Réhabiliter les Wings, le groupe mal-aimé de Paul McCartney !

Paul McCartney se sent seul. La camaraderie d’un groupe lui manque. La vie en tournée, aussi. Il fonde alors les Wings.
Paul McCartney et sa femme Linda McCartney
Auteur compositeur et interprete britannique
Photographe et chanteuse
Juillet 1972
Concert.
Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)
Paul McCartney et sa femme Linda McCartney Auteur compositeur et interprete britannique Photographe et chanteuse Juillet 1972 Concert. Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)

Le 10 avril 1970 est un jour marqué d’une pierre noire, pour les amateurs des Beatles, puisque date de leur séparation. C’est Paul McCartney qui la rend officielle, grillant ainsi la politesse à John Lennon, qui voulait être le premier à annoncer la triste nouvelle. Le bassiste gaucher le plus célèbre du monde n’en reste pas pour autant inactif, signant deux 33-tours en solo, McCartney et Ram, tous deux fabriqués avec son épouse Linda en leur ferme écossaise, située aux environs de Kintyre. Ces deux essais en solitaires ont beau avoir été largement réévalués avec le temps, le succès n’est pas vraiment au rendez-vous. Il est vrai que pour le grand public, c’est lui le responsable de la fin d’un rêve, celui de ces quatre garçons dans le vent qui, en dix ans et en seulement douze albums, ont révolutionné la musique contemporaine.

D’ailleurs, Paul McCartney se sent seul. La camaraderie d’un groupe lui manque. La vie en tournée, aussi. Qu’à cela ne tienne, il fonde donc son propre groupe en 1971 : les Wings. La raison de cet intitulé ? Alors que l’arrivée au monde de sa fille Stella s’annonce délicate, McCartney se souvient d’avoir rêvé, la veille, de sa défunte mère Mary, qui lui avait inspiré la chanson Let It Be. Dans ce songe, elle était entourée d’anges. Il pria donc pour que l’enfant naisse en venant sur les ailes d’un ange. Ce sera donc Wings, nom un brin plus élégant que Turpentine - soit térébenthine, dans la langue des Monty Python.

Linda McCartney, l’anti Yoko Ono…

Quelques mois plus tard, en décembre 1971, sort l’album Wild Life, galop d’essai à la va-vite enregistré et qui sort quasiment à la sauvette. Il installe sa femme, Linda, aux chœurs et aux claviers. Et les critiques de rock commencent à la railler, jusqu’à en faire une véritable tête de Turc. Certes, madame McCartney n’est ni la Callas et encore moins Michel Petrucciani, mais elle se débrouille autrement mieux que Yoko Ono, l’épouse morganatique de John Lennon, connue pour meugler tel un phacochère en pleine saison des amours. Puis il prend Denny Laine comme bras droit. Solide guitariste et chanteur confirmé, ce dernier est au chômage après avoir eu la très mauvaise idée de quitter les Moody Blues, groupe de rock progressif anglais, juste avant qu’ils ne sortent leur fameux tube Night in White Satin. Avril 1973, Paul McCartney redresse néanmoins la barre avec Red Rose Speedway, double album dans lequel le groupe donne le meilleur de lui-même, livrant ainsi My Love, slow plus que langoureux et qui n’aurait pas déparé sur un disque des Beatles. Il sera même numéro un aux USA.

Victime des snobs de la critique rock…

Pourtant, les mêmes critiques continuent de se déchaîner, hurlant à la bluette sirupeuse. Il est vrai que ces gens n’en ont alors que pour John Lennon, lequel se prend désormais pour une icône révolutionnaire, se comparant un jour au Christ et l’autre au président Mao. Avec Yoko Ono, ils entendent mettre fin à la guerre du Vietnam en refusant de quitter leur lit. Ils appellent ça des « bed-in », un nom plus noble pour une grasse matinée, on imagine. Le même Lennon sort alors Imagine, chanson encore plus meringuée que My Love, dans laquelle il rêve d’un monde sans possessions matérielles. Pour celui qui est en train de devenir l’un des plus gros propriétaires immobiliers d’Amérique, voilà qui ne manque pas de sel et encore moins de soja. McCartney laisse uriner le mérinos, lui dont on n’a jamais su pour qui il votait, voire même s’il votait, et dont le seul engagement politique consistait à se dire végétarien ; ce qui ne mange pas de pain et laisse surtout plus de rillettes pour les autres.

Et c’est en toute discrétion qu’il prépare son nouvel album, Band on the Run, celui de tous les hits, Jet, Bluebird ou Let Me Roll It. Les Wings se résument alors à un trio, avec madame et le fidèle Denny Laine. Il choisit d’enregistrer à Lagos, capitale du Nigeria, qui n’est pas exactement la ville la plus sûre au monde ; à côté, le Bronx, c’est Beverley Hills. Usiné dans la moiteur africaine, leurs auteurs manquant de se faire trucider dans la rue, ce disque est enfanté dans la douleur. Mais le résultat est là. Les critiques conviennent qu’il s’agit d’une réussite et le tout se vend par dizaines de millions. Même John Lennon reconnaît qu’il s’agit d’une réussite ; c’est dire.

Le grand public adore les Wings : il est bien le seul…

Bref, avec le succès public, même si la reconnaissance du monde culturel ne lui est concédée que du bout des lèvres, Paul McCartney retrouve enfin confiance en lui. Oui, il peut y avoir une vie après les Beatles. Son inspiration est au summum et ne le quittera plus, le temps des deux albums suivants des Wings, Venus and Mars et Wings at the Speed of Sound, respectivement sortis en 1975 et en 1976, année durant laquelle est encore publié Wings over America, triple album illustrant une tournée américaine aux dimensions mammouthéennes. N’en jetez plus ! Mais le succès agace. Ces fichus critiques, une fois encore, pour lesquels Macca n’est pas assez politiquement conscientisé. Et nombre de ses confrères, certains snobs, et d’autre tout simplement aigris, pour lesquels notre homme ne fait que des « chansons faciles », ignorant que ce sont justement ces « chansons faciles » qui sont généralement les plus difficiles à écrire.

McCartney persiste et signe…

Paul McCartney ne peut faire autrement que de réagir. Mais il le fait à sa façon, légère et élégante, en envoyant dans les juke-box cette chanson en forme d’auto-plaidoyer : Silly Love Songs. Dans Paul McCartney. Paroles et souvenirs (Buchet-Chastel), il s’en explique : « Au milieu des années 1970, j’ai été accusé, y compris par John, de n’écrire que des "chansons d’amour débiles" (silly love songs). Je suppose qu’on attendait de moi que je sois plus dur, plus terre à terre. Et puis, j’ai pris conscience que l’amour concerne la Terre entière. Cette réputation me collait à la peau et il fallait que je campe sur mes positions. Plutôt qu’abandonner des chansons d’amour, continuer à en écrire, sans aucune honte –, on peut penser que c’est un sujet mièvre, mais c’est exactement le contraire : cette chose que l’on ressent les uns pour les autres, c’est ce qui rend la vie meilleure. Le cœur du problème est là. C’est tellement facile d’être cynique. La plupart des personnes qui tournent l’amour en dérision n’ont tout simplement jamais eu la chance d’éprouver ce sentiment. »

Voilà qui est bien dit. Et, surtout, joliment dit. Depuis, tant d’eau a coulé sous les ponts et le jour n’est pas loin où même les pisse-froid des Inrockuptibles et de Libération reconnaîtront que les Wings furent un assez beau codicille à l’épopée des Beatles, même si dissous au début des années 80, après un ultime tube planétaire, Mull of Kintyre, ballade champêtre sur fond de cornemuse et évoquant sa retraite en cette ferme plus haut évoquée, dans laquelle il digéra la fin des Beatles et la genèse des Wings, aidé par son aimante famille. D’où la publication de cette volumineuse compilation en deux CD, sobrement intitulée Wings.

Inutile de préciser qu’il est vigoureusement conseillé d’en faire l’acquisition, histoire de découvrir ou de redécouvrir un groupe injustement oublié et trop souvent négligé.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Merci Nicolas pour toutes vos infos musicales, et bonnes fêtes de fin d’année à toutes l’équipe de Boulevard Voltaire.

  2. Merci Nicolas pour cet excellent papier!
    Mull of Kintyre, c’ est vraiment extra une sorte de de country à la sauce écossaise!
    Quant aux pisse-froid des Inrocks et Libé, comme disait Pierre Dac, les paroles s’ envolent, les aigris restent!

  3. Mac Cartney , a permis plus que Lennon de perpétuer l’esprit Beatles , en tout cas je l’ai ressenti comme cela .
    Il a fait une magnifique première chanson pour sa femme Linda  » May be amazed  » .
    Ils formaient un couple très touchant , tout les deux.
    Il y eu Ram , et la période avec les Wings.Dont je possède le disque en public..
    J’avais un ami qui possédait une collection vraiment impressionnante des disques des Beatles et tout ce qui les touchaient de près ou de loin , des pressages , des versions de chansons et pochettes,diverses et variées issus de toutes sortes de pays .
    Il m’avait raconté qu’il avait croisé une fois Macca , mais qu’il n’avait pu l’abordé tellement l’émotion a pris le pas sur le reste .
    En mémoire de Luc qui est décédé quelques temps après avoir pris sa retraite.

  4. J’ai toujours apprécié Mac Cartney et voir qu’il a chanté avec sa femme même si certains ont crtiiqué cette dernière est génial, opinion personnelle.

  5. Cher Nicolas, dites-moi vous qui savez tout, je me rappelle avoir vu et entendu sur une chaine de la télévision un spectacle pour lequel Paul était seul en scène, chantant, et jouant de plusieurs instruments, c’était absoulment magnifique, cela vous rappele-t-il quelque chose et existe-t-il une vidéo de cette prestation ? Ceci dit en souvenir d’une bière bue à l’Aqua Boulevard recemment !

  6. Toujours très bon Monsieur Gauthier, grinçant et plein d’humour.
    J’ai toujours beaucoup aimé le son des Wings. Stella faisait son job et pas plus mal qu’une autre et la musique de Sir John était toujours empreinte d’une grande élégance pleine de nostalgie et de classicisme.
    Pour le phacochère que je ne voudrais pour rien au monde voir en concert, pas sûr qu’il meugle. Selon le dictionnaire, il n’en serait qu’aux grognements…

  7. «The Beatles» est un jeu de mots né de the beetles, «les scarabées», et de the beat, «le rythme». Le scarabée ayant été, selon la légende, choisi en hommage à Buddy Holly, idole de Paul McCartney et de John Lennon, dont le nom de groupe était «The Crickets».

    Article intéressant. Merci.
    Paul McCartney, on l’aime bien.

  8. Je suis d’accord sur l’opinion de Gauthier sur Yoko Ono : » connue pour meugler tel un phacochère en pleine saison des amours »

  9. Merci pour cette article qui me fait découvrir la valeur de Paul McCartney que je ne soupçonnais pas, étant assez ignorante de cette musique surtout anglaise…

  10. Article intéressant, dommage qu’il verse dans la phacochèrophobie. Ces petits coléoptères méritent mieux que le mépris !

Commentaires fermés.

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