SNCF : la vache sacrée de la dépense publique

Près de 21 milliards d’euros par an : la facture SNCF explose pour le contribuable comme pour l'usager.
@David Monniaux/Wikimedia Commons
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En France, certaines dépenses publiques ne se discutent plus. Elles s’imposent. La SNCF appartient à cette catégorie très fermée des institutions budgétairement intouchables. Année après année, l’entreprise ferroviaire absorbe des milliards d’euros d’argent public dans une relative indifférence politique, comme si la facture allait de soi.

Selon les derniers calculs de FIPECO (Finances publiques et économie, association créée pour présenter, en toute indépendance, des informations et des analyses sur les finances publiques et l’économie), la SNCF a coûté 20,8 milliards d’euros aux contribuables, en 2024, soit 0,71 % du PIB. En 2016, ce coût s’élevait à 13,7 milliards d’euros, selon un rapport de l'Inspection générale des finances. En moins de dix ans, la charge publique a donc progressé de plus de 50 %. Une hausse spectaculaire, rarement mise en perspective dans le débat public.

Une addition publique devenue automatique

Dans le détail, la mécanique est implacable. Sur ces 20,8 milliards, FIPECO distingue 11 milliards d’euros de dépenses de fonctionnement, essentiellement financées par l’État, les régions et Île-de-France Mobilités, 7,4 milliards de subventions d’investissement, ainsi que 0,8 milliard d’euros d’intérêts liés à la dette ferroviaire reprise par l’État. Il faut également y ajouter la subvention très ambitieuse de l’État au régime spécial de retraites des cheminots, qui pèse chaque année lourdement sur les comptes publics : près de 3,3 milliards d'euros.

Même après déduction des 1,7 milliard d’euros de dividendes reversés à l’État, le coût net reste massif.

Interrogé par Boulevard Voltaire, Philippe Ecalle, président de FIPECO et conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, insiste sur un point souvent ignoré : « Les Français ne se rendent absolument pas compte du coût réel des services publics. Pour le ferroviaire, ils ne payent qu’une toute petite partie à travers le prix des billets, alors que cela coûte beaucoup plus cher que ce qu’ils imaginent. »

Sur la méthode, il balaie les critiques formulées par la SNCF et le ministère des Transports concernant l’addition des dépenses : « Quand on calcule les dépenses publiques de l’État, on additionne bien les dépenses de fonctionnement, d’investissement et les dépenses sociales. Dire qu’on n’a pas le droit de le faire pour la SNCF est absurde. »

Interrogée par Boulevard Voltaire par courriel sur la réalité des chiffres et la critique de la méthode FIPECO, la SNCF n’a pas répondu à nos sollicitations.

Tarifs qui montent, promesses qui déraillent

Autre paradoxe : alors que la facture publique explose, le prix des billets augmente aussi, parfois plus vite que l’inflation. Selon une association d’usagers qui s'est confiée à BFM Business, le prix moyen d’un billet de train Ouigo est passé de 19,80 euros, en 2017, à 34,20 euros, en 2023, soit une progression de 73 % en six ans. Cette hausse dépasse largement celle du TGV dit « classique », dont les tarifs n’auraient augmenté que de l’ordre de 4 % sur la même période.

Ce chiffre illustre mieux que n’importe quel diagnostic : le ferroviaire n’est plus seulement financé par l’impôt, il coûte aussi de plus en plus cher aux usagers, y compris sur des offres à bas prix qui étaient censées démocratiser l’accès au train.

Tous paient, peu profitent

Cette dépense devenue structurelle pose une question rarement abordée : celle de l’équité. Le financement est universel, l’usage ne l’est pas. Les Français des zones rurales ou périurbaines, dépendants de leur voiture, financent massivement un système ferroviaire dont ils ne bénéficient que marginalement.

Les choix d’aménagement accentuent ce sentiment. Dernier symbole en date : la future liaison TGV Bordeaux–Lyon, présentée comme une transversale, mais qui évite soigneusement le cœur du pays. Une transversale sans centre. Là encore, la France périphérique regardera passer les trains… tout en continuant à les financer.

Retards : le grand écart entre chiffres officiels et vécu

À ce coût élevé ne correspond pas toujours une qualité de service irréprochable. La SNCF met en avant une ponctualité proche de 89 %. Mais ce chiffre repose sur une définition restrictive du retard. En intégrant l’ensemble des dépassements significatifs, près d’un TGV sur cinq arrive en retard, soit environ 20 %, selon des évaluations plus strictes relayées par l’Autorité de régulation des transports.

Ce décalage statistique alimente le ressentiment des usagers, confrontés aux retards répétés, suppressions de trains et correspondances manquées, pendant que la facture publique, elle, ne cesse de croître.

Le débat qu’on évite soigneusement

La question de fond reste entière : le modèle ferroviaire français est-il soutenable ? Sur la privatisation, Philippe Ecalle se montre nuancé, là encore interrogé par BV : « Le gestionnaire d’infrastructures restera forcément un monopole. En revanche, pour les opérateurs, la mise en concurrence est possible, même si elle est complexe. »

Tant que la SNCF restera une vache sacrée de la dépense publique, la facture continuera d’augmenter, sans réel débat démocratique. Le contribuable, lui, restera le premier financeur… et le dernier consulté.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

49 commentaires

  1. trop c’est trop facile c’est les cons qui paient , sncf apprendre a grandir pas a faire grève sinon au privé tu verra ce sera chouette

  2. En tant que demandeur d’emploi bénéficiant d’une allocation de chômage, vous pouvez profiter d’une réduction de 25 % d’un aller-retour en train dans le cadre de vos vacances.
    Bénéficiaires d’aides sociales et solidarités transport. Enfants de 4 ans à moins de 10 ans (gratuit pour les moins de 4 ans) Titulaire d’une carte « Familles nombreuses » Personnes invalides selon justificatif et leurs accompagnants.
    Les élèves de moins de 21 ans, les étudiants de moins de 26 ans et les apprentis de moins de 29 ans peuvent se procurer une attestation qui permet de bénéficier de billets à un tarif réduit, pour voyager entre votre domicile et votre lieu d’études.7 juin 2024
    Tarif Familles Nombreuses

    Tarifs groupes (à partir de 10 personnes)

    Abonnement Elèves, Etudiants et Apprentis

    Tarifs militaires

    Tarif police nationale

    Tarif congé annuel

    Tarifs InterRail

    Tarifs Agents et Ayants Droit

    En tant que demandeur d’emploi bénéficiant d’une allocation de chômage, vous pouvez profiter d’une réduction de 25 % d’un aller-retour en train dans le cadre de vos vacances.

  3. L’entretien des voies et du réseau, le renouvellement des trains ? les salaires ? Bon qui doit payer ? les passagers et certains contribuables vous savez les 47% qui payent l’IRPP pendant que les 53% crient au scandale et attendent la gratuité ?

  4. Je ne prends plus le train depuis 25 ans et rien que l’idée de le prendre me révulse. Les gros bagages sont isolés, les place pas respectés, trop d’incivilités (bruits, nourriture…), mal installé, souvent bondé, trop d’arrêt, des retards constants et mal remboursés, personnel pas accueillant…je ne suis pas un chien pour retenter l’expérience et une privatisation me semble nécessaire! Ah oui et en plus ils font de la politique et de la propagande de gauche!

    • J’ai le mauvais souvenir d’un voyage qui aurait du durer 4 heures et duré 7 heures, rien dans le wagon bar, entrepôt soit disant dévalisé la nuit d’avant, toilettes impraticables , j’étais en 1ère classe, vu le prix et sans compter le chiard qui a beuglé 7 heures donc, aucun remboursement car bien sur j ‘ai réclamé, pas une excuse rien
      Plus jamais la sncf

  5. Article à rapprocher du dernier scandale SNCF en date : la gare de Nogent-l’Artaud (Aisne) est fermée, alors que 500 000 euros ont récemment été dépensés pour la rénover. À l’intérieur, tout est flambant neuf. Les travaux ont été achevés il y a tout juste un an, mais depuis, les usagers sont priés de geler sur le quai, défense d’entrer dans la gare. C’est comme les piles Wonder sans doute, un haut fonctionnaire a dû penser qu’elle ne s’userait que si l’on s’en sert.

    • J’en ai entendu parler, le regretté J P Pernaud en aurait fait un bon sujet …..

      Ils se moquent du monde !!!

  6. Mais il faut encore un TGV entre Bordeaux et Toulouse et une antenne au travers des Landes avec encore une nouvelle voie dans la forêt ! On va se faire un trajet Paris-Bordeaux-Toulouse en 5-6hrs…Alors qu’en 1970 on se faisait un Paris Toulouse en six hrs via Limoges-Brive-Cahors- Montauban, le Capitole on disait…et sur voies normales et dans le Massif Central on n’est pas en site spécial TGV, il y a comme des courbes et contre-courbes…

  7. Commençons déjà par faire payer aux usagers le prix réel du billet car ces derniers ne s’acquittent que de 38% du cout le reste étant à la charge du contribuable qui comme moi ne met jamais les pieds dans un train. Supprimons la gratuité pour environ 2 000 000 de « profiteurs », je m’arrete là car la liste est longue.

    • Bien d’accord, on paye pour tout, sncf, audiovisuel et pourtant non utilisé, pas question d’engraisser les gauchistes et syndicats et autres, ça va un moment

  8. Tous paient, peu profitent… NON: seuls les contribuables paient. Et les « cheminots » et nos dirigeants eux profitent +++

  9. Chevalier et Laspalès risquent d’être dépassés. Un Bordeaux- Lyon ( 554 km ) en passant par… Paris ( 1056 km ) est une vison d’élites. Un aménagement plus rapide sur des lignes existantes, déservant le centre de la France, en préservant les paysages donc, n’aurait pas pu faire l’affaire ? ( en passant par Périgueux, Brives et Clermont ). Et l’on nous parle de désenclavement des territoires… De plus, les entrepreneurs préfèreront toujours s’installer dans des villes desservies rapidement. Manque de vision des « élites » ( quant au coût, une fois réalisé le projet, il est là pour longtemps ; il y a de mauvaises dettes et… de bonnes dettes ! ).

  10. Qui aura le courage de privatiser cette société qui passe son temps à menacer de faire grève quand elle ne la fait pas, des avantages sur salaire comme nulle part ailleurs et un temps de travail aux petits oignons. Stop, Nicolas a la nausée.

    • Vous avez bien raison, seule la privatisation peut amener ces employés cheminots grévistes à se remettre en cause. Il faut les mettre au pied du mur.

  11. Le problème de la SNCF est essentiellement le financement et l’entretien du réseau. Les péages sont largement sous-évalués et ne compensent pas la totalité des frais. Les transporteurs routiers ne paient pas la construction ni la totalité de l’entretien des autoroutes.

  12. Il est des dépensent sociales que les Français sont prêts a accepter, le trains est le moyens le plus sécurisé pour se déplacer.
    Par contre les dépenses inutiles voir même nuisibles comme l’argent dépensé pour aider des pays comme l’Ukraine, l’Algérie et d’autre pays pour les aider a se développer suffiraient largement a compenser la dette à la SNCF, voir même faire des économies.
    Combien coutent les migrants non souhaités.

  13. Tout, tout, sous Macron est en déficit ou s’écroule : La SNCF, L’Armée, la police, les hôpitaux, la justice, Education Nationale, la diplomatie, l’agriculture, le réseau routier non entretenu, les ponts qui menacent de s’écrouler…, tout ce qui marchait, et notamment le nucléaire, il l’a vendu à l’étranger. .. Il laissera un champ de ruines. Il voulait inscrire son nom dans les manuels d’histoire ? Ce sera celui du pire président que le pays ait connu, le fossoyeur de la France.

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