[REACTION] Populisme : La Justice ne fait plus peur qu’aux gens honnêtes

« Ce n’est pas du populisme (anti-judiciaire) que de faire état de cette situation très dégradée. »
entretien_ecrit garraud

Jean-Paul Garraud, président des députés RN au Parlement européen et ancien magistrat, réagit aux propos tenus par le « premier juge de France », Premier président de la Cour de cassation, Christophe Soulard, qui, dans un entretien publié dans les colonnes de Mediapart, ce 7 juin, alerte sur la montée d'un « populisme anti-judiciaire ».

 

Sabine de Villeroché. Pour Christophe Soulard - qui est également président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et du conseil d’administration de l’École nationale de la magistrature (ENM) -, cette nouvelle forme de « populisme anti-judiciaire » consiste à « laisser penser que les juges auraient pris le pouvoir ». Comment expliquez-vous ce décrochage des Français avec leur Justice ?

Jean-Paul Garraud. Il faut bien comprendre que le fossé entre la Justice et les Français s’est tellement creusé qu’il existe une grande incompréhension de nos concitoyens, à laquelle il appartient à la puissance publique de répondre. Face à une délinquance qui explose, à des victimes de plus en plus nombreuses, nos compatriotes ne se sentent plus protégés. C’est le fameux sentiment d’insécurité que nos gouvernants ont jusqu’ici méprisé, négligé, sous-estimé.

Il est pourtant bien réel, et s’y ajoute, pour les gens, le sentiment d’impunité des auteurs d’infractions, lui aussi bien réel. Les magistrats sont tenus pour responsables, puisqu’il leur appartient, en bout de chaîne pénale, de décider. Mais cette chaîne pénale est, elle aussi, rompue depuis longtemps. Les forces de l’ordre considèrent que la Justice ne « finit » pas leur travail comme elle le devrait. D’où une situation pour le moins très tendue.

Ce n’est pas du populisme que de faire état de cette situation très dégradée.

 

S. d. V. La légèreté des condamnations pour les émeutiers après la victoire du PSG – critiquée même par le ministre de la Justice – n’a fait que renforcer l’idée d’une Justice trop laxiste. Qu’est-ce qui cloche, dans notre système judiciaire ?

J.-P. G. Il y a beaucoup à dire, la problématique remonte loin dans le temps. L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 a correspondu à l’installation d’une certaine philosophie pénale faisant de l’auteur de l’infraction une victime de la société, qu’il faut aider à revenir dans le droit chemin. Ce n’est plus la prison pour punir mais la prison pour guérir.

Il me faudrait bien plus que ces quelques lignes pour décrire ce phénomène, qui fait plus de cas du délinquant que de la victime, de l’individu que de la société. Car il y a un aspect qui n’est plus vraiment intégré comme prioritaire par le système judiciaire : c’est celui de la protection de la société. La Justice, en tant que pilier régalien de l’État, a pourtant le devoir de la préserver. Faire passer l’intérêt du délinquant avant celui de la société est, à mon sens, une erreur lourde de conséquences. Car tout le système en découle, et cela est générateur de cette cassure entre le peuple et sa Justice.

 

S. d. V. Pour pallier la surpopulation carcérale, Christophe Soulard imagine développer le système des peines alternatives (TIG, bracelet électronique, etc.). Y êtes-vous également favorable ?

J.-P. G. Je suis d’un avis totalement contraire. Nous sommes déjà dans un système qui a fait des peines alternatives l’essentiel ! Entre la peine encourue et la peine prononcée, il y a déjà un abîme. Entre la peine prononcée et la peine exécutée, un autre, et en plus, la peine finalement exécutée n’est même plus une peine, au sens littéral du terme. Car dans « peine », il y a « punition », ce qui a été perdu de vue.

On a multiplié toutes les alternatives à l’emprisonnement. Ainsi, les « peines » complémentaires, accessoires, les aménagements de peine sont devenus la règle et l’emprisonnement l’exception. Je ne suis pas pour le tout carcéral, mais entre tout et pas grand-chose, on a de la marge. Surtout que ces peines alternatives ne conviennent pas à tous les délinquants, loin s’en faut. Certains d’entre eux ne sont pas réinsérables, et pourtant, on fait comme si… Quand on envisage une mesure de réinsertion sociale pour un multirécidiviste qui n’attend que cela pour recommencer ou pour un terroriste qui déteste notre société, on atteint le comble de l’absurde.

Vouloir réinsérer malgré tout, c’est prendre le risque de la récidive, de nouvelles victimes. Il ne saurait en être question. Il appartient aux gouvernants de construire des prisons. Le nombre de promesses non tenues en la matière est considérable.

 

S. d. V. Quelles seraient les mesures à prendre pour restaurer la confiance des Français dans leur Justice ?

J.-P. G. La Justice ne fait plus peur qu’à une seule catégorie de personnes : les gens honnêtes. La peur doit changer de camp. C’est au délinquant de se sentir en insécurité, c’est lui qui doit redouter le système pénal. Je suis partisan d’un tout autre système : celui de la certitude de la peine.

La peine prononcée doit se rapprocher de la peine encourue, la peine prononcée doit être exécutée et la peine dite accessoire doit le rester. Évidemment, faire reposer la responsabilité sur les seuls magistrats serait une erreur. C’est au politique de revenir sur des années de dérives et d’idéologie nourries par la gauche au pouvoir, par la droite molle et par le Syndicat de la magistrature.

Certes, le travail est important, mais il n’y a pas de fatalité à subir la violence et l’insécurité. La Justice a une grande place à tenir dans la restauration de l’autorité de l’État, dans la protection de la population et de notre démocratie. C’est toute l’ambition que je nourris pour elle.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

45 commentaires

  1. Je fais partie des  » honnêtes gens » et la justice ne me fait absolument pas peur, sauf quand elle s’acharne à punir les victimes !

    • Méfiez-vous. En tant qu’ » honnête gent » vous êtes idéalement placé comme prochain coupable. Quant au motif, comme le disent régulièrement les magistrats, « on trouvera ».

  2. EXCELLENT diagnostic : cette personnalité du monde judiciaire a t elle un poids suffisant pour entrainer les changements nécessaires…afin de  » protéger la société , et non les malfaiteurs » ???? VOEU PIEUX ????

  3. Dès les années 1970 tous les Magistrats français ont été formés selon une orientation dominante : il fallait comprendre les délinquants, ne pas les rejeter. Pas de répression, de la compréhension. Pour mieux les réinsérer bien sûr. Cette idéologie s’est répandue à tous les niveaux de la société. Les citoyens du commun participent et subissent, à terme, les conséquences de ce fantasme qui réfute les nécessités d’un Ordre social Impératif. La réalité ne se conforme pas aux désirs de Rêveurs prétendûment Éclairés.
    Inutile de changer les Juges. Changez les Idéologues et les Politiques qui gouvernent les juges comme ils vous gouvernent.

    • Je ne pense pas que  » les Politiques gouvernent les juges ». Cette caste d’Intouchables et  » injugeables » suit son idéologie mortifère gauchiste anti pénale, aveuglée d’angelisme et de laxisme.

  4. Le portefeuille de la « Justice » a été confié il n’y a pas si longtemps à Dupont-Moretti, alors qu’il avait confié dans une interview que si on lui proposait ce portefeuille, jamais il n’accepterait, parce qu’il n’était pas d’expérience en ce domaine…Cela illustre, s’il en était besoin, à qui on confie les clefs de ce ministère si important !

    • Un avocat, et pas des moindres !! Il n’avait pas d’expérience dans la justice ? C’était au contraire un « spécialiste » !

  5. Les récentes déclarations, tant du premier président de la cour de cassation que du procureur général auprès de cette cour, traitant de « doxa populistes » les reproches justifiés que le pays tout entier fait à cette classe judiciaire totalement hors sol et déconnectée, sont à proprement parler totalement inadmissibles.

  6. Le « libre arbitre » de la religion chrétienne est donc exclu par la république rousseauiste, au profit du « déterminisme social », faisant passer le délinquant au statut de victime (de son entourage, de son époque) : il ne s’agit alors plus de réprimer, mais de rééduquer (comme disait, au passage, le « Grand Timonier »). Ne voilà-ty pas la meilleure façon pour désengorger les prisons (que l’on peine à construire et à équiper) ?

  7. Quand on sait la place que se prennent les juges aux USA, et il ne faut plus 20 ans pour que ça vienne chez nous, maintenant c’est instantané, à se demander pourquoi on vote pour des politiques si les juges interfèrent. On devrait donc avoir des listes de juges et voter dans ces listes, au fait !

  8. J’ai peur, j’ai peur de voir Madame Le Pen condamné par la justice a une lourde peine avec exécution immédiat en première instance pour avoir comme Monsieur Bayrou (mais lui bénéficiant d’un non lieu), pour avoir utiliser des fonds de sa fonction Européenne a des fin de politique Française, par contre Madame Hassan député Européen fait de même pour la Palestine. Sera elle condamné et inéligible.

  9. Cher Madame, dans le titre de votre « papier » : « La Justice ne fait plus peur qu’aux gens honnêtes », tout est dit. Nos magistrats prétendent ne pouvoir sanctionner plus durement les jeunes délinquants de moins de 16, pour faute de places dans les prisons. Sauf que lesdites prisons ne sont occupées qu’à 75% de leurs capacités d’accueil. Chez moi on a l’habitude de dire que quand la justice par en « sucette », le mal est plus profond qu’on ne peut l’imaginer, qu’on ne pourra le supporter.

  10. C’est exactement ça, les gens honnêtes voient que leurs agresseurs, ou voire meurtriers sont en fait des victimes aux yeux de la loi et leur détresse non prise en compte, ils voient les jugements rendus, ils voient que la justice n’est pas du tout de leur côté…..

  11. Les propos du « premier juge de France » ne surprendront personne. Il s’exprime dans mediapar, invoque le populisme, les ingrédients pour la tambouille de gauche sont réunis.

  12. En matière de sécurité au travail, les employeurs ont une obligation de « moyens et de résultats ».
    ils ont l’obligation de se faire obéir pour parvenir au résultat (dixit un célèbre avocat parisien).
    Pourquoi n’en serait-il pas de même pour notre aimable président (quelqu’il soit) ?

  13. C’est tout le problème, cette justice n’est dure qu’avec ceux qui respectent la loi.
    Prenez le durcissement des lois sur les armes à feu par exemple. Elle n’emmr..e que ceux qui les respectent puisque par définition ceux qui les utilisent à tort ne respectent pas les lois ( et les juges sont bienveillants avec).
    Ca a détruit la notion de citoyenneté mais attention au réveil du peuple

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