RSF : ces reporters « sans frontières » sont-ils aussi sans parti pris ?

« Reporters sans frontières est l'idiot utile de monsieur Macron », déclare à BV Robert Ménard, cofondateur de RSF.
Reporters sans frontières

On n’avait jamais autant parlé d’eux. Depuis quelques mois, les militants de Reporters sans frontières sont sur tous les fronts. On leur doit, notamment, ce fameux rapport, dévoilé en grande pompe le 26 novembre, accusant CNews de contourner les règles du pluralisme. Un document très à charge mais surtout très bâclé, que l’Arcom a immédiatement taillé en pièces, avouant être « tombé des nues » en découvrant ses conclusions fantaisistes. Quelques semaines plus tôt, les militants avaient déjà publié une longue « investigation » sur la couverture médiatique du livre Une nuit en France (Grasset), revenant sur la mort de Thomas, 16 ans, tué à l’issue d’un bal à Crépol en 2023. Ils y accusaient alors CNews de s’être livrée à une « campagne de dénigrement » de l’ouvrage et de ses auteurs, point de départ d’une vague de haine et de menaces proférées en ligne contre eux. Un « manquement à ses obligations légales » que l’ONG avait dûment signalé au gendarme de l’audiovisuel. « CNews ayant déjà été sanctionnée à de multiples reprises pour des faits de même nature, nous appelons l’Arcom à faire respecter la loi en faisant preuve de plus de fermeté », écrivait l’organisation.

Un combat contre la liberté et le pluralisme

Sur son site officiel, RSF retrace fièrement l’historique de sa croisade anti-CNews. Celle-ci a débuté il y a dix ans déjà, en 2015, avec la publication d’une tribune publiée par Le Monde dénonçant le « défaut d'indépendance éditoriale » au sein du groupe Canal+. Il y eut, ensuite, une pétition lancée par l’ONG lors de la grève à i-Télé, un documentaire dénonçant la « mécanique d’emprise et d’intimidation exercée sur les journalistes » par Vincent Bolloré, un « pot de départ » organisé place de la Bourse à l’occasion du départ en retraite du riche entrepreneur breton, et de nombreux recours à différentes instances, les exhortant toutes à sanctionner CNews aussi sévèrement que possible. On se souvient, notamment, qu’en avril 2022, RSF avait saisi le Conseil d’État et lui avait demandé de réprimander l’Arcom, accusée d’« inaction » face aux « manquements » répétés de CNews à ses obligations.

Cet acharnement invraisemblable est d’autant plus étonnant que la mission de RSF n’est pas de restreindre la liberté d’expression des médias français. Elle est, au contraire, de défendre la liberté de la presse, de soutenir les journalistes lorsqu’ils sont visés par la censure ou par des pressions politiques. Contacté par BV, Robert Ménard n’a pas de mots assez durs pour critiquer le dévoiement de l’ONG dont il a été l’un des cofondateurs. « Ce n’est même pas une dérive, c'est un naufrage !, nous répond-il. La mission de Reporters sans frontières n’est pas de dire ce qui est du journalisme et ce qui ne l'est pas. Qu’est-ce qui leur permet de trancher entre ce qui relève de l’information et ce qui n’en relève pas ? Au nom de quoi et de qui ? Ce sont les régimes autoritaires qui ont des attitudes de ce type-là […] Pendant longtemps, je n'ai jamais fait de commentaire sur cette dérive, mais là, je dis "ça suffit", et c'est pour ça que je réponds à vos questions. »

Une organisation récupérée par la gauche

La politisation de RSF est désormais un secret de polichinelle. En février 2024, BV avait enquêté sur cette ONG et épluché ses comptes de trésorerie. Nous avions notamment découvert que les subventions publiques représentaient plus de 50 % de ses ressources. Parmi ses bienfaiteurs, on retrouvait l’Union européenne, la Swedish International Development Agency (connue pour financer un certain nombre d’associations LGBT) et l’Agence française de développement. Du côté des subventions privées, l’Open Society Foundations du militant d’extrême gauche George Soros figurait en bonne place. Il se trouve, d’ailleurs, que le président actuel de RSF, Pierre Haski, a lui-même reconnu avoir été payé par ce fameux George Soros afin de « surveiller » le Net et garder un œil sur les tendances trumpistes en Europe... « C'est le gauchisme qui a pris le pouvoir à Reporters sans frontières, nous confirme Robert Ménard. C'est le milieu des droits de l'homme qui est comme ça, j'étais une exception. Le milieu des droits de l'homme est dirigé, animé par des gens qui sont de gauche et, après mon départ de la direction de Reporters sans frontières, le naturel est revenu au galop et a pris la tête de l'organisation. »

Ne cherchant plus à cacher son orientation politique, RSF s’est publiquement engagé, lors des élections législatives de 2024, par la voix de son secrétaire général. « Le résultat du premier tour des élections législatives a montré que l'extrême droite française pouvait arriver au pouvoir, déclarait alors Thibaut Bruttin. À Reporters sans frontières, nous sommes mobilisés pour que la liberté de la presse et l'indépendance des médias soient respectées. C'est pourquoi nous avons sorti une vidéo choc qui rappelle l'influence que des dirigeants illibéraux comme Viktor Orbán peut avoir sur le programme du Rassemblement national. »

Au vu de cette politisation, on se demande bien pourquoi l’Élysée envisage de confier à l’ONG la labellisation des médias « fiables ». Ou, plutôt, on ne le comprend que trop bien : parce que les médias dits « dissidents » en seraient exclus, évidemment. « Le Président est entré en guerre contre le groupe Bolloré qui, pense-t-il, va permettre la victoire du Rassemblement national, analyse Robert Ménard, pour BV. Donc, il rêverait de les réduire au silence. Et dans cette stratégie politique-là, Reporters sans frontières est l'idiot utile de monsieur Macron. » Fin de citation.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

38 commentaires

  1. « Propagande sans frontières » serait plus approprié à leur « label rouge ».
    Sur la photo, le DG de RSF a une bonne tête bien fiable de militant d’extrême gauche, non?
    Ce serait assez amusant qu’un journaliste bien habillé et bien coiffé et si possible catholique, demande un entretien d’embauche à ce Monsieur qui ne manquerait certainement pas de donner des leçons de discrimination…en ne donnant pas de suite à cet entretien.
    L’extrême centre de Macron aura marqué son époque en événementiel, en artificiel, et en virtuel, toujours à côté des vraies choses.
    Sauf que ces pieds nickelés sont dangereux pour les citoyens français et la nation…et dès qu’ils ouvrent la bouche pour ce qu’ils nomment dans leur monde parallèle, un moment historique avec Historic man!

  2. Le dénommé Christophe Deloire (paix à son âme) avait suscité une grosse colère de la part de Robert Ménard qui l’accusait d’avoir trahi la mission de RSF. Ménard est l’un des fondateurs de RSF. Deloire en était le Directeur Général à l’époque du clash. Sur Cnews (eh oui Cnews) Deloire avait appuyé le Conseil d’État dans son….souhait de voir l’Arcom plus strict avec les medias dépendant du Groupe Bolloré. Une bien curieuse façon de défendre le pluralisme et, « en même temps », la liberté de la Presse, RSF a été totalement dévié de son objet. Monsieur Macron est tenté de l’utiliser comme distributeur du fameux « label » à sa marque. Rien d’étonnant. En macronie tout est permis.

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