[SANTÉ] Euthanasie : « La cancel culture fait son entrée à l’hôpital »
L'euthanasie sera-t-elle finalement légalisée "à marche forcée" ? Dès ce mercredi 4 février, la proposition de loi sur la fin de vie revient à l'Assemblée nationale. Le texte prévoyant un "droit à l'aide à mourir" a été rejeté le 28 janvier par le Sénat qui, en revanche, a adopté à une large majorité la proposition de loi visant à garantir l'égal accès de tous à l'accompagnement et aux soins palliatifs.
Le docteur Pierre-François Pradat - que nous avions déjà interrogé dans ces colonnes - est neurologue à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, dans une unité spécialisée dans la maladie de Charcot. Il est également co-auteur de l'ouvrage collectif sous la direction d'Emmanuel Hirsch Fins de la vie. Les devoirs d'une démocratie (Cerf) et apporte un nouvel éclairage à cette actualité législative pour les lecteurs de BV.
Sabine de Villeroché. Que pensez-vous du texte finalement adopté par le Sénat ?
Dr Pierre-François Pradat. Comme beaucoup de mes collègues, j’ai accueilli le rejet du volet « aide à mourir » comme un sursaut de lucidité. Dès le départ, le ver était dans le fruit. Le terme « aide à mourir » était un rideau de fumée pour masquer une réalité violente aux Français : légaliser l’euthanasie, donc l’acte de provoquer la mort par un tiers. Les sénateurs ont bien dû reconnaître que c’était la loi la plus permissive au monde avec ses critères flous comme le « pronostic vital engagé » : la porte ouverte à l’arbitraire et l’ouverture de la boîte de Pandore pour des élargissements. Une loi aussi grave, transgressive et irréversible ne se fait ni par manipulation sémantique, ni dans la précipitation, ni sans prendre le temps d’écouter le terrain. Les Français le disent : leurs priorités, ce sont l’accès aux soins, la montée de l’insécurité, le pouvoir d’achat.
S. d. V. Selon une récente étude de Fondapol (janvier 2026), 51 % des sondés n'approuvent plus la légalisation de l'euthanasie, contrairement à ce qu'affirment les promoteurs du texte. Observe-t-on un basculement de l'opinion et pour quelles raisons ?
Dr P.-F. P. Pour moi, ce sondage est un tournant : il fait exploser le mythe du « consensus » brandi pour étouffer le débat. Des sondages précédents avaient été savamment orientés pour préparer le terrain, avec des questions-pièges du type : « Préférez-vous mourir dans la souffrance ou qu’on abrège votre agonie ? », en effaçant l’alternative réelle — les soins palliatifs. La réponse était programmée d’avance.
Il y a eu une caisse de résonance scandaleusement déséquilibrée : certains de ces médias qu’on identifie bien, alignés sur une bien-pensance pseudo-progressiste et souvent financés par l’argent public — censé garantir le pluralisme — ont été pris d’une véritable passion euthanasique. Ils ont déroulé le tapis rouge à des lobbies pro-euthanasie, minoritaires mais omniprésents, sans jamais de contradiction. J’ai été atterré par l’atmosphère de certains plateaux télé : des thuriféraires de l’euthanasie sans limite — secondés par des artistes ou intellectuels médiatiques, bien portants — confortablement installés dans leur entre-soi, rivalisant de postures compassionnelles comme si le débat était déjà plié. J’aurais aimé les voir quitter un instant leurs salons parisiens et venir se frotter à la dure réalité du soin que nous vivons au quotidien — mais là, curieusement, il n’y a plus grand monde quand on leur propose de venir visiter nos services.
Heureusement, leur petite musique a fini par sonner faux : d’autres voix, venues de toute la société — soignants, collectifs de patients comme Les Éligibles, philosophes de l’éthique et juristes au fait des réalités du terrain — ont enfin percé et le réel est revenu dans le débat. Les Français sont forcément partagés : le sujet est grave et complexe. Mais quand on pose les bonnes questions, la réponse majoritaire est claire : soulager, accompagner, investir dans les soins palliatifs.
À ce sujet — Coup de théâtre : le Sénat enterre l’euthanasie
S. d. V. Dès ce 4 février, l'Assemblée nationale reprend l'examen de la loi avec son texte initial. On a vu des communautés religieuses en charge d'établissements de soin monter au créneau pour expliquer qu'en cas de légalisation de l'euthanasie, elles seraient contraintes de fermer leurs établissements. Partagez-vous ce constat ?
Dr P.-F. P. Cela en dit long sur l’esprit de cette loi : il révèle sa logique coercitive et son intolérance à toute opposition jugée « déviante », au mépris de la liberté de conscience. Ce projet veut empêcher tous les établissements de santé de se soustraire à ses diktats en imposant que l’euthanasie puisse être pratiquée en leur sein. Et l’attaque contre des communautés religieuses investies dans le soin en est l’illustration la plus révoltante, quand je vois leur dévouement quotidien auprès des patients. On peut parfaitement ne pas partager leurs croyances ; on doit respecter leur droit à ne pas se renier ni à se plier à ce que le pape Jean-Paul II a théorisé sous le terme de « culture de mort ». Pour elles, ce n’est pas un débat abstrait : c’est une question de survie. Cette mise au pas des consciences doit forcément réjouir ceux, sur le côté de l’Hémicycle que l’on connaît, qui rêvent de reléguer aux oubliettes notre héritage chrétien d’où sont nées les valeurs du soin aux plus vulnérables. Ces valeurs civilisationnelles se sont toujours opposées aux logiques eugénistes dont procède la doctrine euthanasique, quoi qu’en disent ses défenseurs les plus zélés.
S. d. V. Et pour vous, en tant que médecin « présent sur le terrain », spécialiste de la maladie de Charcot, craignez-vous que votre liberté de refuser de donner la mort soit menacée ?
Dr P.-F. P. Absolument. En mettant toute question de croyance de côté, pour nous médecins, la « clause de conscience » est une fiction : on nous dit « vous pouvez refuser », puis on ajoute « mais vous devez déléguer ». Autrement dit : refusez, mais participez. Dans une maladie aussi complexe que la maladie de Charcot, transmettre la demande à un confrère qui ne connaît ni le patient ni la complexité de la maladie, c’est réduire le médecin à un simple relais administratif. Pire : on poussait jusqu’au délire répressif avec un « délit d’entrave ». On fait peur à ceux qui freinent, on laisse tranquilles ceux qui poussent ; on pénalise la prudence, on normalise l’incitation. Je m’attends à une pression idéologique durable. Dans les pays où la mort provoquée est légale, mes collègues décrivent une mécanique implacable. Les réticents sont étiquetés, isolés, écartés, la cancel culture fait son entrée à l’hôpital.
S. d. V. Et pour vos patients, comment voyez-vous les conséquences d’une attaque à la liberté de conscience
Dr P.-F. P. Les vraies victimes, ce sont les patients, et je pense à des personnes handicapées qui feraient le choix de ne pas se retrouver sous la coupe de cette idéologie euthanasique : elles n’auraient plus de lieu sûr, plus de « safe place » où parler librement quand elles se sentent en souffrance, sans risque qu’on leur suggère, tôt ou tard, que « le plus simple, pour vous », serait qu’on vous fasse mourir. Elles se retrouveraient piégées, sans porte de sortie, à la merci de ce qu’on leur assène tôt ou tard ce refrain devenu décomplexé par la loi.
Pour conclure, je suis bien conscient que le débat est complexe, que toutes les convictions peuvent être respectables lorsqu’elles sont sincères et exprimées dans un esprit de tolérance. Mais la liberté de conscience doit rester une ligne rouge. Mon message aux parlementaires est simple : voter cette loi en l’état, c’est laisser la technocratie prendre le pouvoir sur le soin.
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46 commentaires
Cher docteur Pierre-François Pradat , j’aime beaucoup vos réponses sur ce sujet, car la majorité de mes collègues (et moi-même) pensent comme vous.
Même dans le cadre de la maladie de Charcot, d’autant que nous avons fait des progrès dans la prise en charge de la douleur.
Bravo, et merci encore pour la défense de notre droit à la clause de conscience.
l’expression « culture de mort » convient tout à fait à notre société actuelle: on incite les enfants aux mutilations (changement de genre), les avortements remplacent, semblerait-il, la contraception, et l’euthanasie permettra de se débarrasser de ceux qui n’ont plus d’utilité. C’est dit brutalement, mais on peut le voir de cette façon.
Mais c’est exactement cela, On veut tuer les vieux, empécher les enfants de naitre et vive la famille.D’ailleurs vous avez remarquer que le Ministère de la FAMILLE a disparu des radards. On fait des économies, d’un côté pour être généreux avec « les gameleurs » du sce public par exemple.
Pourquoi a-t-on condamné (lourdement) des médecins qui avaient aidé leur patient à partir ? C’est ce qui a déclenché cette procédure, beaucoup de gens ayant trouvé cette accusation trop injuste.
Nous avons affaire à des incapables tout simplement.
Toujours méfiante et dubitative sur le sujet, qu’on laisse les gens décider de leur « fin » soit, mais les dérives, il va en avoir, et on en reparlera
« qu’on laisse les gens décider de leur « fin » » = A condition que ceux qui soutiennent l’euthanasie pousse la seringue.
Si tu veux te débarrasser de ton chien tu prêtant qu’il a la rage ! Tout est dit .
Ou encore : comment justifier le despotisme qui m’empêche de trouver auprès des officines pharmaceutiques (évidemment sous tous les contrôles policiers, judiciaires et psychologiques nécessaires) les substances létales nécessaires à un suicide paisible ? Comment justifier ce comportement dictatorial et pas toutes les autres atteintes à la liberté individuelle ? Répondez, s’il vous plaît.
Simple =
1 _ Nous avons pr^été serment de ne pas tuer et de ne pas délivrer de substances mortelles et dangereuses.
2- nous avons chosi ces métiers pour « soigner » et non tuer.
3- Le problème est que certains utiliseraient ces substances pour tuer un mari, un voisin , etc, etc…
Mr Lawson
Avez vous pensé à la détresse morale et physique de grands malades qui peuvent être manipulés par des membres malveillants . Soyez plus aimable dans vos propos , chacun a le droit d’avoir un avis qui peut être différent du votre .
je pense qu’il n’y a aps pensé. Pourtant, un maladeque l’on écoute, que l’on dorlotte et que l’on considère, du fond du cœur qu’il est digne de vivre quelque soit son état physique n’a absolument plus envie de mourrir dans 99% des cas. Le 1% parfois pause problème, mais en fait, durant mon parcours professionnel, j’ n’ai pas rencontré ce 1%! Même un athée m’a demandé (il savait que j’étais chrétienne , par des on dit de couloirs du service) de prier « mon Dieu » de le soigner et de le sauver! )
Je reviens dans vos colonnes sur ma sempiternelle question demeurée sans réponse : au nom de quoi prétendre m’interdire de me procurer à mes frais pour me l’administrer le produit sédatif qui me permettrait de me suicider paisiblement lorsque la vie me serait devenue pénible ? Y a t’il quelqu’un pour me l’expliquer ?
Vous n’aurez pas de réponse car c’est au nom d’une religion qui ne veut pas
dire son nom. !
Oh, il n’y a aps que le chrétiens qui refusent de se suicider!
Pourquoi? je vous le réponds encore = parce que il y a beaucoup de personnes qui utiliseraient des produits pour tuer quelqu’un qu’ils n’aiment pas.
Deuxièmement, le prescripteur, sachant ce pourquoi vous les voulez, serait parjure de son serment s’il vous les prescrivait (de même que le pharmacien serait aussi parjure de son serment)
Troisièmement, si la vie vous semble pénible, il y a d’excellents psychothérapeutes qui pourront vous aider sans médicaments à comprendre votre mal être et vous expliquer comment prendre du recul sans vous suicider.
Ces thuriféraires de l’euthanasie sans limite, bien portants, le moment venu s’accrocheront à la vie, un exemple me vient à l’esprit : Line Renaud, loin de porter un jugement, la vie est plus forte malgré les souffrances, les soins palliatifs l’ont largement prouvés grâce aux témoignages des soignants
Mais ce qui me dégoûte profondément est le comportement méprisant sur les souffrants de Yael Braun-Pivet, étant pressée que la loi sorte le plus rapidement possible .
Oui, vous avez raison = soutenir l’euthanasie est méprisant pour des souffrants, les jugeant indignes de vivre.
contre l’euthanasie eta toutes ses derives …et merci a celui qui nous traite d’andouille …regardez vous dans la glace monsieur
L’euthanasie est un acte de courage et de bon sens, n’en déplaise aux cornichons et autres andouilles.
Je connais deux personnes, qui ont toujours été favorables à cette idée, et qui dans l’âge mûr ont été confrontées à la demande d’un proche aimé ( dans les deux cas, cancer en phase terminale ). Elles ont « aidé », avec un chagrin terrible. C’est facile, du moins le croyez-vous, de pousser la dose de morphine. Des années plus tard, j’ai reçu leurs confidences. Aucune des deux ne s’en est remise et n’a réussi à se pardonner. Pourtant, nombre d’entre nous auraient peut-être fait la même chose. Mais ce n’est pas si simple. Traiter ceux qui doutent de cornichons et d’andouilles ne démontre qu’un manque de réflexion.
On en reparlera quand vous serez à l’article de la mort. Facile d’abréger la vie des autres, comme le dit Schmitt l’exemple de Line Renaud, farouche promotrice de l’euthanasie et qui a aujourd’hui 97 ans, risque de nous éclairer à court terme sur ce que vous qualifiez d’acte de courage et de bon sens.
Je croyais que les insultes étaient proscrites sur ce site ? Ou j’ai mal lu la charte ?
Quand mes commentaires eux non insultants , pertinents et factuels eux par contre sont supprimés je suis en droit légitime de me poser des questions, Bonne journée quand même
je me pose les mêmes questions que vous. C’est pourquoi j’ai répondu à ce monsieur avec les mêmes termes. je verrais bien.
L’euthanasie est un crime « n’en déplaise aux cornichons et autres andouilles. »
Bien dit !
Puisque ce personnage a le droit de nous insulter, je lui répondrai de prendre un miroir et il en verra des cornichons et autres…..
KARLOF » SA vie qui n’appartient à personne d’autre ! « C’est là que vous vous trompez, cher Monsieur, preuve en est, entre autres démonstrations, soit vous pensez que vous ne venez de nulle part, pas de filiation, pas de liens humains ? pas de liens fraternels ? pas d’humanité, pas des sens vital à votre vie ? pas de spiritualité ( qu’elle quelle soit). Ou alors vous êtes seul depuis votre naissance, peut-être ? je ne vous connais pas mais vous comptez pour moi, comme tous les hommes et les femmes de ce monde comptent. Je ne pourrais JAMAIS vous tuer d’une manière ou d’une autre, Jamais.
1/ Vous ne me connaissez pas, donc je ne vous reconnais pas le droit de me juger !
2/ A propos de l’euthanasie, tous ceux qui emploient le mot « tuer » sont malhonnètes
et veulent fausser le débat. Ceci dit, merci de ne pas vouloir « me tuer », si un jour
je le demande, ce ne sera pas à vous, rassurez-vous !
La vie est sacrée pour vous ? pour moi aussi. Alors êtes-vous un militant pacifiste ?
Comme je l’ai été toute ma vie ! Là est le vrai combat pour la vie.
Vous avez raison, le wokisme porte la marque indélébile de la prétention humaine, et se croit compétent par conséquent dans tous les domaines, sauf qu’il ne connait rien d’autre que son portable, twitter et tiktok!
Avec l’extrême centre, c’est 9 ans de verbiages insupportables et impuissants, mais aussi de destruction.
La loi Léonetti est suffisante.
Dans cet article et le propos du Dr Pradat, , il y a également de la manipulation sémantique !
quand on parle de »réalité violente » et d’ »arbitraire », quand on parle de »précipitation » alors
que j’entends parler de ce débat depuis plus de 30 ans,
Chacun a droit à ses idées et convictions et le Dr Pradat a visiblement une culture chrétienne
très affirmée, mais que vient faire la croyance dans ce débat ? Ce qu’il faut affirmer, c’est que
chacun est libre de ses opinions et surtout de SA vie qui n’appartient à personne d’autre !
Le serment d’Hypocrate est contraire à cette loi
@M.Toto : tout à fait
Ce sont les plus vulnérables qui sont concernés (avec l’avortement et bientôt, peut-être l’euthanasie)
Le serment d’Hippocrate ne concerne QUE les médecins, et encore
ceux qui veulent bien l’appliquer sans nuance, de moins en moins
nombreux ! On n’est plus aux premiers siècles !
Avez-vous déjà rencontré des proches de personnes qui se sont suicidées ?
« Dès le départ, le ver était dans le fruit. Le terme « aide à mourir » était un rideau de fumée pour masquer une réalité violente aux Français : légaliser l’euthanasie, donc l’acte de provoquer la mort par un tiers » ….
Cela sera l’un des « marqueurs » de macron ! … En plus de « tuer » le modèle social, il s’est appliqué à TUER le « modèle sociétal » ! …
Il finira par payer toutes ses nocivités ! …
jE pense qu’il y a de multiple enquètes à son encontre, déjà, la vente de tous les fleurons français, et maintenant la mort en héritage. Ne soyons pas naïf , les personnes agées ont du soucis à se faire, avec leurs descendants certains peu scupuleux. Mais macron n’aura pas été élu pour rien…