach’. L’élite politicarde de technocrates, qui soumet cette masse de Citoyens à sa botte, n’est pas touchée par les violences dues aux barbares qui pullulent désormais partout en France.
Un peu de discernement -on dit aussi de « conscience d’appartenance à une classe sociale- et les responsabilités seront plus claires. Merci pour le Citoyen qui n’est ni noble, ni roturier, mais FRANÇAIS.
Les fausses croyances répandues dans les milieux ignorants et donc violents, et ignorant surtout le sens de l’honneur lié au pardon qui réglait en réalité la plupart des conflits, continuent à laisser trainer les imaginations errantes et maladroites. Inutile de discuter avec ceux qui n’écoutent pas parce qu’ils ne veulent pas comprendre qu’il y a moyen de vivre en paix, en partageant l’amour chrétien. Si la violence ne règle pas les conflits, elle permet cependant d’éviter proprement des drames et de sauver des vies innocentes (éliminer l’ivraie et préserver le bon grain). Mais cela nécessite une longue formation disciplinée et un discernement particulier de sage, qui devrait rester l’apanage de l’élite. Le pouvoir de la majorité ignorante de sa responsabilité dans nos démocraties n’est donc pas la solution à terme. Le coup de barre salutaire de Trump-le-voyou le prouve.
Les codes d’honneur sont des système destinés à pallier les déficiences de la justice d’Etat. Jadis ils étaient employés par des aristocrates hors sol que leur fortune héritée mettait à l’abris du besoin et qui ne reconnaissaient aucune autorité civile au-dessus d’eux et qui s’ennuyaient terriblement à force d’exploiter leurs pauvres. De la même façon aujourd’hui les Afghans ou les Pakistanais se réclament de « l’honneur » pour trucider une fille et l’amant de celle-ci, pour codifier le viol ou des mutilation, pour tuer leurs adversaires religieux… C’et « honneur » qui massacre et qui tue est affaire de sociétés primitives sans autorité effective. Le transformer par nostalgie mal placée en comportement romantique est un contresens auquel seul un passéisme systématique et délirant peut amener…
HONNEUR ?? Cela veut dire quoi de nos jours ??
Les Afghans et les Pakistanais tuent encore par sens de l’honneur…
Bobo on voit vos références, ça fait peur
Il n’y a aucun rapport entre le duel, qui est un affrontement codifié et à armes égales entre 2 individus pour des questions d’honneur, et le règlement de compte qui consiste à éliminer un individu par n’importe quel moyen.
Le côté meurtre peut-être ?
Le but du duel n’est pas forcément de tuer l’adversaire et il peut se conclure sur une simple égratignure.
Le sang coule toujours en effet, le nôtre principalement et rien n’est fait, certains le font en toute impunité même
Il est amusant de constater que la méthode utilisée par Richelieu a porté ses fruits. En réprimant SANS FAILLE la pratique du duel qui décimait les rangs de la noblesse, il en a sans doute fait décapiter une dizaine mais cela ça sauvé la vie à une centaine d’autres qui seraient morts ou méchamment estropiés si cela avait continué. « Qui veut la fin veut les moyens », chose que Macrounet 1er dans son délire mégalo, ne semble pas encore avoir compris.
ll l’a compris mais prend un malin plaisir à nous em…er comme il l’avait dit…
Je suis absolument sérieux : au constat de l’impunité de ceux qui humilient, injurient ou menacent, je suis très favorable au duel.
Voici vingt ans j’ai d’ailleurs convié quelqu’un à cette pratique mais, alors qu’il avait accepté de me rencontrer, il n’ est pas venu … sans me proposer un report.
Alors le duel, c’est OUI.
Bravo ! Ça veut dire que le fort aura toujours raison sur le faible. C’est une conception qui faut revenir a l’âge des cavernes.
Exactement, l’honneur est le synonymes de violence personnelle et de clanisme.
L’Etat fort aura toujours raison sur le faible citoyen. Age des cavernes, vous dites? Peut-être, après tout, c’est ce que l’on appelle « progrès ».
Oui, vous avez raison, et quand vous n’êtes pas en train de combattre avec quelqu’un pour une raison d’honneur plus ou moins bien placé vous vous entraînez pour gagner votre prochain duel ?