Robert Plant : de Led Zeppelin à la country, ou l’art de vieillir avec élégance

Comment survivre à tant de drames, de rumeurs et de frasques ?
ROBERT PLANT

Quand on est chanteur, en solo comme dans un groupe, obtenir un succès est parfois moins difficile qu’on ne le croit. Mais durer, là est la vraie question. Robert Plant, chanteur emblématique de Led Zeppelin, formation qui, durant les années 70, emplissait les stades tout en squattant le Top 50, a dû se la poser. Comment survivre à tant de drames, de rumeurs et de frasques ?

Le premier ? La mort d’un de ses enfants, le jeune Karac, arraché à l’affection de ses parents à la suite d’une maladie foudroyante. Le deuxième ? Le pacte que le groupe aurait signé avec le prince des ténèbres, contre succès immédiat et jeunesse éternelle. Inévitable ritournelle ayant fait les belles heures de la droite évangélique américaine passant son temps à faire tourner les 33-tours à l’envers afin d’y dénicher des messages méphistophéliques à l’endroit. Le troisième ? L’odeur de stupre et de scandales permanents ayant fait de Led Zeppelin un groupe pas tout à fait comme les autres. Comment faire la part entre la réalité, sordide, et la légende, souvent noire, les groupies du groupe y étant souvent tenues pour simple bétail ? Il y avait du vrai, beaucoup, et un peu de faux, mais pas trop, dira-t-on.

Led Zeppelin, groupe sataniste ?

Certes, Jimmy Page, guitariste surdoué et grand architecte musical du groupe, présente alors une personnalité propre à alimenter la une des gazettes. Féru d’occultisme, il va jusqu’à acquérir le manoir de Moleskine, situé sur les rives du Loch Ness, jadis propriété d’Aleister Crowley, mage luciférien à moments perdus et escroc à plein temps. Des années durant, Jimmy Page devra se défendre d’accusation de satanisme plus ou moins militant. Pour sa défense, il objectera avoir toujours été disciple des religions anciennes ; soit une foi n’ayant que peu à voir avec le culte du Malin. Ce qui n’était pas pour autant une raison pour taquiner la guitare en uniforme SS, en leur ultime tournée de 1977. Mais c’était l’époque qui voulait ça, l’exhibition de signes nazis remontant au festival de Woodstock, quand Jorma Kaukonen, guitariste du Jefferson Airplane, s’y produisait, une swastika autour cou, face à une meute de hippies hébétés.

Comment survivre à Led Zeppelin ?

Bref, Robert Plant a vécu tout ce chaos, tenant à la fois de l’escalier montant au Paradis, pour paraphraser l’un de leurs plus grands succès (Stairway To Heaven), comme de la descente aux enfers. Car si la musique était bonne, l’ambiance l’était un peu moins. Surtout quand John Bonham, leur batteur, rend l’âme à on ne trop sait qui, étouffé par son vomi, le 25 septembre 1980. Hormis une prestation anecdotique, en 2007, en hommage à Ahmet Ertegun, mythique fondateur du label Atlantic – il a lancé les carrières d’AC/DC, d’Aretha Franklin et de Led Zeppelin, excusez du peu –, le « Zeppelin de plomb », in French if you please, enterra donc ses folles années. Mais quoi faire, ensuite ?

Quand le passé a encore de l’avenir…

Rober Plant, bien conscient qu’à son âge, son tour de taille lui interdisait les chemises échancrées et qu’il ne pourra plus jamais bramer à torse-poil, en rabat vite. Les notes aiguës, autrefois sa spécialité, lui sont désormais interdites, étant de plus en plus à l’aise dans les tonalités graves. Que faire, alors, si ce n’est revenir à ce passé ayant encore manifestement de l’avenir, ce genre musical aujourd’hui baptisé « americana » ; soit un mélange de blues et de bluegrass, de rock et de country. Bref, de tradition américaine, alors que notre homme, né le 20 août 1948, à West Bromwich, serait plutôt du genre anglais. Peu importe, finalement, le talent se riant des frontières ; ce que démontre son dernier album, Saving Grace. Loin des afféteries de jadis, Robert Plant continue de creuser son sillon, entamé depuis plus de dix ans, abandonnant ses excès de jeunesse pour en revenir à l’essentiel et n’hésitant pas à se mesurer à de jeunes pousses, telles les chanteuses Alison Krauss, chanteuse et violoniste à la fois, ou la très jeune et très prometteuse Suzi Dian. Et le résultat demeure à la hauteur. Car là, tout n’est que grâce et beauté ; beauté un peu rugueuse parfois. Mais grâce toujours au rendez-vous, tel qu’en témoigne ce Soul of a Man, ballade pour le moins bouleversante.

Décidément, savoir vieillir avec dignité n’est pas à la portée du premier venu. Et Robert Plant, qui n’est pas exactement le perdreau de l’année, vient d’en administrer l’indubitable preuve. Bravo !

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Reste plus à espérer qu’à son âge, Aya Nakamura jouera du Tina Turner.
    (Même si elle ne l’a connaît pas encore)

  2. C ‘est le Château de Boleskine et non Moleskine ! incendié en 2015 ,délibérément , aux dires de la police écossaise …

  3. Je n’ai pas souvenance des scandales générés particulièrement par Led Zep. R. Plant chante, seul, ou accompagné. On le présente toujours _ naturellement _ comme le chanteur de Led Zep, mais lui veut chanter, tout simplement. Dans la mentalité anglaise, pas plus (sans doute…).

  4. « Le manoir de Moleskine, jadis propriété d’Aleister Crowley »… l’ancêtre de la famille de Downtown Abbey ?

    • Très bonne série , l’une des meilleures de la plateforme bien connue avant que celle ci ne tombe totalement dans le wokisme absolue .
      je ne veux pas jouer au correcteur mais le titre exact est Downton Abbey et non Downtown . j’avais noté ce truc ,à l’époque, lorsque je suivais la série .

  5. C’est bien que ces vieilles gloires deviennent écoutable, même si ça reste moyen face aux pointures du genre. Le Bourbon n’aura jamais les mêmes effets que certaines poudres.

  6. Pour moi, Led Zeppelin II restera le meilleur album du groupe. Son énorme, unité de production malgré des prises de son aux 4 coins de la planète. Depuis longtemps, pour sa retraite, Plant, avec toujours le même look de vieux bab, s’est reconverti dans la country. C’est propret, bien fait. Mais, franchement, rien de transcendant.

    • je prend les quatre premiers et je m’arrête là . Ce sont les meilleurs .
      Pour les Stones c’est pareil , ils ont quatre albums mythiques qui se suivent après je ne dirais pas que c ‘est de l’habillage mais ils ne sont pas non plus incontournables .Et pour les Beatles je ne suis pas loin de penser qu’il y a aussi 4 disques qui surnagent sur le reste de la production.

  7. La vanne classique étant qu’il y a beaucoup plus de gens qui vont en enfer que de gens qui vont au paradis (stairway to heaven, versus highway to hell, escalier vers le ciel, autoroute vers l’enfer).

  8. Ah mais qu’est-ce que c’est bien de lire Nicolas Gauthier y’ a toujours pleins de souvenirs qui remontent c’est génial.
    Merci.

  9. J’ai vu (et, tant qu’à faire, écouté) Plant en concert sans LZ. Pour faire plaisir aux fans historiques, il avait repris « whole lotta love », mais trois tons plus bas que la version originale. C’était plus trop ça. Mais, semble-t-il à part Roger Daltrey (The Who), on ne lutte pas contre la senescence des cordes vocales. Donc il a revu son style. Et le titre que nous propose notre ami Nicolas me rappelle un peu Knopfler interprétant « your own sweet way » avec The Notting Hillbillies. J’aime bien.

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