Ronnie Wood : quand l’homme le plus gentil du monde sauve les Rolling Stones !

Fearless, anthologie en deux CD, retrace le parcours de ce musicien pas tout à fait comme les autres.
ronnie wood

« Mes frères et moi sommes les premiers de la famille à être nés sur le plancher des vaches ; mon père et ma mère étaient venus au monde sur une péniche dans le bassin de Paddington, à l’ouest de Londres. C’était des gitans qui vivaient sur l’eau, comme mes grands-parents et les leurs. » Ainsi débutent les mémoires de Ronald David Wood, plus connu sous le nom de Ronnie Wood. Aujourd’hui, Fearless, anthologie en deux CD, retrace le parcours de ce musicien pas tout à fait comme les autres, lequel a toujours prétendu avoir eu la chance d’être toujours là où il le fallait et au moment où il le fallait.

L’homme qui a traversé les décennies dans la bonne humeur…

Dans son cas, voilà qui tombait bien, Ronnie Wood étant loin d’être un guitariste surdoué (même s’il excelle à la slide), pas plus qu’il ne brille au chant, avec sa voix de canard enrhumé. Pis : il est un compositeur n’ayant rien d’exceptionnel. Et pourtant, de 1965 à 2025, il aura tout vu, tout connu, tout traversé, partagé la vie des groupes tous plus illustres les uns que les autres, traversant cinq décennies, tel un parfait ravi de la crèche, clope au bec et sourire aux lèvres. À l’origine, il n’est qu’un mod, un de ces jeunes hommes chics, férus de Nouvelle Vague française, de costumes italiens et de rhythm and blues américain. The Birds et The Creation, les deux premiers groupes dans lesquels il officie en tant que guitariste, sont désormais un brin oubliés, hormis des spécialistes du genre, il va de soi, tel notre estimé confrère, Nicolas Ungemuth qui, avec le talent qu’on sait, donne à la fois de la plume à Rock & Folk et au Figaro Magazine. Notons néanmoins que l’un des rares titres de gloire des Birds consiste à avoir repris, en anglais, La poupée qui fait non de Michel Polnareff.

Puis on le retrouve au sein du Jeff Beck Group, en tant que bassiste, avant que Rod Stewart ne le débauche pour aller fonder les Faces, anciennement Small Faces, où le blond peroxydé à la peau d’ivoire prête sa voix d’ébène. En effet, avant de couiner son étron discoïde, Da Ya Think I’m Sexy?, Rod Stewart était un authentique soulman, capable de rivaliser avec un Sam Cooke. C’est dire le niveau

Dans les années 70, les Faces sont alors les seuls à pouvoir rivaliser avec les Rolling Stones. Ils jouent le même blues rock débraillé, mais en plus brinquebalant encore. Car si les Stones viennent de la classe moyenne (Mick Jagger a tout de même suivi des cours d’économie à l’université), les Faces demeurent un groupe prolétaire ayant grandi à l’ombre des cheminées d’usine. Pourtant, solidarité du pub oblige, les deux groupes cohabitent en bonne entente. D’ailleurs, Ronnie Wood est copain avec tout le monde. C’est même sa marque de fabrique. Ainsi, quand, en 1974, il se risque à un premier disque en solo, I’ve Got My Own Album To Do, la meute de ses amis vient lui prêter main forte. Et là, c’est un Bottin mondain qui déboule : David Bowie, Mick Jagger, Keith Richards et le Beatle George Harrison, avec lequel il compose le superbe Far East Man. Au même moment, les Rolling Stones, en quête d’un second souffle, voient Mick Taylor, leur guitariste virtuose, les quitter. Ils doivent enregistrer l’album du renouveau. Ce sera Black and Blue.

Le plus jeune membre des vieux Rolling Stones…

Eric Clapton, un temps pressenti, affirme à Ronnie Wood « qu’il est meilleur guitariste que lui ». Dans ses mémoires, ce dernier se souvient lui avoir répondu : « Je sais, mais en plus de jouer avec ces gars, il faut que tu vives avec eux. Et ça te serait complètement impossible. » Pas faux. Ce, d’autant plus que Ronnie Wood a participé à la renaissance artistique de Clapton en l’accompagnant lors de son concert de retour, au Rainbow Theater, en 1973, alors qu’il tentait de rompre avec les substances opiacées. Il est un fait que dans le domaine, Ronnie Wood était sûrement mieux armé, à en croire Keith Richards, son futur frère jumeau de débauche : « Ronnie ? Je l’ai vu défoncé à mort et je l’ai vu complètement sobre et clair. Honnêtement, il y a très peu de différence. » Et c’est ainsi que Ronnie Wood intègre ce monument du rock, encore en activité après soixante ans de carrière. Ce n’est certes pas un technicien hors pair, mais avec Keith Richards, ils forment le duo parfait, pratiquant ce qu’ils nomment « le tissage à l’ancienne », mêlant à tel point leurs guitares qu’on ne sait plus trop bien qui fait quoi, qui assure les solos et qui tient la rythmique. Ce que l’on peut nommer une symbiose, dont la magie opère aujourd’hui encore.

Quand Keith Richards lui rend hommage…

Mieux : quand, dans les années 80, Mick Jagger ne parvient même plus à parler à Keith Richards et inversement, c’est Ronnie Wood qui joue les petits télégraphistes sans jamais se départir de sa traditionnelle bonne humeur, tout en parvenant à ce Graal ultime consistant à cosigner certains titres des Stones, privilège auquel personne n’avait eu droit jusque-là. Et Richards de noter : « Ronnie ne voit jamais les mauvais côtés de la vie, et parfois, vous vous dites : "Boucle-là, Ronnie, on n’a pas envie d’être heureux". » Ce brave Ronnie pourra donc mourir tranquille et sur sa tombe on pourra graver qu’il fut l’homme qui sauva le plus grand orchestre de rock and roll au monde. À ce propos, Keith Richards, toujours : « Je bénis le ciel que Ronnie Wood existe. On pourrait l’enterrer qu’il se marrerait quand même. La dernière chose qui sortira de son cercueil, ce sera "ah, ah, ah, ah !" »

Une carrière en solo des plus honorables…

Pourtant, il ne faudrait pas non plus sous-estimer cet éternel jovial à la tête de héron décoiffé comme s’il avait égaré un doigt dans une prise électrique, sachant que sa carrière en solo n’a rien d’indigent, certains de ses albums valant parfois mieux que les derniers disques des Rolling Stones. Mais il est vrai qu’à chaque fois, les copains répondent immanquablement à l’appel, et pas des plus anodins : Bob Dylan, Pete Townshend, leader des Who, Bobby Womack, légende de la soul américaine, The Edge, Slash et Billy Gibbons, respectivement guitaristes de U2, Guns N' Roses et ZZ Top. Pour faire bonne mesure, on trouve, entre autres comparses, Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers.

Comme quoi l’amitié fidèle, la bonne humeur communicative et la gentillesse peuvent parfois accomplir des miracles. Surtout quand la musique est bonne. Ce que reconnaît volontiers Paul McCartney, cité par ce brave Ronnie Wood : « J’étais au dernier mariage de Paul. Le DJ passait Stay With Me. Paul vient me voir et me dit : "Mais c’est toi, cette chanson !" Je lui réponds que oui et il me dit : "Mais c’est génial, demande au DJ de le repasser !" Il était en train de redécouvrir les Faces, c’était merveilleux. »

Si c’est Paulo qui le dit, on ne peut que s’incliner.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Bon ben j’ai perdu mon pari, ayant gagé que le prochain billet de Sir Gauthier concernerait le biopic sur Bruce Zeboss. Mais c’est vrai qu’il aurait été alors plus difficile de parler de Clapton…
    Ronnie, le plus gentil du monde ? Un peu à l’inStarr de Ringo, que notre ami Nico nous avait présenté comme celui avec qui tout le monde voudrait être copain ? Pourquoi pas…
    Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’avec son physique, épais comme une pelure d’oignon, il ne dépareille pas d’avec les deux cofondateurs encore en piste.
    Sinon, son jeune passé me semble moins brillant qu’ici présenté: Les Faces, c’était pas les Yarbirds ou the Kinks.
    On peut néanmoins lui reconnaître le mérite d’avoir réussi à s’imposer, d’abord en résistant aux humiliations infligées par Keith, lesquelles avaient largement contribué à dégoûter Mike Taylor. Et ensuite en obtenant le croisé des grattes, impossible avec Brian Jones, trop limité techniquement. Croisé que l’on retrouve plus modestement chez nous avec Bertignac-Aubert, de Téléphone.
    Au demeurant, Keith non plus n’est pas un grand guitariste. Il doit s’en foutre, son feeling est surtout son art incomparable pour trouver le riff qui fait la différence est suffisant (je suppose) à son bonheur, et surtout au notre.
    Wood, pas vraiment un créateur ? C’est juste. Mais comme on ne le lui a pas demandé…

    • J’adore toujours vos commentaires musicaux, jacksoul ! Toujours très documentés ! Merci et à bientôt, peut-être cette fois pour Bruce Zeboss, why not ?

      • Très flatté ! Mais pour  » Deliver me from nowhere », j’ai trouvé que l’acteur principal, Jeremy Allen White, ressemblait davantage à Bashung qu’à Springsteen. Ça m’a refroidi…

    • jacksoul, je ne garde pas – en fait, aucun… – un grand souvenir des Small Faces. Sinon ce commentaire dans «Rock & Folk» ou «Best», à peu près: «Les Small Faces s’amusent beaucoup, c’est pourquoi ils ne seront jamais un grand groupe.»…

      (Quand je pense que vous osez dire le plus grand mal de mon alter ego, Brian Jones… considérez cette réponse comme empoisonnée… vous l’avez lue? vous êtes mort…)

      • Alors, BM77, prévenez vite le taulier, Nicolas Gauthier, immortel auteur de ces lignes: «Puis on le [Ron Wood] retrouve au sein du Jeff Beck Group, en tant que bassiste, avant que Rod Stewart ne le débauche pour aller fonder les Faces, anciennement Small Faces, où le blond peroxydé à la peau d’ivoire prête sa voix d’ébène.»…

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