[SANTÉ] « Comment des mensonges aussi palpables arrivent à passer ? », s’interroge Houellebecq
« Empoisonner quelqu'un, on sait le faire depuis longtemps. Éviter qu'il souffre, c'est plus sophistiqué », ironisait à demi-mot, ce mardi, Michel Houellebecq, qui a répondu présent à l'appel des Éligibles et leurs Aidants. Pour faire entendre que l’euthanasie ne constitue pas un projet de société acceptable et pour montrer en quoi ce dernier ne répond pas à la promesse républicaine de « Liberté, Égalité, Fraternité », la jeune association organisait, ce 17 février, un échange avec des personnalités engagées comme le docteur en soins palliatifs Claude Grange ou encore le professeur émérite d’éthique médicale Emmanuel Hirsch.
Alors que la loi sur la fin de vie continue d’être débattue en seconde lecture à l’Assemblée nationale depuis ce lundi, laissant peu de doutes quant à l’adoption par le palais Bourbon d’un texte instaurant une aide active à mourir, pour les premiers concernés, le chapitre n’est pas clos. Pas plus que les débats.
« Liberté »
Une loi qui autorise l’aide active à mourir ne se contente pas d’ouvrir une possibilité mais elle installe une option désormais disponible, comme le « pistolet chargé posé sur la table de nuit ». Rien n’oblige à s’en servir, mais sa seule présence change le regard porté sur soi-même, sur les recours possibles, sur les envies de mort. C’est le premier sentiment que les membres « éligibles » de l’association soulèvent d’une seule voix. Face à ces réalités qui traversent la plupart des malades atteints de pathologies incurables, le combat devra donc désormais se mener sur deux fronts. Celui contre la maladie, d’abord. Et l’autre contre un regard social qui finit par suggérer qu’il serait peut-être temps de renoncer. Que persister serait excessif, inconfortable pour les autres, trop lourd.
À 31 ans, atteinte d’un cancer du sein depuis une dizaine d’années, aujourd’hui au stade 4 et suivie par une équipe de soins palliatifs, Clémence Pasquier parle de cette fatigue qu’on n’osera plus formuler de peur que, demain, elle soit interprétée autrement. Louis Bouffard, président de l’association et atteint d’une maladie qui le rend dépendant, décrit cette même inquiétude de se réveiller chaque matin avec une question nouvelle, imposée de l’extérieur : « Serais-je mieux mort que vivant ? »
Ce que la loi prétend libérer, elle risque ainsi de contraindre par la suggestion permanente qu’il existe désormais une issue plus raisonnable que la persévérance. Plus « digne », aussi, selon le vocabulaire employé.
« Égalité »
C’est précisément sur ce point que Michel Houellebecq s’attardera. « La dignité, rappelle-t-il, est par définition quelque chose qu'on ne peut presque pas perdre. » On n'en est pas dépossédé parce qu’on souffre ni parce qu’on dépend. Un constat que prolonge l’eurodéputé François-Xavier Bellamy, venu assister aux débats, et pour qui la dérive est inscrite dans le principe même du texte, qui considère la souffrance comme une raison suffisante pour mettre fin à une existence. Une logique qui introduit une hiérarchie implicite entre les vies supportables et celles qui le seraient moins.
« Je n’imaginais pas l’espace de vie qu’ils allaient pouvoir m’aider à retrouver », confie pourtant Clémence Pasquier, à propos des soins palliatifs. Une parole qui contredit, de fait, l’un des postulats implicites du texte débattu qui présente l’aide à mourir comme l'unique réponse à l’absence de moyens, alors même que près de 400.000 personnes pourraient bénéficier de soins palliatifs en France et que la moitié n’y ont pas accès, du fait d’inégalités territoriales persistantes.
« Fraternité »
Si nous ne sommes ni libres ni égaux devant les possibilités de soin, que faut-il déduire de notre prétendue fraternité républicaine ? Que « c’est indigne d’une démocratie que des handicaps ne soient reconnus que comme des souffrances alors que, plus que d’autres, leur existence est l’expression du courage », dénonce Emmanuel Hirsch, qui enjoint la société à « faire un effort pour comprendre ce qu’elle ne veut plus admettre : la vulnérabilité, la complexité, la fragilité ».
« On a dit que les anti-euthanasie manqueraient de compassion. Comment des mensonges aussi palpables arrivent à passer ? », abonde, sans réponse, l'auteur du roman Anéantir (Flammarion). « Dans l'expression "loi de fraternité", on sent bien une perversion du mot fraternité. Quant à donner la mort par compassion, j'émets un doute », ironise le philosophe, qui rappelle son engagement contre cette proposition de loi qu'il voit comme une « régression » plus qu'un « progrès ».
Défenseur d’une formation obligatoire à l’accompagnement à mourir et aux soins palliatifs pour tous les professionnels de santé, Claude Grange insiste à son tour sur la nécessité d’un engagement collectif qui place l’accompagnement et le soin au cœur de la loi. Car dans un modèle de société qui se veut fraternel, « supprimer le souffrant pour supprimer la souffrance n’est définitivement pas la solution », rappelle-t-il.
Un appel au sursaut
Le choix du lieu de ces échanges n’a pas été laissé au hasard. Le Musée social, situé au 5, rue Las-Cases, à deux pas de l’Assemblée nationale, portait discrètement ce double message. D’abord, que la loi sur la fin de vie et les décisions qu’elle implique engagent l’ensemble de la société. Ensuite, que chaque député qui s’apprête à la voter est invité à se confronter aux réalités de ceux que ce texte vise, et qu’il condamnerait s’il était adopté : les « éligibles », ces malades atteints d’une pathologie « grave et incurable », qui pourraient prétendre à ce que certains présentent comme une ultime prestation de soins.
Des parlementaires, il n’y en avait que trois – Dominique Potier (PS, de Meurthe-et-Moselle), Anne Vadel (Renaissance, de Seine-Maritime) et François-Xavier Bellamy (eurodéputé PPE) – présents, autour des « Éligibles », ce mardi, dont l’un au Parlement européen et, donc, absent des débats qui occupent cette semaine le palais Bourbon. Pourtant, demain, ils voteront, tous ceux qui n’ont pas répondu présent au rendez-vous. Mais ont-ils entendu au moins une fois le cri d’alerte de ces personnes « jusque-là invisibles et silencieuses » ?
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39 commentaires
« le professeur émérite d’éthique médicale Emmanuel Hirsch. »
Il a été l’un de mes professeurs à la fac de médecine lors de mes études de Soins Palliatifs.
Un homme génial, formidable, humain. Nous l’avons tous adorés.
–>Ne pas confondre avec Martin Hirsch, nullissime.
Que vous faut-il de plus pour comprendre que ce pays est totalement perdu aux yeux de Dieu .La republique et la democratie auront donc engendre la pire des abominations societales .Les philosophes grecs avaient raison .
Vous lui avez demandé son avis à votre Dieu ? Et il vous a répondu ?
Les defenseurs du droit de tuer se cachent derriere le droit à mourir. J’ai une question importante: qu’advient il de ceux qui n’ont pas le droit à mourir ? Ont ils la vie éternelle?
Quelle bonne question. Il faudrait effectivement la poser à Roméro (président de l’association du « droit à mourir dans la dignité » en se faisant zigouiller)
j’adore.
Est-ce que j’ai mal lu l’article ?
Il me semble en tout cas ne pas voir grand monde du personnel médical dans ces débats.
Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Et aussi: Plus c’est gros plus ça passe etc.
Quinze jours pour dénoncer un contrat d’installation de volets suite à 1 démarchage à domicile, 24 h pour accepter une mise à mort pour un humain qui souffre et qui ne trouve pas l’idéal personnel de santé pour le soulager… Cherchez l’erreur. Macon est en train de chercher la solution pour faire des économies sur les retraites. Bien sûr, pas sur la sienne qui risque de nous coûter des milliards d’euros .
Il pourra se recycler en croque mort d’ailleurs : la lou sur l’avortement étendue et inscrite dans la constitution et maintenant l’euthanasie qui permettra de réduire les coûts pour les soins des plus pauvres
» Macon est en train de chercher la solution pour faire des économies sur les retraites. » = c’est une évidence.
Lire ceci de Pierre Jova, dans le magazine La Vie:
Euthanasie : quand l’Allemagne nazie pratiquait la « mort miséricordieuse »
Il y a 80 ans, la victoire alliée contre les nazis mettait fin aux différents programmes d’euthanasie mis en place par le IIIe Reich, au nom d’une vision eugéniste de l’homme qui continue de nous interpeller.
On y retrouve tout ce qui est débattu de nos jours sur ce sujet.
A noter : cette loi vient au bon moment de la chute brutale et planifiée de la démographie médicale puisque 6 millions d’assurés n’ont plus de médecin traitant, pourtant obligatoire, car selon AMELI:
Sans médecin traitant déclaré, vous serez moins bien remboursé même si vous consultez des spécialistes en accès direct. Il est en effet important que vous preniez le temps de choisir un médecin traitant pour assurer le suivi de votre santé.
Mesdames et messieurs les journalistes de BV, vous avez dans ce débat sur la fin de vie (pour ma part, je vise la revendication du droit d’acheter et d’utiliser des produits létaux pour accéder à un suicide paisible) une attitude qui ressemble à celle de l’extrême-gauche vis à vis du mythe néo-fasciste. Jamais d’opinions divergentes dans vos colonnes. Des exagérations dans l’expression qui nuisent à un débat paisible (« mensonge palpable »). La certitude absolue de détenir la vérité sur un problème de société (cf. les propos de M. Houellebecq). La paille et la poutre : cela devrait vous parler, non ?
Mais bien sur = un suicide paisible! Sans commentaires autres.
Nos politiques depuis plus de 40 ans ont détruit l’hôpital et créé les déserts médicaux, plutôt que de chercher à faire des efforts pour recomposer un service de santé digne d’un pays qui taxe le plus au monde, tous ces technocrates pantouflards ont conviés la mort dans les tables de la loi.
Moins de malades pour plus de morts, égal moins de pognon à consacrer aux soins médicaux et aux retraites par la même occasion.
Bonjour, un ami de mes beaux-parents atteint d’un cancer s’est suicidé en se pendant à un arbre de son verger, c’est sa femme qui l’a trouvé se balançant au bout d’une corde. Personnellement je trouve plus digne de mourir dans un lit, assisté et éventuellement entouré de quelques proches, après une décision que j’aurais prise seul en mon âme et conscience, plutôt que d’offrir le spectacle de ma dépouille accrochée à un arbre par une corde. Maintenant je peux comprendre que chacun ai sa propre conception de la dignité.
Ce Monsieur a eu le courage de se suicider. C’est certainement tres dur mais il a ainsi évité à l’un de ses proches ,qu’il devait aimer le plus, de devenir un meurtrier.
Une amie a accompagné une proche lors de ses derniers instants. Cette proche avait la maladie de Charcot et elle est morte étouffée à petit feu. Ça ne fait pas pour autant de mon amie une sadique.
Oui, chacun a sa conception propre de la dignité.
Mais pour un soignant (un vrai), comme nous a dit E Hirsh = « un humain est digne de vivre jusqu’à a la dernière seconde de vie, quel que soit son état de santé. » (je n’ai pas revérifier mes cours, mais c’en est la substantifique moelle, E Hirsh me pardonnera je pense)
Et donc une fois qu’on est mort on s’en fout de la dignité. Et bien pas moi. C’est peut-être bête mais j’aimerais bien être un mort digne (du style dans un lit et pas au bout d’une corde) et si possible ne pas trop souffrir avant d’en arriver là.
Qui peut m’ expliquer pourquoi le pays de Molière, Hugo, Pasteur et Pierre et Marie Curie a pu tomber aussi bas ? Je ne reconnais plus ce pays que j’ai servi sous les drapeaux durant plus de 32 ans .
Il est navrant de constater si régulièrement que le sujet pourtant primordial dans l’ordre des obligations politiques que devrait constituer le combat contre la loi sur l’euthanasie suscite aussi peu ee commentaires et de mobilisation. Alors même que cela représente bien plus que la violence absolue: la mort et la barbarie pour tous à tout stade de la vie, la régression totale et irréversible pour longtemps, l’effacement programmé, peaufiné de longue date avec une science consommée de la propagande morbide , ce permanent torrent de boue fétide faite de cynique » compassion » et de vicieuses manipulations sémantiques , telle celle de la Loi Léonetti initiale , dite du » pied » dans la porte, qui, sous le nez des pharisiens d’usage faisait passer les l’arrêts de l’alimentation et de l’hydratation pour un banal « arrêt des traitements » . Alors qu’il s’agissait déjà d’euthanasier » l’éligible » , qui plus est dans d’insoutenables souffrances ! ( cf le cas honteux de Vincent Lambert) .Car comme le souligne bien le courageux Houelbecq , il s’agit bien là de la violence politique absolue qui justifiera dans un si proche avenir , toute autre violence . Le meurtre en cours est celui de notre civilisation classique et chrétienne. C’est à tous les étages le meurtre du père , de la mère , du bébé avec l’ eau du bain , et au-dessus, de leur bienaimé Créateur. Hélas , tels le bourgeois gentilhomme qui faisait de la prose sans le savoir , il y a beaucoup d’indifférents, d’irresponsables, d’inconséquents dont l’attitude passive finit par ressembler à de la collaboration pure et simple avec ce régime mortifère contre l’aboutissement duquel Saint- Jean- Paul II nous avait pourtant rigoureusement mis en garde dans son livre testament , » Mémoire et identité » ( Flammarion 2005) où, il soulignait dejà la convergence mortelle du présent régime d’avec » les régimes totalitaires du siècle passé. » Il serait temps d’atterrir ! Nous voilà rendus à la vingt- cinquième heure !
Une seule question Mr L de R : Vous êtes militant pacifiste ? Si non, votre argumentation ne vaut rien !
Reprenez votre catéchisme …
Quel mal ce monsieur a fait. Il aura tout détruit , jusqu’à nos pauvres, nos malades, nos vieux…
Pourquoi cet « acharnement » sur cette loi qui prévoit d’aider ceux qui le désirent à abréger leurs souffrances ? Si on arrêtait d’utiliser le mot « euthanasie » qui désigne tout autre chose ? Les malades qui ne desirent plus continuer une vie devenue insupportable sont obligés d’aller à l’étranger pour obtenir ce qu’on leur refuse en France, vous trouvez ça normal? Pourquoi y aurait-il des « dérives »? Y en a-t-il dans les pays où le droit à mourir existe ? Ce n’est ni la société ni le corps médical qui décide, c’est le malade lui-même !
OK, à la condition que l’on nous redonne notre clause de conscience.
Devant un ordinateur c’est facile d’écrire ce que vous écrivez.
Devant le lit du patient, la seringue à la main, c’est une toute autre chose.
Bravo Marie Martine, enfin une parole réfléchie !
Oui c’est monstrueux
une énième « belle réussite » de macron ! ? …
la prochaine étape ? … une guerre militaire ? ! …
La guerre civilisationnelle a franchie un cran avec la mort d’un énième jeune français à Lyon … un « détail » qui a son importance : un meeting de rima hassan quelques centaines de mètres plus loin au moment des « faits » dans une FAC française ! …
Lorsque vous ouvrez votre tablette sur Google , vous avez une espèce de revue de Presse qui me fait penser au choix que vous avez lorsque vous êtes devant un rayonnage de papier toilette chez Auchan ou Super U … parfumé à la violette , eucalyptus ou senteurs des bois
Ça pue votre histoire, lol.