Sommet Macron-Merz à Toulon : les Allemands sont de retour dans la rade

Un Conseil franco-allemand se tient à Toulon, dans la somptueuse Résidence du cap Brun. Mais pour quoi faire ?
Photo Marie Delarue / BV
Photo Marie Delarue / BV

Un fond de mistral a ramené le soleil et la fraîcheur sur la mer. Les derniers touristes ont plié bagage, le petit train qui les conduisait jusqu’aux plages est rentré au garage. Il reviendra pour les vacances d’automne. Les bâtiments de guerre veillent à l’entrée du port que s’apprêtent à quitter les ferries, direction la Corse ou les Baléares.

Un sommet pour quoi faire ?

Si rien, absolument rien, ne signale qu’ici se tient le 26e Conseil des ministres franco-allemand (Emmanuel Macron, Friedrich Merz et vingt de leurs ministres), c’est parce qu’ils ne sont pas à « la préfecture maritime », comme l’ont écrit les rares titres qui ont annoncé ce non-événement. Ils sont bien à l’écart des gueux, dans la somptueuse Résidence du cap Brun, sur la corniche qui surplombe la mer. La République en faillite a les moyens pour cela.

Pour la presse, Emmanuel Macron est encore en Moldavie, parti donner des consignes de vote. Est-ce à dire que ce « Conseil » franco-allemand n’a aucun intérêt ? Sans doute.

L’Élysée a communiqué sur la forme : Toulon s'est imposé car « la tradition veut que ces Conseils des ministres franco-allemands se tiennent loin des capitales. L'an passé, nous étions au château de Meseberg [en Allemagne, NDLR]. L'idée, aussi, du président de la République était de pouvoir recevoir le chancelier allemand à Brégançon dès le jeudi soir pour un dîner de travail et une discussion en tête-à-tête. » Helmut Kohl y fut reçu en 1985, invité par son grand ami Mitterrand, et « Mutti » Merkel en 2020. Depuis, Emmanuel Macron a fait creuser une piscine sur le rocher. Il faut entretenir l’amitié, car « l’intimité franco-allemande est un fait majeur de notre politique étrangère ». Et puis la vue est grandiose et le cap Brun à un court vol d’hélicoptère.

Sea, sun et langue de bois

Pour le fond, en revanche, on n’a guère de détails. Globalement, il s’agirait de « faire converger nos approches ». Après avoir envoyé Mme von der Leyen s’aplatir à Washington, il faut maintenant se concentrer sur l’efficacité et la compétitivité de l’Europe : « Nous avons à agir ensemble pour que, à Bruxelles, nous disposions de tous les outils, notamment budgétaires, permettant d’assurer la souveraineté de l’Europe et lui donner la puissance. »

Si, déjà, on pouvait commencer par les assurer à la France, on serait content, mais ça n’en prend pas le chemin. En effet, comment tirer des plans sur la comète allemande quand le Premier ministre Bayrou sonne le tocsin ? Les ministres réunis au cap Brun doivent, paraît-il, définir une stratégie assurant notre compétitivité dans ces domaines cruciaux que sont le commerce, l’énergie, le numérique, l’IA et même l’espace.

Mieux, encore : il y a au menu de l’après-midi une réunion spéciale entre les ministres des Armées et les ministres des Affaires étrangères sur les questions d’immigration, de défense et de sécurité. En outre, « compte tenu de notre ambition militaire à l'heure de périls toujours importants, le couple franco-allemand doit aussi prendre en compte la dimension méditerranéenne de l'Europe », écrit l’Élysée. Que faut-il comprendre ? C’est quoi, au juste, notre ambition militaire : l'entrée en guerre contre la Russie, l’achat de matériel militaire à la France plutôt qu’aux États-Unis ? Et que peut-on discuter, alors que nos forces armées sont à l’os ? On rappellera - un exemple trivial, sans doute - les agents de la CRS8, de retour de mission à Calais, obligés de dormir à même le sol. Ou, comme l’écrit Le Point en évoquant le rapport remis au Sénat le 2 juillet dernier, l’état calamiteux de nos unités d’élite (RAID et GIGN) qui n’ont même plus de cartouches pour s’entraîner !

Un hasard du calendrier ?

Enfin - et l’on nous dira sûrement que c’est un détail -, on s’interroge sur le choix de la date de ce sommet. Certes, il ne se tient pas dans l’austère bâtiment de la préfecture maritime construit en 1956, à l’entrée de l’arsenal, par l'architecte Noël Lemaresquier. C’est peut-être parce que le passage des Allemands n’a pas laissé que de bons souvenirs dans la rade…

Entre le sabordage de notre flotte pour échapper aux mains ennemies et les bombardements massifs des alliés qui ont détruit la ville, les séquelles furent plus que lourdes. Alors, curieusement, on pensait – vu la date choisie – que le Président venait à Toulon fêter la Libération et commémorer la bataille de Provence qui fit près de 10.000 morts, entre le 20 et le 26 août 1944. Coïncidence, sans doute, il y vient le 27 « faire converger nos approches » avec les Allemands. S’en émouvoir est assurément un défaut de l’âge, voire un vieux tic de « boomer »…

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

60 commentaires

  1. UN HASARD VRAIMENT ? Macron n’a pas pu choisir le 27 NOVEMBRE , car il n’est pas sur d’être ENCORE là (malgré sa résistance à s’accrocher au « radeau de la Meduse  » !)

  2. « l’intimité franco-allemande est un fait majeur de notre politique étrangère » À ça tu l’as dit ! en 70 ans les allemands nous ont envahi par trois fois, il est vrai que ça crée une certaine intimité. Depuis la dissolution de la droite par Chirac et le gouvernement Jospin, les allemands font leurs courses chez nous et partent sans payer.

  3. Macron ressemble à tous les présidents du conseil des années 30 qui ont regardé avec bienveillance l’Allemagne préparer la 2ème guerre mondiale. Mais c’est aveuglement est normal puisque l’histoire en général, et l’histoire de France en particulier, n’est pas le dada du squatteur de l’Elysée. L’intelligence non plus apparemment …

  4. « …la souveraineté de l’Europe… » ! De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce donc si ce n’est un leurre total et même létal.

  5. Avez-vous remarqué que partout dans le monde les Etats n’hésitent pas à prendre les armes et partir en guerre contre un voisin proche ou éloigné. Israël n’hésite pas à canarder le Yemen, les Azeris partent la fleur au fusil envahir une partie le l’ Arménie, les Turcs sont toujours à Chypre, le Venezuela joue les musculatures contre la Guyane et fait le pied de nez aux USA, Trump doit intervenir peu ou prou pour éteindre les feux, et nous et autres en Europe, nous n’osons pas déclencher ouvertement le moindre conflit, on se cache en Ukraine par exemple par armes interposées, mais ouvertement non, alors qu’un simple camouflet en Algérie entrainait en son temps un débarquement français en Algérie ! Ce n’est pas comme nous sommes gentils et sympas , nous sommes devenus impuissants, tout simplement.

  6. alors on va payer la logistique…;somptueuse….
    pour se faire encore détrousser sur les différents sujets
    bonjour la note finale

  7. Le couple franco allemand est une belle utopie, les Allemands ne voient que leurs intérêts, on le voit avec celle qui dirige l’UE et privilégie son pays et rien d’autre

      • Trump a intérêt à l’affaiblissement de l’Europe et tout est bon pour lui dès qu’il s’agit d’amoindrir une concurrence. Donc il soutient VDL qui est Allemande et se moque de l’Europe et n’aime manifestement pas la France qui fut, il y a bien longtemps, rivale de l’Allemagne sur le plan économique…

  8. Et à sa bonne habitude, naïf comme il l’est, Macron va se faire de nouveau rouler dans la farine, pas dans la farine blanche de blé comme à Bruxelles, mais dans la farine bien noire de seigle comme à Berlin.

  9. Pourquoi faire ? Mais pour se remonter le moral entre Perdants et parler de ses rêves. Telle qu’elle est construite aujourd’hui , l’Europe est vouée à l’échec. Pas la même histoire , pas la même langue , pas le même droit , pas la même fiscalité . Alors que chacun reste chez soi et reprenons l’idée originelle et originale de Marché Commun , simplement. Les Souverainetés , les cultures et les richesses de chacun seraient ainsi préservées.

  10. Il ne connait pas plus les Allemands que les Russes. Les Allemands ont la dent longue et la rancune tenace. Les frontaliers Mosellans pourraient vous en parler….

  11. Comment se permet-on encore d’inviter avec une dette de 3.300.000.000.000 €uros. L’Allemagne n’a que 50.000.000.000 €uros ? En chiffre cela est plus percutant, montant du SMIC au 1er Janvier 2025 : environ net 1.426 €uros. La visite de la vedette Mistral entrain de rouiller dans la rade est-elle prévue ?

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