[SANTÉ] Haro sur les arrêts de travail

Cinq cents médecins sont sommés de réduire leurs prescriptions d’arrêts de travail de 20 à 30 %.
malade arrêt de travail
@ Unsplash

Dans la « chasse au gaspi » des dépenses sociales, l’assurance maladie vient de « mettre sous observation » cinq cents médecins, sommés de réduire leurs prescriptions d’arrêts de travail de 20 à 30 %, et ciblés parce qu’ils « prescrivent au minimum le double d’arrêts de travail par rapport à leurs confrères, à caractéristiques identiques ».

Cinq cents médecins « suspects »

C’est un bel exemple d’administration confiant à des machines l’appréciation de comportements humains : il suffit, en fait, d’une demi-douzaine de patients très lourds en arrêt prolongé pour faire jaillir de l’ordinateur un médecin « suspect ». Lequel est peut-être seulement en attente d’un avis spécialisé (on en connaît les délais de rendez-vous) ou de celui du médecin du travail (une espèce par ailleurs en voie de disparition).

Si le médecin mis sous observation reste « déviant », la Sécu sort le grand jeu de la MSAP (mise sous accord préalable) : tout arrêt de travail devra être préalablement approuvé par un médecin conseil. Une procédure par ailleurs aimablement proposée comme sauvetage aux praticiens qui ont du mal à résister aux exigences de certains patients, modèle Stallone jeune, quand ils commencent à taper sur leur bureau...

En réalité, les marchands d’arrêt de travail qui sévissent inévitablement ici et là sont aussi connus de la Sécu que des syndicats médicaux locaux, mais comme pour la poignée de chauffards, leur répression passe d’abord par celle de tout le monde.

Pire : le directeur de la Caisse nationale d'assurance maladie reconnaît que « les fraudes aux indemnités journalières ont fortement progressé, ces dernières années, essentiellement en rapport avec la multiplication de faux documents et d’usurpation d’identité des prescripteurs ». Les médecins n’y sont donc pour pas grand-chose, et depuis le 1er septembre, les arrêts de travail « papier » doivent être faits sur un formulaire CERFA sécurisé comme un billet de banque : papier différent, étiquette holographique, encre magnétique, etc.

L’avenir dira si, malgré la hausse de la souffrance au travail et la dégradation de la santé mentale des Français, ces mesures stabiliseront le coût des indemnités journalières.

Instaurer trois jours de carence : un vieux serpent de mer

Dans ce même but, et par la voix du député de la Somme Jean-Philippe Tanguy, le RN a son idée, à vrai dire pas très nouvelle : l’instauration d’un délai de carence de trois jours pour les fonctionnaires. C’est un vieux tango inauguré par Nicolas Sarkozy en 2012 et réduisant « fortement », selon l’INSEE, les absences pour raisons de santé de deux jours, mais abrogé par François Hollande, puis rétabli par Emmanuel Macron, mais à un jour seulement...

C’est, en effet, un mystère statistique que les plus hautes sommités médicales ne sont pas arrivées à percer : pourquoi l’entrée dans la fonction publique rend-elle plus sensible aux maladies ?

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Richard Hanlet
Médecin en retraite, expert honoraire près la Cour d'appel de Versailles

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Bonjour,
    Malheureusement, ça ne date pas d’aujourd’hui ; il y a vingt ans, ma cousine fonctionnaire, était arrêtée chaque printemps…
    pour faire le grand ménage dans sa maison.

Commentaires fermés.

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