Rome : vers un assouplissement à l’endroit des tradis ?

Le pape Léon XIV réunit l’ensemble des cardinaux pour un consistoire extraordinaire les 7 et 8 janvier.
@Wikimedia commons
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[MISE A JOUR du 10 janvier à 12h55]
Finalement, la question de la liturgie initialement prévue a été écartée par les cardinaux qui ont préféré réfléchir sur la synodalité. Interrogé sur ce changement de programme, l'abbé Raffray reste confiant et confirme ses propos.

 

L’engouement pour la liturgie traditionnelle n’est plus à prouver. Son sens du sacré, du mystère et de la beauté attire chaque année nouveaux et anciens baptisés, le pèlerinage de Chartres - victime de son succès - doit fermer ses préinscriptions avant l’heure, des familles sont prêtes à rouler plusieurs dizaines de kilomètres pour assister à une messe de rite tridentin (codifié à l'issue du concile de Trente au XVIe siècle) et les séminaires des communautés liées à la liturgie traditionnelle (Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, Institut du Christ Roi, etc.) ne désemplissent pas. « Si cette liturgie attire aujourd’hui autant, notamment les jeunes, c’est en grande partie à cause de son caractère rituel, sacré et hors du temps, détaille l’abbé Raffray. Dans une messe traditionnelle, il n’y a rien de profane. On n’y va pas pour écouter un discours, mais pour entrer dans des gestes et des rites pluriséculaires qui nous dépassent et nous relient à l’éternité. Cette recherche de racines, de sacralité et de temps long correspond profondément aux attentes de nombreuses jeunes générations. » Une liturgie qui séduit de plus en plus de fidèles et qui, paradoxalement, se trouve dans une situation délicate depuis le motu proprio Traditionis custodes publié par le pape François en 2021.

Des traditionalistes dans une situation intenable

Pour mémoire, si le pape Benoît XVI avait donné, par son motu proprio Summorum pontificum de 2007, un cadre canonique à l'usage du rite tridentin, notamment parce que « des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle, et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement », Traditionis custodes annulait cet élargissement et durcissait au contraire les conditions d’accès à ce rite. « Une situation intenable, ni pour les évêques, ni pour les fidèles, ni pour les prêtres », estime l’abbé Raffray, qui évoque « énormément d’incertitudes et d’incompréhensions, avec des situations parfois ubuesques : des communautés traditionnelles qui avaient été encouragées par le pape Benoît XVI se retrouvent aujourd’hui plus ou moins bloquées » et certains évêques qui « limitent au maximum une pratique pourtant reconnue comme un droit dans l’Église ».

Tandis que doit se tenir à Rome, cette semaine, un consistoire extraordinaire (par opposition aux consistoires ordinaires consacrés aux créations de cardinaux ou aux causes des saints, les consistoires extraordinaires sont tenus à huis clos et permettent au pape de consulter les cardinaux sur des questions importantes), les 7 et 8 janvier, la liturgie y sera à l’ordre du jour. À l’annonce de ce consistoire, le père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, a adressé aux cardinaux attachés à la liturgie traditionnelle une lettre proposant de réfléchir à la création d'un ordinariat, c'est-à-dire d'une circonscription ecclésiastique (autrement dit, un diocèse) dédiée spécifiquement à l’ancien rite latin. « Le simple fait que la question soit remise en discussion est déjà un signe positif. Cela va clairement dans le sens d’un assouplissement. Reste à déterminer la forme précise que cela prendra et les conditions dans lesquelles cela se fera », analyse l’abbé Raffray. À l’inverse, l’abbé Amar, prêtre du diocèse de Versailles, estime que cette juridiction propre « est une solution. Mais c'est la moins bonne... Elle isolera les tradis dans une structure, là où les contacts et la rencontre sont une richesse pour les uns et les autres. »

 

Une réserve d'Indiens ?

Alors, la création d’un diocèse « tradi » à l’instar d’un diocèse aux armées : réserve d’Indiens ou reconnaissance du rite traditionnel comme un rite romain à part entière, et non comme une forme dégradée ou extraordinaire ? « L’intérêt d’un ordinariat serait d’avoir des évêques dont la mission principale serait de soutenir, développer et transmettre le rite romain ancien, avec une véritable charge pastorale », nous répond l’abbé Raffray, qui comprend parfaitement les réserves : « Pour être honnête, longtemps, j’ai moi-même pensé qu’une juridiction particulière risquait d’enfermer les traditionalistes dans une cage dorée. » Rappelant que « les traditionalistes sont souvent enfermés dans une posture de critique et de revendication » et que « là, pour une fois, il s’agit d’une proposition positive, afin de sortir du conflit, légitimer pacifiquement leur existence et cesser d’entrer dans une logique de concurrence », il juge cette proposition intéressante. Une proposition qui n'a fait l'objet d'aucune réaction de la part de la hiérarchie.

Pour l’heure, il ne faut pas s’attendre à des annonces immédiates, le travail se fera par petits groupes dans un climat de réflexion approfondie. Et l’abbé de conclure : « Le pape prend le temps, et c’est une bonne chose. Plus le discernement est long et sérieux, mieux c’est. »

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 10/01/2026 à 12:55.
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Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Dans cette évolution de la liturgie vers de la modernité, les tradis y ont vu le fait de l’Homme et non pas celui de Dieu. Aperçu renforcé par la mise à l’écart qui a suivi. Pour quelles raisons sanctionner des fidèles toujours porteurs de la foi mais qui restent attachés à ce qui leur parait sacré, la messe et ses rites immuables ? C’était incompréhensible. Un retour à la tradition redonnerait assurément de la vigueur au catholicisme.

  2. je crois qu’il ne faut pas toujours opposer les uns aux autres. personnellement je suis un adepte de la messe Paul VI sans être opposé à toute autre forme , pas de quoi en faire un conflit. cependant touts les commentaires semblent aller tous dans le même sens.

    • Mais qui en a fait un conflit sinon nos évêques après Vatican II?? Je me souviens dans ma jeunesse du changement de rite obligatoire et forcé partout d’un dimanche au suivant. C’était très violent! Et stupide par dessus le marché!

  3. Une consultation à huis clos entre cardinaux, c’est un peu comme demander à un club de retraités de moderniser TikTok !
    On pourrait imaginer que, pour une fois, l’Église consulte… les chrétiens
    Même un référendum paroissial, artisanal et à l’ancienne, serait déjà un progrès démocratique notable.

  4. Chapeau : faire un long , et intéressant, article sur la tradition sans même évoquer la FSSPX sans qui la liturgie pré-Vatican II aurait disparu, fallait le faire chère madame Bridier.

  5. Revenons à de beaux cantiques historiques et abandonnons enfin les contines gnans-gnans de patronage qui diffèrent d’une église à l’autre et souvent imposés par les évêchés

    • Pour moi, il peut y avoir les deux.
      « les contines gnans gnans de patronage », chantées à chœur joie par les enfants du catéchisme (et du patronage) comme autrefois éclairaient les messes de mon enfance, tandis que les « beaux cantiques historiques » chantés par les parents nous transportent.

    • Effectivement , le Grégorien, associé à la même orientation du prêtre des fidèles et parfois encore de l’église (dans orientation , il y a orient !) ainsi que le vouvoiement (je n’ai jamais pu dire tu à Dieu ni à sa Mère) crée une dimension supplémentaire propice au recueillement et à la prière .

  6. « Si les Ricains n’étaient pas là ! » Enfin un vrai Pape et un vrai président.. Et pour nous vivement 2027 ou même avant !!!

    • Tradis ou pas, le problème n’est pas les rites. Au moment d’apparaître devant notre Dieu, il ne nous demandera pas si on a été à la messe tridentine, Paul VI, classique ou progro, il nous demandera si on a fait de disciples missionnaires. Ces histoires de messe ne sont pas le problème, c’est notre analphabétisme en évangélisation qui pose problème. Les discussions liturgiques sont un leurre. On s’étonne qu’en France il y ait plus de musulmans pratiquants que de cathos pratiquants. Formidable discussion sur les anges tandis que Constantinople est assiégée.

    • Un vrai président qui décide de s’ingérer dans les affaires d’autres pays, hum. cela me pose question.

  7. Réfléchir sur le rite tridentin impose de se pencher sur le sens ésotérique de ce dernier ainsi que sur l’architecture sacrée qui en est issue. Le prologue de l’Evangile de Saint Jean nous explique que la lumière est une expression de la vie et nous vient de la parole c’est à dire de Dieu. Or la lumière physique telle que nous pouvons la concevoir vient de l’Orient. Cest la raison pour laquelle les édifices sacrées construits par des maçons libres sont tous orientés vers l’orient. Les vitraux du choeur répartis par nombre impair et en nombre différent suivant les styles architecturaux séparent la lumière pour la faire renaitre en un point précis dans le bâtiment. Dès lors que le sacrement de l’eucharistie soit réalisé par l’officiant face à cette lumière n’a rien de choquant bien au contraire et consiste à reconnaître que le Christ nous a montré la voie du retour vers la lumière. J’ai servi la messe suivant les deux rites et je dois avouer que le sens du rite tridentin m’apparait plus profond en termes de spiritualité.

    • Merci Fefe mais :  »édifices sacrées…sont tous orientés vers l’orient » ? (comme les dolmens) . Les romans oui mais pas tous les gothiques et encore moins les récentes

    • Merci fefe pour cette introduction à l’art sacré des bâtisseurs :) les modernes ont tendance à oublier cela .N’oublions pas également que la première pierre posée de tout édifice sacré est la la pierre de l’angle Nord-est .

  8. Il faut dire que les évêques de France en particulier ne sont pas de chauds partisans du Rite Saint Pie V, que je pratique depuis ma naissance, soit plus de 80 ans.

  9. Le concile vatican II a été pour l’église catholique ce qu’a été la révolution pour la France, une catastophe. Je suis traditionaliste.Je retrouve dans la messe tridentine la solennité et le sacré qui ont été supprimés dans la liturgie d’après vatican II. Je retrouve les messes de mon enfance lorsque j’étais enfant de coeur, le beau et le sacré.

  10. Rien ne remplacera une messe messe traditionnelle son sens, sa beauté, sa profondeur et la musique de Mozart en plus.. on a besoin de beauté on a besoin de grandeur, on a besoin de quelque chose qui nous dépasse et le rite et la liturgie a toute son importance elle contribue à l’élévation de notre âme.

  11. Dans le déroulement de la messe traditionnelle j’y ressent le sens profond du sacré, le cadre peut paraitre strict certes, mais les officiants ne sont pas de simples acteurs, ils sont plus que cela, ils incarnent l’accès au sacré, la communion réelle vers Dieu. Pax Hominibus Bonae Voluntatis.

  12. Le concile Vatican II, c’est le mai 68 de l’église catholique. Quand je participe à une eucharistie je ne vais pas à une boum. C’est pourquoi une messe tradi a le sens de la relation car c’est une messe de cœur à cœur avec Dieu et Jésus

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