Relooted, le jeu qui consiste à repiller nos musées occidentaux

Si le temps est aux restitutions, la partie à jouer est néanmoins curieuse...
Capture d'écran YT France24
Capture d'écran YT France24

« Est-ce du vol que de récupérer des objets volés ? » Voilà l’argument de ce nouveau jeu qui prétend rendre justice au continent africain soi-disant pillé par la colonisation.

C’est le journal britannique The Guardian qui, le premier, a vanté les mérites de ce jeu vidéo. Lancé par le studio Nyamakop, en Afrique du Sud, il propose à ses joueurs « la restitution du patrimoine africain en braquant des musées occidentaux, à la fin du XXIe siècle ». Une initiative que relate France Culture… mais qui ne séduit guère les joueurs.

Un jeu très politique

Alors que l’Europe est agitée par les polémiques sur les restitutions et que la France, dans un rapport commandé par Emmanuel Macron en 2018, s’alarme que « 85 à 90 % des pièces d’art du patrimoine culturel de l’Afrique subsaharienne [soient] conservées hors du continent africain », le studio Nyamakop lance Relooted sur le marché. Si le temps est aux restitutions, la partie à jouer est néanmoins curieuse. Le joueur est projeté à la fin de ce siècle. « Les gouvernements ont signé un traité qui promet de rendre les œuvres africaines aux pays dont elles sont originaires quand elles sont exposées au public. Les musées et fondations privées exploitent alors une faille : en remisant les artefacts africains aux réserves, il n’y aura plus lieu de les rendre. Dès lors, à charge pour le joueur et son équipe de cambrioleurs originaires de différents pays d’Afrique d’organiser chaque cambriolage pour dérober les 70 artefacts. » Ceux-ci – des pièces historiquement majeures – représentent 25 pays sur les 54 que compte le continent africain.

À noter que si les développeurs du jeu ont évité de nommer des musées occidentaux en particulier, ils n’ont pas non plus désigné de musées africains pour recevoir les œuvres « repillées ». Et pour cause : il y en a fort peu et il n’est pas garanti qu’à la fin de ce siècle et de l‘islamisation à marche forcée du continent africain, on en compte davantage.

Le petit bout de la lorgnette

Ben Myres, le patron de Nyamakop, dit s’attendre à un « backlash » (une réaction hostile), notamment de la part des musées. Pour l’heure, toutefois, les seules réactions critiques viennent des joueurs – seulement quelques dizaines, relèvent les internautes – qui ne tiennent pas du tout à voir la politique s’inviter derrière leurs écrans. Quant à la frilosité des musées, elle va grandissante. Ici, en France, nombre d’amateurs de ces arts qu’on dit premiers notent d’ailleurs que le musée du Quai Branly, spécialiste en la matière, a basculé lui aussi vers le tout sociétal. Fini, les grandes expos sur les collections célèbres et leurs passions ciblées (Dogon, Mumuye, Fang, etc.) ; fini, les parcours enchanteurs du musée Dapper, aujourd’hui disparu. À l’instar des institutions comme le Musée des Confluences, à Lyon, ou le Mucem à Marseille, ou celui de Tervuren à Bruxelles, comme tant de musées européens, on a abandonné, à Branly, l’initiation à l’art. On garde les pièces dans les réserves pour se consacrer à la seule ethnologie et à la critique de l’Occident colonial.

Songeant, bien sûr, à l’éducation des masses, Ben Myres explique : « Nous voulions que les joueurs découvrent ces artefacts dans le jeu et se disent : "Waouh, c'est incroyable que ce soit réel !" Et qu'ils repartent avec cette question lancinante : si cet objet est si important pour le peuple auquel il a été pris, pourquoi se trouve-t-il dans un musée à des milliers de kilomètres de chez eux ? »

Ce sont les internautes qui répondent le mieux. Notamment Antonin Leroy, qui cerne parfaitement la question. « S’il est indéniable que l’histoire coloniale comporte des zones d’ombre et des spoliations réelles, présenter l’intégralité des collections africaines en Occident sous le seul prisme du vol est une simplification historique regrettable », écrit-il. C’est en effet évacuer deux points essentiels. Le premier est que les collections ont été acquises de bien diverses manières qui toutes, loin s’en faut, ne relèvent pas du pillage mais souvent « de trocs, de transactions commerciales licites ou de dons diplomatiques qui étaient, à l’époque, des actes de reconnaissance entre souverains, notamment africains ».

Secondement, c’est ignorer que l’Occident « a servi de conservatoire mondial », protégeant maintes œuvres des ravages climatiques comme des « destructions idéologiques ». Cf. les bouddhas de Bâmiyân, pour ne citer que cela. Surtout, dit-il, ce jeu, enfermé « dans une posture idéologique radicale […] sacrifie la vérité historique sur l’autel d’un militantisme politique ». Les musées ne sont pas des scènes de crime, comme on le laisse entendre aujourd’hui, alimentant par là le ressentiment et l’incompréhension quand on devrait, au contraire, les considérer comme « des espaces de dialogue universel ».

Il y a derrière tout ce cirque des restitutions des vérités qu’on préfère taire. Par exemple que des objets restitués en grande pompe sont déjà de retour sur le marché de l’art. On pense à une partie des bronzes du Bénin au cœur d’un scandale au Nigeria, l'Edo, descendant de la famille royale, s’estimant légitime pour les récupérer à son profit.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 19/02/2026 à 5:22.

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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Quand on sait que le patrimoine africain a soit été donné, soit vendu, accuser les occidentaux de pilleurs est d’une stupidité et d’une inculture crasse. En fait ils tiennent les occidentaux responsables de leur stupidité!

    • Il n’a été ni donné, ni vendu ! (on parle ici de l’époque coloniale … )
      C’est trop connu pour être ignoré !

  2. Cela tombe sous le sens que, comme dit dans l’article, les objets ethniques, pas toujours de valeur artistique, qui ont été conservés en Europe, n’existeraient probablement plus s’ils étaient restés en Afrique. Je suis aussi d’acccord avec l’afffirmation qui dit que la plupart des objets n’ont pas été volés, mais achetés. Pour avoir vécu au Congo à la fin des années 50, je puis témoigner du fait que des marchands (pas nécessairement congolais) circulaient de ville en ville pour vendre toutes sortes d’objets. Il est très probable que ce genre de commerce existait depuis de nombreuses années et, me semble-t-il était surtout exercé par des Sénagalais, un peuple qui, comme les Hollandais, a le commerce dans le sang !

  3. Juste une question , quelle serait la population africaine sans l’usage de la vilaine médecine coloniale ? Le wokisme comme toutes les lubies nées des névroses gauchistes sera balayé par le monde réel .

  4. Que tout ce petit monde reparte avec ses oeuvres d’art, les accompagne pendant le voyage, et reste sur place pour les entretenir et les garder afin d’éviter un autre pillage.

  5. Quels équivalents à Rembrandt, Raphaël, Watteau, Goya, Michel Ange, Rodin et tant d’autres dans les « arts premiers » ? Rendons leur tout, ça fera de la place.

  6. La restitution du patrimoine européen en Afrique et en Asie va être compliquée, par contre. Comment restituer les ruines de Timgad, et comment faire avec l’ancienne basilique Aegia Sofia à Istamboul, l’amphitéatre de l’antique Ephèse en Turquie.? Une idée, comme il n’est pas normal que ces monuments soient visités avec, je suppose des droits d’entrée qui entrent dans le PIB des pays concernés, je propose que cet argent soit récupéré par les pays qui ont installé ces monuments et alimente les PNB respectifs. C’est le principe des PIB et PNB. PNB ensemble des recettes d’un pays en intérieur ET extérieur. PIB tout ce que le pays produit dans ses frontières. Les acronymes ne sont pas mystérieux ils disent ce qu’ils sont !

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