Rome : vers un assouplissement à l’endroit des tradis ?
[MISE A JOUR du 10 janvier à 12h55]
Finalement, la question de la liturgie initialement prévue a été écartée par les cardinaux qui ont préféré réfléchir sur la synodalité. Interrogé sur ce changement de programme, l'abbé Raffray reste confiant et confirme ses propos.
L’engouement pour la liturgie traditionnelle n’est plus à prouver. Son sens du sacré, du mystère et de la beauté attire chaque année nouveaux et anciens baptisés, le pèlerinage de Chartres - victime de son succès - doit fermer ses préinscriptions avant l’heure, des familles sont prêtes à rouler plusieurs dizaines de kilomètres pour assister à une messe de rite tridentin (codifié à l'issue du concile de Trente au XVIe siècle) et les séminaires des communautés liées à la liturgie traditionnelle (Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, Institut du Christ Roi, etc.) ne désemplissent pas. « Si cette liturgie attire aujourd’hui autant, notamment les jeunes, c’est en grande partie à cause de son caractère rituel, sacré et hors du temps, détaille l’abbé Raffray. Dans une messe traditionnelle, il n’y a rien de profane. On n’y va pas pour écouter un discours, mais pour entrer dans des gestes et des rites pluriséculaires qui nous dépassent et nous relient à l’éternité. Cette recherche de racines, de sacralité et de temps long correspond profondément aux attentes de nombreuses jeunes générations. » Une liturgie qui séduit de plus en plus de fidèles et qui, paradoxalement, se trouve dans une situation délicate depuis le motu proprio Traditionis custodes publié par le pape François en 2021.
Des traditionalistes dans une situation intenable
Pour mémoire, si le pape Benoît XVI avait donné, par son motu proprio Summorum pontificum de 2007, un cadre canonique à l'usage du rite tridentin, notamment parce que « des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle, et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement », Traditionis custodes annulait cet élargissement et durcissait au contraire les conditions d’accès à ce rite. « Une situation intenable, ni pour les évêques, ni pour les fidèles, ni pour les prêtres », estime l’abbé Raffray, qui évoque « énormément d’incertitudes et d’incompréhensions, avec des situations parfois ubuesques : des communautés traditionnelles qui avaient été encouragées par le pape Benoît XVI se retrouvent aujourd’hui plus ou moins bloquées » et certains évêques qui « limitent au maximum une pratique pourtant reconnue comme un droit dans l’Église ».
Tandis que doit se tenir à Rome, cette semaine, un consistoire extraordinaire (par opposition aux consistoires ordinaires consacrés aux créations de cardinaux ou aux causes des saints, les consistoires extraordinaires sont tenus à huis clos et permettent au pape de consulter les cardinaux sur des questions importantes), les 7 et 8 janvier, la liturgie y sera à l’ordre du jour. À l’annonce de ce consistoire, le père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, a adressé aux cardinaux attachés à la liturgie traditionnelle une lettre proposant de réfléchir à la création d'un ordinariat, c'est-à-dire d'une circonscription ecclésiastique (autrement dit, un diocèse) dédiée spécifiquement à l’ancien rite latin. « Le simple fait que la question soit remise en discussion est déjà un signe positif. Cela va clairement dans le sens d’un assouplissement. Reste à déterminer la forme précise que cela prendra et les conditions dans lesquelles cela se fera », analyse l’abbé Raffray. À l’inverse, l’abbé Amar, prêtre du diocèse de Versailles, estime que cette juridiction propre « est une solution. Mais c'est la moins bonne... Elle isolera les tradis dans une structure, là où les contacts et la rencontre sont une richesse pour les uns et les autres. »
Une juridiction pour la liturgie traditionnelle ? C'est une solution. Mais c'est la moins bonne... Elle isolera les tradis dans une structure, là où les contacts et la rencontre sont une richesse pour les uns et les autres. https://t.co/NIi0TgJbrY
— Abbé Pierre Amar (@abbeamar) January 6, 2026
Une réserve d'Indiens ?
Alors, la création d’un diocèse « tradi » à l’instar d’un diocèse aux armées : réserve d’Indiens ou reconnaissance du rite traditionnel comme un rite romain à part entière, et non comme une forme dégradée ou extraordinaire ? « L’intérêt d’un ordinariat serait d’avoir des évêques dont la mission principale serait de soutenir, développer et transmettre le rite romain ancien, avec une véritable charge pastorale », nous répond l’abbé Raffray, qui comprend parfaitement les réserves : « Pour être honnête, longtemps, j’ai moi-même pensé qu’une juridiction particulière risquait d’enfermer les traditionalistes dans une cage dorée. » Rappelant que « les traditionalistes sont souvent enfermés dans une posture de critique et de revendication » et que « là, pour une fois, il s’agit d’une proposition positive, afin de sortir du conflit, légitimer pacifiquement leur existence et cesser d’entrer dans une logique de concurrence », il juge cette proposition intéressante. Une proposition qui n'a fait l'objet d'aucune réaction de la part de la hiérarchie.
Pour l’heure, il ne faut pas s’attendre à des annonces immédiates, le travail se fera par petits groupes dans un climat de réflexion approfondie. Et l’abbé de conclure : « Le pape prend le temps, et c’est une bonne chose. Plus le discernement est long et sérieux, mieux c’est. »
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43 commentaires
Je pense que le pape devrait plutôt réfléchir à ce que pense la gauche française et certains pays d’Europe du christianisme! Entre les églises vandalisés, les croix et les hommes d’églises brutalisés, il serait temps que l’église ouvre les yeux sur sa survie face à la gauche.
Oui il est- temps de terminer cette gue..guerre qui oppose les deux camps car cela joue contre toute la catholicité. Fût une époque qui a voulu le schisme mais ce temps est révolu. Regardez les messes du saint père à ST pierre de Rome, elle sont bilingues italo-latin , mais la majorité des textes sont en latin , et lors des messes qui ont lieu pendant les visites pastorales à l’étranger , la messe est en lain seule langue qui peut être comprise par tous les pays catholiques de tous rites. Merci de s’accepter tel que l’on n’est pour la Gloire de Dieu. le pater noster est universel tout comme l’église catholique.
Et ce serait trop compliqué et pas orthodoxe que chaque paroisse propose à la fois messes en latin et messes en français et chacun choisit à laquelle il veut assister (comme à Paris à l’église Saint Roch)?
Les « messes » modernes son i odores et sans saveur. Ou est le sacré dans ces mie rie chantées sans conviction. Ou est la beauté, ou est le divin, ou est la communion entre fidèles? Cet esprit diocèse ou nos enfants trouvaient un sens au bien et à la bienveillance. Les messes les homelies sont insupportables d insipidite. Les vrais hretiens ne s y abaissent plus.
Ca va vous paraître ridicule, mais quand j’entends chanter, les rares fois où je vais à la messe, « emmanuel, » à tue tête qui voudrait dire le dieu est avec nous, je pète les plombs. Le clergé devrait être plus à l’écoute des gens. Si le latin est prohibé il faut qu’il le soit pour tout, sinon rétablissez la vrai messe.
Le « pape Léon » est un antipape et tout ce qu’il dit et fait est nul et non avenu. Benoît XVI n’a jamais renoncé au « munus » et il est resté seul et unique Pape jusqu’à son décès. Le conclave qui a élu Bergoglio était illicite et Begoglio était un antipape mis en place pour détruire l’Eglise. Celui qui est élu pour succéder à un antipape est lui aussi un antipape. Il faut ouvrir les oreilles et écouter ce que dit Benoît XVI dans sa « Declaratio » et arrêter de croire ce que les ennemis de l’Eglise ont voulu faire croire
à tout le monde. Rejoignez plutôt le « petit reste » resté fidèle à Benoît XVI et à l’Eglise.
Elevé dans la veine Vatican II, j’ai découvert les Tradis un peu par hasard et j’y ai trouvé la transcendance que je cherchais depuis longtemps, et je ne compte plus les membres de ma communauté ayant suivi ce chemin.
« Vous reconnaîtrez l’ arbre à ses fruits « : les fruits de la nouvelle messe sont loin d’ être abondants ! Y -a-t-il encore des catholiques modernes qui croient à la Nouvelle Pentecôte annoncée dès Vatican 2 ? je ne fréquente plus ma paroisse moderne depuis longtemps sauf pour des obsèques ; j’ ai le souvenir de sermons sans intérêt ou carrément débiles , de cantiques nullissimes , de dames vêtues de manière incorrecte qui venaient se trémousser devant le micro , couiner des cantiques ou ânonner des textes ; les conversations à la sortie de la messe portaient en général sur la météo .
Dans la tradition , le prédicateur nous instruit sur les vérités de la foi , sur le péché , sur la vie des saints , sur les dévotions et nous avons toujours de longues conversations avec les autre fidèles sur le parvis ; nos enfants peuvent se fréquenter sans risques : les vocations naissent régulièrement .
Lorsque des personnes étrangères à la tradition assistent par politesse à une messe tridentine pour un mariage ou des obsèques , leur réaction est toujours la même « : c’était une très belle messe « ; c’est la ferveur des fidèles , la beauté des cantiques , la solennité des rituels , la qualité du sermon qui les ont touchés …
J’ai aussi été longtemps enfant de chœur et, à 8 ans portant la chape richement brodée, j’ai même représenté Jésus portant le globe à travers tout le village en tête de la grande et solennelle procession annuelle. Je suis resté un fidèle dominical, mais effectivement le changement de rite a tout bouleversé. L’ancienne version permettait de rencontrer Dieu en son cœur et cela nous transformait d’avoir une âme en relation divine, inspirée en direct. Sortir du confessionnal nous allégeait et nous rendait une liberté et une ouverture d’esprit merveilleuse: on se sentait plein de force et de courage pour tout affronter et répandre le message chrétien dans les cœurs d’autrui. Le nouveau rite permet de rencontrer, non plus Dieu, mais les fidèles dans un sympathique partage amical et pacifique, mais sans cette profondeur qui transportait notre âme. Les chants « modernes », toujours modifiés et inconnus, sont sans beauté de formulation, ni rythme littéraire, ni profondeur d’harmonie, ni respect de la poésie sacrée des hymnes d’autrefois. Et Dieu n’est pas présent dans ces mièvreries mystiques. Ni dans les décorations maladroites et criardes qui remplacent les anciens vitraux et ornements classiques millénaires, si soignés, si fins, si délicats, si élégants. C’est maintenant une simple fête villageoise et gentille, improvisée comme tant d’événements caritatifs festifs et ostentatoires, mais sans plus d’humble élément sacré qui nous relie à l’invisible Royaume des cieux. Le drame est la disparition de la « religion », cet élan spirituel qui nous « relie » en contact direct à Dieu. Dieu est là, on le sent! Heureusement qu’il reste encore la communion pour recevoir le corps du Christ, là est Dieu! Et on ressent alors cet amour infini de Dieu qui nous pénètre jusque dans nos tripes! Alléluia.
L’église du Pradet panache le style des ses messes, certaines en latin, d’autres plus modernes en Français, chacun peut donc choisir !! Mais je n’aime pas que l’on enscence trop le traditionnel florant l’ambiance secte (que j’ai vécu dans une certaine paroisse toulonnaise)!! Car parmi ces soi disants très bons cathos bon !! pour en avoir rencontré et supporté, leurs pensées pour une grosse minorité sont loin d’être charitables !! vous savez il n’y a que l’attitude envers les autres qui permet de se sentir bien et la messe le dimanche pourquoi pas mais pour moi, la vraie bonté qu’il y a dans la tête de certaines personnes , compte avant tout !!
Les hommes, bons ou mauvais, cela n’a rien à voir avec les rites. La question est de savoir si l’Église catholique en France et en Europe veut survivre, ou poursuivre dans la décrépitude entamée avec Vatican II et encouragée par le funeste pape François.